lieux communs (et autres fadaises)

mercredi 25 avril 2018

contrefaçon

053
THE THIRD MURDER
de Hirokazu Kore-Eda

(Ce post aurait pu aussi s'appeler non ejusdem farinae mais c'eût pu paraître pédant, non ?). Le dernier film de Kore-Eda Hirokazu, réalisateur qu'on suit ici passionnément depuis ses débuts (Ah, les sublimes After Life et Maborosi...) et dont on continue de programmer les films, même si l'on n'y ressent plus toujours le même enthousiasme à chaque fois.
Le film est très long. les critiques l'avaient annoncé, mais je le confirme. En ouverture, un homme, sur un terrain vague, marche derrière un autre, qu'il va frapper à la tête puis sur lequel il va s'acharner. Toute la suite du film, cela va être le procès de cet homme, mais surtout les discussions entre les personnages : l'avocat et son client, l'avocat et son collègue, etc. Et c'est vrai que ça parle ça parle ça parle (on a le sentiment qu'il s'agit plus d'un film parlé que d'un film joué).
J'y étais avec Dominique, et, hélas, je me suis endormi dès le tout début du film. mais pas le gros assoupissement passif, non, le petit endormissement sournois qui vout fait ouvrir les yeux et les refermer (ou le contraire) plusieurs fois par minute, vous donnant ainsi l'illusion que vous voyez le film alors que pas du tout. D'autant plus que, dans ce demi-sommeil, je n'entendais plus que le japonais des dialogues, que me cerveau traduissait approximativement avec les mots français aux sonorités équivalentes et qui n'avaient évidemment aucun sens dans le contexte), et c'est ces phrases idiotes qui me réveillaient.
J'ai -quand même- fini par m'éveiller complètement, au bout d'un (assez long) moment, et j'ai pu suivre alors le film jusqu'au bout. J'ai ouvert l'oeil juste au moment d'une révélation majeure qui vient modifier ce qu'on a vu jusque là, (et qui confirme que la famille reste une préoccupation majeure de Kore-eda : les films cités sur l'affiche sont Tel père, tel fils, et Notre petite soeur), qui sera suivie de plusieurs autres, (c'est un peu le principe de tous les films dits "de procès" qu'en principe j'affectionne plutôt) qui auraient presque pu finir par égarer un peu le spectateur. Mais non.
Et j'aime aussi beaucoup ce jeu autour de la vérité et du mensonge. Qu'est-ce que mentir ? Et à quoi sert de le faire? Le vrai et le faux, et de l'utilisation qu'on en fait (cinématographiquement, s'entend) c'est une mécanique 'une horlogerie) très kore-edaïenne.
Car Kore-Eda, tout de même. Et j'aime vraiment beaucoup toute la partie du film que j'ai vue. Avec quelques interrogations (quid de la carte postale ? quid du juge ? quid des précédentes condamnations ?) en me didant que sil e film avait été beaucoup moins long, j'y aurais sans doute beauvoup moins dormi... Mais bon c'est bien fait pour moi hein...
D'autant plus que je viens d'apprendre qu'on le projettera bientôt dans le bôô cinéma (enfin, fin mai...) et ça me donnera peut-être l'occasion de racheter mes fautes (de réviser mon jugement)...
Car Lao-Tseu a dit "Qui a dormi au film de le critiquer s'abstiendra"

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Un beau personnage charismatique, celui de l'assassin, autour duquel se cristallise une histoire à la fois simple et complexe.

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dimanche 22 avril 2018

séparatistes

052
FROST
de Sharunas Bartas

Bon. Je suis nul en histoire et en géo (et tout autant donc en géopolitique et histo-politique -ça existe-ça ? je ne suis pas certain-) ce qui ne facilite pas la compréhension du propos. (En rentrant j'ai googlé et wikipédié tout ça pour essayer d'y voir un peu plus clair). En 2014 deux jeunes lituaniens (j'aurais mis ma main à couper qu'on y mettait un h), Rokas (lui) et Inga (elle) partent dans un fourgon "humanitaire" de Vilnius (Lituanie) vers l'Ukraine pour apporter des vivres et des chaussures  aux soldats qui se battent là-bas. En regardant la carte (a posteriori bien sûr), je me suis d'abord demandé  pourquoi ils passent par la Pologne plutôt que la Biélorussie, mais en lisant un peu on comprend que les biélorusses sont plus copains avec les russes, et pas catalogués très gentils gentils bien au contraire.
Le film est signé Sharunas Bartas, grand chantre de la solitude mélancolique (certain critique le surnomme "Le Tarkovski Lituanien") et de la désespérance muette (ou c'est tout comme). J'ai vu ses premiers films (Corridor, Few of us, The House), tristissimes, il y a longtemps (dans les années 90) et j'avais eu, vingt ans plus tard, le plaisir de voir, en 2015, (dans une petite salle du 6ème, sur un écran à peu près de la taille de ma télé) son Peace to us in our dreams, que j'avais trouvé lumineux, élégiaque et... serein. Apaisé, quoi. Pour faire court, Bartas a l'habitude de filmer des gens tristes et des paysages sublimes.
C'est tout à fait le cas avec Frost. Plans rapprochés sur les visages et plans d'ensemble pour les paysages (ce qui est logique). Ces deux-là (nos tourtereaux lituaniens) vont faire un sacré périple dans leur fourgon, après une décision hâtive de Rokas suite à la proposition d'un camarade, sans avoir vraiment conscience de ce qu'ils font ou de pourquoi ils le font.
Rien que les plans d'autoroutes et de pare-brises embués, filmés par Bartas, c'est grandiose. Alors quand il filme la route enneigée ou, simplement, le défilé des arbres entrevus par la vitre du fourgon, dans un travelling aussi poétique que graphique, on touche évidemment au sublime. Ce road-movie est filmé avec une grande rigueur, dans la mesure ou "la guerre" reste pendant longtemps présentée comme une chose abstraite, lointaine, hors-champ, à la fois omniprésente mais tout autant omni-absente, que le récit, dans sa première partie, se plait à éluder. Le ton est curieusement (mais pour le bartasophile, c'est habituel) atone et dépassionalisé. Tout ce qui pourrait, dans un premier temps, être sujet à ennuis et à inquiétude (les passages de douane, les contrôles, les militaires, les armes) et que n'importe réalisateur aurait filmé avec une musique qui fait peur et un suspense au couteau est ici mis à plat, simplement. Nos héros parviendront-ils à mener à destination leur fourgon humanitaire ? tout semble faire penser que oui, au moins, dans un premier temps, tout autant que chacun(e) des personnes rencontrées (dans un road-movie, c'est normal, on fait des rencocntres) semble se poser la même question : "Mais qu'allaient-ils faire dans cette galère ?".
Une jolie parenthèse s'ouvre dans le film, une nuit dans un hôtel plutôt chicos, où séjourne une (joyeuse ?) troupe d'humanitaires (et/ou de journalistes) qui vont accueillir, pour la nuit justement, nos deux jeunes gens, qui eux, après les libations d'usages (non non c'est vrai on ne suce pas de la glace...)  vont vivre cette nuit séparément, Inga dans la chambre d'un  certain humanitaire à lunettes (qui allez savoir pourquoi m'a fait penser à Milos Forman), et Rokas dans celle de Marianne (Vanessa Paradis, très bien, avec un très joli discours sur l'amour, mais dont la brièveté de l'intervention ne justifiait pas forcément sa place tout en haut de l'affiche... moi je dis ça hein...).
Et le film, comme le camion*, reprend son cours, vers ces soldats ukrainiens jusqu'à alors fantomatiques, mais qui vont soudain prendre corps, dans une dernière partie qui s'achemine vers un ultime plan (j'avais écrit blanc, c'était justifié) d'une beauté à couper le souffle. Ce qui était jusque là une notion vague ("la guerre"), puis a fait l'objet de discussions animées ("Est-ce une guerre civile ?", "Faut-il mourir pour sa patrie ?" -j'avoue que là c'est le moment où j'ai un peu dormi-) prend tout à coup forme, se matérialise (s'incarne") , dans un premier temps via le groupe de soldats qui accueille pour la nuit Rokas et inga, juste après avoir failli les tuer (parce qu'ils ne sont sont pas arrêté lorsqu'on leur en donnait l'ordre et ont bousillé la roue du camion en roulant sur la herse), et la façon justement dont on passe du rudoiement et des menaces à la complicité, de la suspicion au partage (j'aime beaucoup cette partie), puis dans cette ultime séquence où Rokas finit par se (re) trouver face à ce qu'il (re)cherchait depuis le début du film. Et Sharunas Bartas prouve une nouvelle fois qu'il est un grand cinéaste. Le dernier travelling arrière justifierait à lui seul qu'on aille voir le film.

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* "Camion dans la nuit
Camion bâché
Comme un ballon lâché
D'illusions, d'espoirs
Et le sang taché
Sangles attachées
Ne plus rien vouloir
D'une époque à vomir
Ne plus rien dire
Rouler dans le noir
Par les rêves attaqués
Sur les bas-côtés
Du désespoir"
("Camion bâché", Gérard Manset, tiens, que ça m'a donné envie de réécouter)

 

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jeudi 12 avril 2018

dents

051
APRES L'OMBRE
de Stéphane Mercurio

Quel dommage. oui, quel dommage que nos chers adhérents n'aient pas jugé utile de se déplacer ce vendredi soir jusqu'au bôô cinéma pour y voir le très beau Après l'ombre, en plus, en présence de sa réalisatrice, Stéphane Mercurio (qui nous avait déjà fait le plaisir de venir à notre rencontre, pour son précédent A côté. Oui, c'est toujours rageant de se décarcasser pour organiser une soirée  et que le public ne soit pas au rendez-vous...
Certes, c'était le premier soir des vacances, certes l'horaire avait -sans explication- été avancé à 20h par le directeur de la salle, certes la dernière fois la réalisatrice annoncée n'était pas venue, certes le théme du film n'était pas des plus gaudriolesques (la prison, les longues peines), beaucoup de certes, certes, mais on n'a pas pu s'empêcher d'être très déçus, et de se dire que c'était la dernière fois qu'on organisait un truc...
D'autant plus que, si le film est magnifique (Hervé nous l'avait déjà dit), la rencontre avec la réalisatrice qui a suivi (dans la salle d'abord, juste après le film, puis, pour cause de séance à 22h -on vit même entrer deux trois gugusses avec leur seau de popcorn-, dans le hall, où, heureusement, personne ne nous coupa la lumière -certain projectionniste était visiblement de bonne humeur ce soir-là-) s'est avéré tout aussi passionnante. Parce qu'elle-même est tout aussi passionnée, par le sujet de son film et par ce qu'elle y a mis, qu'elle est habituée à en parler, à le défendre, et ça sent et que du coup on pourrait l'écouter pendant des heures.
Après l'ombre  fait partie d'une -pour l'instant a précisé la réalisatrice- trilogie (A côté (2008), sur les visites et l'heure du parloir et ce lieu "d'accueil" installé juste à côté de la prison de Rennes, puis A l'ombre de la république, sur le travail du CGLPL (Contrôle général des lieux de privation de liberté) filmé dans plusieurs établissements pénitentiaires), dont le thème central, et "en creux", est la prison, l'incarcération, et le système carcéral français.
Un état des lieux lucide et courageux d'autant plus que l'administration pénitentiaire aura fait tout son possible à chaque fois pour ne pas lui faciliter la tâche  en mettant le maximum de bâtons dans le maximum de roues. Lorsque le pouvoir s'exerce, l'abus de pouvoir n'est jamais très loin.
Ici, on est, encore une fois (car on a vu les deux films précédents), en dehors du cadre strict de l'enfermement et de la réclusion puisqu'il est question de théâtre. Et donc de représentation. Le metteur en scène Didier Ruiz a élaboré un projet de création à cinq voix (quatre hommes et une femme, quatre ex-détenus et une femme d'ex-détenu) tous ayant vécu l'expérience d'une "longue peine", pour faire affleurer sur scène ce que chacun(e) en a gardé, ce qu'i/elle est capable d'en dire,bref de leur donner la parole, tout simplement. Et le résultat est, tout simplement, bouleversant.
On assiste, par étapes,  à l'intégralité du projet, depuis les premiers entretiens "sur table" entre le metteur en scène et chacun de ses  acteurs, puis les répétitions, la façon dont le metteur en scène permet à chacun(e) de trouver sa voix, les "ateliers", mais aussi, très important, les pauses, les respirations, jusqu'au grand soir, tant attendu, celui de la première, devant une salle comble, où la réalisatrice aura le bon sens (le tact ?) de nous laisser dans les coulisses, même si -j'ai essayé (maladroitement) de m'en expliquer lors de la discussion- on en ressent un peu de frustration : on les aime tellement, ces cinq-là, qu'on n'a pas envie de les abandonner là, comme ça, on veut les accompagner, mais c'est vrai que c'est bien que le début de la pièce "en vrai" soit aussi la fin du film. c'est une autre histoire, et ç'aurait été une autre façon de filmer.
Annette, Louis, Dédé, Alain, Eric. Je tenais à rendre leur prénom à ceux qu'allocinoche dans sa rubrique "générique" qualifie d'"acteurs inconnus". Leur rendre justice (!) pour la puissance de ce qui s'est joué sous nos yeux. Et de cette force avec laquelle ils parviennent à figurer l'indicible. Comment se vit une longue peine, au quotidien, au jour le jour, dans le détail, et, surtout comment on en sort, comment on s'en sort, de quelle façon on gère les marques (les stigmates) qu'elle a imprimées tout autant sur le corps que dans la tête.
Ces cinq-là ont survécu, chacun à sa manière, et leur témoignage en est d'autant plus poignant. L'administration pénitentiaire, les gardiens, la violence, l'isolement, la sexualité, les transferts, les mutilations, les brimades et les humiliations, chacun(e) prend la parole, tour à tour, et nous sidère et nous fascine à chaque fois (et la façon de filmer ces scènes, avec ce fond noir omniprésent dont ils sortent et où ils s'effacent, à la fois écran et écrin, rajoute encore à la solennité -simple et juste- de  ce dire).
Un film magnifique, donc, dont nous ne serons hélas qu'une douzaine à avoir profité... (si je n'ai pu m'empêcher, au tout début, d'évoquer le très beau César doit mourir, des Frères Taviani, qui conjugue aussi ces deux thèmes : le théâtre et la prison,  très vite je me suis complètement immergé dans cet Après l'ombre tellement ça fonctionne bien et de façon autonome.)
Il s'agit bien, au départ, de parler des longues peines, mais aussi (surtout) de la façon dont s'est constitué et solidifié ce groupe (cette troupe, puisqu'il s'agit de théâtre) avec, toujours, cette incroyable humanité  et ses enjeux (je ne parlerai pas de rédemption, plutôt de reconstruction).
Grand moment.

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mercredi 11 avril 2018

bleu rouge bleu

049
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TESNOTA -UNE VIE A L'ETROIT
de Kantemir Balagov

Un choc. D'un jeune cinéaste russe, un premier film beau à pleurer. Palpitant, fulgurant, intense, fiévreux, mais en même temps très simple, centré sur ses personnages que la caméra du réalisateur caresse avec tendresse. Qui sont sont tous beaux (simplement, naturellement, justement), de cette beauté qui touche parce qu'elle vient du dedans. Qui, c'est une famille russe (en fait, soyons précis, une famille juive quelque part en Russie), le père, la mère, le fils, la fille. Plus la copine du fils (ils vont bientôt se marier) et le copain de la fille (qu'elle voit en cachette parce qu'il ne fait pas partie de la même "tribu", eux sont juifs et lui est est kabarde -musulman-). Ilana, la jeune fille, est le personnage principal, qu'on voit à l'oeuvre, dès le premier plan, en salopette, les mains dans le cambouis, en train de tripatouiller dans les moteurs des bagnoles de l'atelier de son père, avec qui on la voit ensuite partager un moment, et on sent immédiatement la simplicité -encore- et la force (la douceur) des liens qui les unissent. Même chose lorsqu'on la voit ensuite avec son frère, dehors, fumant tous les deux en cachette, se chamaillant affectueusement par le mot et par le geste (il est beaucoup question de la bite du frère en question). On fait ensuite la connaissance de la mère, souveraine dans sa maison (et sa cusinie : on prépare un repas de fête) et le constat reste le même : force, justesse, simplicité, avec, toujours, un époustouflant sens du cadrage, cette façon de scruter les visages et les corps de très près, avant le plan large de la cérémonie interfamiliale des fiançailles du frérot. Plus tard, suivant un rituel visiblement bien rôdé (après s'être chargée de barres chocolatées) on verra Ilana quitter en cachette sa chambre par la fenêtre pour aller furtivement retrouver Zalim, son beau nounours kabarde, pompiste de nuit. On connaît alors tous les personnages, et l'histoire peut commencer.
L'histoire (il s'agit d'un fait-divers authentique) est simple. En rentrant à la maison, Ilana trouve sa mère effondrée : David et sa copine ont été enlevés, et une rançon demandée, dont le montant dépasse les moyens de la famille. Comment faire ? L'aide sollicitée aux autres membres de la communauté juive ne permettant pas de régler la totalité de la somme, ni la vente de l'atelier paternel,  il est envisagé (et annoncé par la mère) de marier Ilana au fils d'une autre famille, en échange d'une "dot" qui permettrait, enfin, de régler la rançon...
Et la caméra de Kantemir Balagov continue de suivre ses personnages de très près (on pourrait sans doute respirer leur odeur, leur parfum) avec autant d'attention (d'empathie). On est pourtant ici dans le même marasme socio-politique que tous les autres films russes (ou ukrainiens, oui, je sais, ouille! Hervé ne me tape pas) -Léviathan, La tribu, My Joy par exemple- oui dans le même incontestable merdier/bourbier, pourtant on ne perçoit pas tout à fait de la même façon l'habituel désespoir glaçant, même s'il est patent, car si la violence est incontestablement présente (une longue et insoutenable séquence de brutalités à la télévision) c'est surtout -paradoxalement ?- de l'amour qu'on perçoit, qu'on reçoit, dont on est témoin.
Le film de Balagov, est "tout simplement" exceptionnel, emballant son fond (humaniste) dans une forme esthétique baroquement violente (ou le contraire) qui ne pouvait que ravir presque jusqu'aux limites du raisonnable (une scène de teuf qui manque de virer au décollement de rétine tellement ça stroboscope) l'amateur de bleu et de contrastes que je suis.
Les quasiment deux heures de l'histoire d'Iliana filent à toute berzingue, charriant des émois de l'ordre de l'intime voire de l'indicible mis en images avec une folle virtuosité (qui a fait d'ailleurs renâcler certains critiques, assimilant le film à juste une esbrouffe de film de festival, les benêts) qui font que, lorsque je l'ai revu (car j'y suis retourné deux jours plus tard), à partir de la scène de l'enveloppe (une des scènes les plus fortes et les plus bouleversantes que j'ai vues depuis longtemps) je n'ai pas cessé d'être émotionnellement chamboulé et ce sans en perdre une miette.
Je crois que je n'ai jamais vu un film où les gens s'étreignent autant, l'étreinte -le hug- est une figure qui revient très souvent, elle est celle d'ailleurs qui permet de faire tenir deux personnages dans le cadre le plus resserré possible. L'extrême proximité des corps permet aussi, souvent, d'économiser les mots...
Et pour clore le chapitre j'ai été agréablement étonné  par le "je ne sais pas ce qui leur est arrivé après" lapidaire qui s'inscrit en sous-titre -tchack!- juste après la dernière scène (comme la narration, d'ailleurs, avait débuté, elle aussi, en sous-titres du discours de personne, au tout début du film, où le réalisateur se présente et nous présente son film par écrit, ouvrant la parenthèse qu'il refermera à la fin de la même façon) juste avant le générique de fin (dans lequel est remercié Sokourov, qui semble être le parrain -esthétique, on le comprend-, l'ange sur l'épaule, de ce Tesnota (la vie à l'étroit semblant un rajout du titre français) qui nous éblouit (ébleuit ?) et nous transporte.
Un top 10 indiscutable.

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l'affiche est très juste par rapport au film

 

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mardi 10 avril 2018

le singe en veste rose et le couteau électrique

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ABRACADABRA
de Pablo Berger

Au sortir de notre Semaine Latino, j'ai eu encore envie d'entendre parler español, et, coup de bol, sortait justement au Victor Hugo ce film, sur lequel j'avais lu la veille en diagonale une notule dont je me rappelais juste que le réalisateur avait déjà fait un film que j'aimais bien (je croyais que c'était La Isla Minima, mais pas du tout -j'ai vérifié ensuite- c'était Blanca Nieves -que je n'avais pas adoré tant que ça, et, je l'ai appris au même moment sur allocinoche, Torremolinos 73, vu aussi et d'assez triste mémoire) et que l'acteur principal jouait, là j'en étais sûr, dans, justement La Isla Minima.
Dominique m'y a gentiment accompagné, alors que je l'avais bien prévenue que je déclinais toute responsabilité, résultat, à la fin du film, tandis que je lui présentais quasiment mes excuses tant j'avais trouvé ça navrant, elle a été beaucoup plus indulgente que moi pour le coup et a dit qu'elle avait trouvé ça pas mal...
Oui, navrant. Ça a beau être (parler) español, ça ne mérite pas pour autant toutes les indulgences coupables. J'ai trouvé ça moche, mal foutu, incohérent, dispersé, et, surtout, dommage. Le pitch ? Un mari beauf, macho, amateur de foot, bas de plafond est, suite à un numéro d'hypnotisme, transformé en gentil mari et super papa, pour le plus grand plaisir de son épouse et de sa fille, sauf qu'on apprend qu'il est habité par l'esprit d'un schizophrène meurtrier (qui a pénétré dans son mental en profitant d'une faille de l'espace-temps générée par La danse des canards, si si, je n'invente rien je vous promets). Tout va bien sauf que l'envahisseur, comme tout schizophrène qui se respecte, n'est pas toujours d'humeur égale... A partir de là, le scénario va commencer à pertir en vrille, ou, plutôt, dans tous les sens : que ce soit dans le ton, le "genre" abordé, le traitement, on a le sentiment que le réalisateur ne sait plus trop sur quel pied danser, et donc il essaie un peu tout ce qui lui passe par la tête, et comme la grue dont le contrôle a soudain été perdu (par le mari lorsqu'il est en position "schizo gentil" -traduisez "un peu pédé maricon sur les bords puisqu'il fait le ménage" quelle ibère finesse), on passe nous aussi par tous les états, toutes les positions, on appuie sur tous les boutons, sans savoir quel est celui qui va faire fonctionner la machine comme il faut. Il y a des moments qui fonctionnent, oui, et d'autres pas, voire vraiment pas (certains notamment où j'avais presque honte pour le réalisateur, je pense à la scène de l'hôpital et du mourant, et du slip Superman).
Oui j'étais, comment dire, content que ça finisse, voilà.
Lo siento.

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lundi 9 avril 2018

insoupçonnable

 

(je me réveille)

(je suis à moitié étouffé, j'ai eu une remontée de bile dégueulasse, j'ai le sentiment que ma respiration est obstruée, et la machine me souffle à donf dans les narines... je tousse beaucoup, et je mettrai plusieurs minutes à me remettre, assis sur le bord de mon lit, pour retrouver une respiration normale et me calmer... Je me rendormirai sans la machine)

j'ai rêvé que j'avais assassiné Martine T mais que j'étais insoupçonnable. Pourtant les flics enquêtaient mais j'étais sûr d'avoir effacé toute trace, d'avoir pensé à supprimer tout élément qui me rattachait à elle. Je me disais que la seule chose qui pouvait me trahir, ce serait ma réaction lorsque les flics m'interrogeraient : je risquais de devenir tout rouge, de bafouiller, et alors ils sauraient. je sais que je suis un meurtrier mais je suis le seul à le savoir.

un peu plus tard (un peu plus tôt ?) dans le rêve, je marche avec Jean-Marc T. Nous descendons le long d'une falaise très accidentée, c'est dur de conserver son équilibre, j'ai peur de glisser et de tomber, je ne le vois plus mais je l'entends tenir des propos incohérents, répétant les mêmes mots sans fin. J'ai réussi à franchir un petit surplomb herbeux, mais je suis accroupi et ne pourrai pas me relever, je lui dis alors qu'il va devoir prendre mon bras pour m'aider à me remettre debout (ce qu'il fait) mais ce n'est absolument pas Jean-Marc T.c'est un jeune homme qui souffre d'une maladie mentale, ce qui explique qu'il répète sans cesse la même chose...

En arrivant en haut de la falaise, il ya  les flics, qui continuent leur enquête et qui contrôlent les gens. C'est une fliquette qui me regarde passer, au début avec un air soupçonneux, puis elle fait signe à son collègue qu'il peut me laisser repartir, que ce n'est pas moi qu'ils recherchent

je marche dans une ville la nuit en compagnie du jeune homme qui répète toujours la même chose, et je me souviens que, juste après le crime, je suis allé voir Catherine et je me suis comporté de la façon la plus naturelle possible (comment d'ailleurs ai-je pu réussir à faire ça ?) et donc je suis quasiment sûr de pouvoir donner le change et ne pas me faire arrêter

nous cherchons l'adresse de quelqu'un, dans une barre de HLM

dans mon rêve je me réveille alors et je réalise que je n'ai pas pu la tuer, puisque je l'ai vue lors du dernier festival, elle était vivante, je suis rassuré

mais non, je réalise alors qu'elle est vraiment morte, que c'est bien moi qui l'ai tuée, je vais devoir vivre avec ça le reste de ma vie et rester sur mes gardes

je suis avec une femme assez âgée (une amie de Martine T.?), dans un bureau assez cossu, et elle trie des papiers et des objets que j'examine au fur et à mesure (il y a des choses qui m'appartiennent, des papiers sur lesquels j'ai écrit) en vérifiant bien que je n'y ai laissé aucune trace compromettante) cela commence à s'amonceler sur le bord de son bureau

elle me propose alors de massicoter des papiers, je lui explique que je n'ai jamais utilisé de massicot comme ça, elle me répond que c'est très facile, qu'il faut juste aligner les paquets de feuilles en se basant sur les repères de couleur. Je commence donc à prendre des liasses que j'empile dans le massicot, c'est compliqué, elles ont toutes des dimensions différentes, et je ne vois pas comment il va être possible de les aligner et de les couper correctement

je change de sujet avec trois bandes dessinées qu'elle me tend, et dont je lui dis qu'elles m'appartiennent (je me souviens que dans le troisième tome -que j'ai dessiné moi-même- il y a peut-être des choses qui pourraient me trahir, je dois absolument le récupérer, elle me tend donc les trois volumes, de la taille et du style de Yakari, et elle me fait remarquer en rigolant que, sur le deuxième, en première page, il  y a non seulement le tampon de l'école, mais qu'une élève a aussi écrit son prénom dessus, comme s'il lui appartenait à elle

(je me réveille)
(cette fois je me rendors avec la machine...)

je suis avec deux employés municipaux (ils ont des tenues de travail d'un joli bleu pétant) qui font les idiots (ils prennent leur pause?) ils sont assis face à face sur deux chaises très proches, ou peut-être même bien sur la même chaise d'ailleurs... Au début ils font juste les clowns, se font des grimaces, mais ils se rapprochent de plus en plus, se touchent, se frottent, ça devient troublant, au point de me donner l'idée de sortir mon téléphone pour les photographier (je vois ensuite la scène sur l'écran de mon téléphone, et je vois que l'un des deux a même sorti sa bite, mais que la photo est floue, je me dis alors qu'il vaudrait mieux que je les filme...)

(je me réveille)

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dimanche 8 avril 2018

tombé du ciel

Encore un qui s'en va...
Ce grand machin de Jacques Higelin, comme un frérot, ou un cousin, enfin, quelqu'un de la famille,  qui m'aura tenu compagnie parfois de très près, et d'autres un peu peu loin, grosso-modo, d'abord de 1974 à 1982 -là, un trou de deux albums, Higelin 82 et - puis de 85 à 88 (après 88 c'est vrai je l'ai écouté de façon plus lointaine, mais toujours en le trouvant terriblement attachant...)
Je ne l'ai jamais vu en live (je me souviens même d'un soir uù j'avais profité de la voiture d'amis qui allaient le voir en concert et préféré aller au cinéma!)
Juste un petit survol de notre histoire, tiens, avec deux ou trois (voire quatre, allez) titres par album...

la préhistoire Saravah :

* L'OURS
* J'AURAIS BIEN VOULU
* REMEMBER
* CHOPE LA SOUPAPE

higelin areski

(1969, mais découvert bien plus tard)

J'ai découvert Higelin par le biais de Fontaine et Areski. A l'époque, pur(s) et dur(s) on écoutait L'Incendie (byg Records) avec sa rigoureuse pochette noire et blanche, et il fut donc normal de glisser vers cet album-ici (aussi rigoureusement noir et blanc, mais c'est Higelin qui apporte la seule note de couleur) l'univers Areski dans toute sa splendeur vocale et instrumentale. Un disque dépouillé presque jusqu'à l'os, mais toujours aussi fort ("cet ours continuait de tourner en rond dans sa cage...")

*


* I LOVE THE QUEEN
* TIENS J'AI DIT TIENS

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(1971, mais découvert bien plus tard)

les années babos dans toute leur splendeur (eh oui), suite, sabots, gilets de berger, chemise de grands-pères, chapeaux qui volent, et higelin qui revient désormais tout seul, dans  ce disque un peu déjanté mais attractif malgré tout, que je ne savais pas précisément dans quelle case ranger

*

le virage rock :

* PARIS NEW-YORK
* CIGARETTE

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(1975)

 

Découvert sans doute via Pacoune (?), je me souviens d'un concert de fontaine et areski ou brigitte expliquait qu'elle avait un ami nommé Jacques Higelin mais qu'il l'avait trahie en devenant rocker... un album plaisant, où Cigarette ("elle a la rondeur d'un sein qu'on mord ou qu'on tête...") rassurait les amoureux de l'époque saravah tandis que Paris New-York faisait joyeusement se secouer les popotins et disait qu'il était passé à autre chose

*



*ROCK IN CHAIR
*L'ANGE ET LE SALAUD

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(1975, mais découvert plus tard)

Cet album-là je l'ai en fait découvert plus tardivement, grâce à Charlie (ah les vacances au Soler...) L'ange et le salaud ("Sale et déchiré du sans séché sur son jean...") c'est à lui que je le dois... j'aime aussi beaucoup Rock in chair pour ses paroles ("je me balance et je bande pour une fille qui s'en branle...") et son cool, le reste de l'album est un peu trop hargneux pour moi...

*

L'année 1976 et la suite (de Vaux-le-M à Ste Marie en Ch.):

* LE MINIMUM
* AUJOURD'HUI LA CRISE

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(1976)

Si je devais n'en garder qu'un ce serait sans doute celui-là. Pas forcément parce que c'est le meilleur mais parce qu'il m'a, au sens propre, aidé à survivre (avec, aussi, au même moment, l'attention bienveillante de Philippe et Françoise) lors d'une redoutable première année de boulot sur laquelle je ne reviendrai pas... Les premières mesures de Le minimum me font encore frissonner quasiment, tandis que je prenais Aujour'hui la crise comme une potion magique et une promesse ("C'est dur aujourd'hui peut-être, demain ça s'ra vach'ment mieux...") un mantra et un message d'espoir... J'ai survécu.

*


* DENISE
* LETTRE A LA P'TITE AMIE DE L'ENNEMI PUBLIC n°1

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(1978)

celui-là, c'est drôle, aucun souvenir géographique précis ne s'y rattache... Vesoul, le Pré des Angles, peut-être ? Deux chansons que j'adore et qui me sont restées, en tout cas, Denise ("Avec c'que t'as, y en a qui seraient heureux comme des rois, si pour toi c'est trop peu, c'est déjà beaucoup pour moi..."), pour son énergie et La lettre à la p'tite amie... pour sa rythmique fanfaresque et son lyrisme désabusé ("à moins que j'finisse au cyanure mélangé à d'la confiture de groseilles...")

*



* CHAMPAGNE
* DANS MON AEROPLANE BLINDÉ

* L'ATTENTAT A LA PUDEUR
* JE NE PEUX PLUS DIRE JE T'AIME

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(1979)

celui-là c'est très clair précis et daté : j'habite à Ste Marie en C., avec Babeth dans son logement de fonction, j'ai de récurrents problèmes automobiles, on achète de la limonade par caisses, elle me fait découvrir beaucoup de choses en musique (des filles surtout) mais aussi Starmania, et ce double album qu'elle rapporte un soir... On l'a écouté couchés dans son lit (il devait faire froid), en tout bien tout honneur, et j'ai tout de suite préféré l'album Champagne à l'album Caviar (qui se glissait dans la pochette du premier). Sur le second album, je n'écoute que le magnifique Je ne peux plus dire je t'aime, dont je trouverai plus tard une version que j'aime encore plus, en duo avec Adjani (qui faisait pourtant moins bien les fadadoudaï)... Je n'ai par contre jamais cessé d'écouter L'attentat à la pudeur qui reste pour moi un sommet de l'oeuvre higelinesque

*

la reprise (les retrouvailles) :

* FOLLOW THE LINE
* TOM BOMBADILOM
* TOMBÉ DU CIEL
* POIL DANS LA MAIN

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(1988)



Me semble que c'est le premier Higelin  acheté en cd... Des retrouvailles. Pour moi les années ce sont les années Gray mais surtout Vaux (le retour), Emma et Régis, la nouvelle platine c-d, les après-midis jeux, les nuits vidéo (avec location de magnétoscope), les clopes, les mix sur k7 audio pour écouter dans la voiture,  la trentaine plutôt insouciante quoi... J'aime toujours bien écouter cet album... je chantonne très souvent Poil dans la main ("Poil dans la main, payé à rien foutre, regarder la poutre dans l'oeil du voisin...") sans oublier le cas de Tom Bombadilom que j'avais détesté dès la première écoute, et pendant longtemps, (peut-être juste parce qu'il disait "des asticots dans le tuyau de son shilom"...) jusqu'à ce que je me réveille un beau matin en réalisant que je l'aimais beaucoup...

Après c'est vrai que j'ai un peu perdu le fil...

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bébés (ou pas)

047
COLOMBIENNES
programme de courts-métrages

Semaine Latino 7.6 : Colombi
Cinq courts-métrages, donc, tout à fait dans ce qui fut l'humeur moyenne de cette programmation : tristounette! Comme le nom du programme l'indique, cinq portraits de personnages féminins dont la spécifité est d'être colombienne(s) : une fillette que sa mère envoie chercher de l'eau ""au ruisseau, pas à la mare" (dans Camino del Agua), une adolescente qui hésite à se remettre en couple (pour la nième fois) avec son copain qui l'aime mais qui la trompe gaillardement (Solecito), une autre, (hébergée chez sa tante, amatrice de grande musique) qui hésite à garder le bébé qu'elle porte (Flores), une autre qui a déjà accouché mais a bien du mal à savoir où est le papa (et ce qu'il a fait la nuit dernière) et le cherche un peu partout (Leidi, palme d'or du court-métrage, tout de même), et, enfin, une mère qui n'est carrément pas là puisqu'elle a émigré en Espagne, en laissant son jeune fils aux soins de son ex-mari (Rio).
Bref un joli programme, et une sympathique façon -pour moi- de clore cette 7ème Semaine Latino par un genre de bouquet. Couleurs variées, certes, mais avec une certaine -et incontestable- amertume comme point commun. Comme Manue a résumé "Ca n'est pas rigolo d'être colombienne aujourd'hui!"

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l'affiche est joliette je trouve
(ce programme a été composé et diffusé par l'Agence du Court-Métrage, à l'occasion de l'Année de la Colombie)

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samedi 7 avril 2018

une mite au plafond, un chien sans laisse, et un chat nommé chat

044
ALBA
de Ana Cristina Barragan
Semaine latino 7.3 : Equateur
Portrait d'une fillette de 11 ans qui doit soudain aller vivre avec son père, parce que sa mère est malade. Le papa en question, elle ne le connaît pas, d'ailleurs elle ne lui parle pas, et lui non plus. Il a l'air vieux, tristounet, malade. On découvrira progressivement que ce père, s'il n'est pas très expansif, fait, en silence, patiemment, tout ce qu'il peut pour le bien de sa fille. Un film lent, attentif, juste, à propos d'une fillette qui grandit (j'ai eu comme l'impression qu'elle me rappelait queqlu'un...) avec un intéressant travail sur la couleur et le rythme. Un film à l'image du père, pas bavard (sauf dans les scènes avec les enfants, qui résonnent de jacasseries comme autant de volières) mais doté d'une indéniable tendresse. Un film, enfin, qui s'épanouit et nous bouleverse dans une très simple et touchante scène finale.

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045
MARIANA (LOS PERROS)
de Marcella Saïd
Semaine latino 7.4 : Chili
Portrait d'une femme de la haute bourgeoisie chilienne pétée de thunes, qui tombe amoureuse de son prof d'équitation, qui s'avère être un ex-colonel "responsable de la sécurité" (et donc de multiples disparitions) sous Pinochet. Une saloperie, donc. Trouble, fascination, ambiguïté, dans cette relation naissante entre celle qui ne supporte pas qu'on lui donne des ordres et celui qui avoue qu'il ne connaît pas la peur, et encore moins les remords. Où les chiens du titre ne sont pas uniquement ceux qu'on voit y courir ou qu'on entend (avec insistance) aboyer.  Par la réalisatrice de L'été des poissons-volants (projeté dans la Semaine Latino 3, et dont la critique est ), une étude soignée, grinçante, et plutôt glaçante. Moralité : les riches (ou les puissants) ont toujours le dernier mot.

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NOTRE ENFANT
de Diego Lerman
Semaine latino 7.5 : Argentine
Portrait d'une femme médecin de Buenos Aires (encore un personnage de femme forte) qui parcourt 800km (après une belle scène d'ouverture nocturne à base de bruit d'essuie-glaces et de gouttes sur les vitres) pour aller chercher le bébé qu'elle a entrepris d'adopter et qui va vite déchanter en réalisant le traquenard dans lequel elle est tombée, et tenter l'impossible : se révolter, face à un trafic très organisé où les notables locaux s'en mettent plein les poches. Ce qu'on croyait être au départ une simple chronique sociétale se transforme quasiment en thriller où l'on est, à chaque instant, de plus en plus tendu et inquiet. a chaque nouveau rebondissement je me crispais un peu plus sur mon siège. Oppressant. Moralité : comme ci-dessus, les riches (ou les puissants) ont toujours le dernier mot.

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vendredi 6 avril 2018

valet de carreau

043
7 PSYCHOPATHES
de Martin Mc Donagh

Mais comment ai-je pu passer à côté de ce film? J'avais pourtant adoré Bons baisers de Bruges, le premier film du réalisateur, et c'est 3 billboards, son troisième, qui m'a donné l'envie d'aller voir ce qui se cachait entre les deux (même si, si j'ai bien compris, ledit réalisateur le désavoue maintenant plus ou moins).
Résumons : comme dans Bons baisers... on a Colinchou Farrell en vedette, une sacrée bonne dose d'humour (noir) et des mecs avec des  flingues qui s'entretuent mais pas de façon conventionnelle ; et comme dans 3 Billboards, on a Woody Harrelson et Sam Rockwell, une histoire à rebondissements, encore des mecs avec des flingues, et toujours une sacrée dose d'humour (noir). Avec, ici, en prime, un Christopher Walken anthologique, un Tom Waits idem, plus la présence en ouverture de Michael Pitt et de ce très cher Michael Stuhlbarg, qu'en ce moment j'ai tendance à voir -et à aimer- un peu partout, et qui reste bien de devenir ma prochaine coqueluche...
Ajoutez un scénario tordu, oui, au sens propre, vrillé comme un ruban de Möbius (en gros l'histoire d'un scénariste qui écrit un film mais va finir par s'y retrouver en plein dedans, 7 psychopathes pourrait être au polar ce que Scream fut au film d'horreur : une mise en abyme maligne,où le cinéaste examine les  "codes" sous un angle théorique et complice mais les intègre finalement en tant qu'éléments de son propre film). Un scénariste écrit le scénario d'un film qui s'appelle 7 Psychopathes (comme dans paludes, Gide écrivait un bouquin qui s'appelait paludes, mais dedans il y a avit beaucoup moins de flingues).
C'est le premier film qu'a réalisé Martin Mc Donagh aux Etats-unis (qui nous le signifie bien dès l'ouverture, avec un plan sur l'inévitable HOLLYWOOD à flanc de colline) et il nous offre (voir, plus bas, la campagne d'affichage américaine) un casting inoxydable, où chacun(e) tient son rôle de jubilatoire façon (bon, c'est "un film de mecs" : la critique d'un des personnages sur le manque d'épaisseur des personnages féminins dans le scénario -Ô Pirandello- n'est pas totalement injustifiée, et le réalisateur saura d'ailleurs s'écouter (en tenir compte) et rectifier le tir en offrant à Frances Mc Dormand le rôle principal en or massif de son film suivant).
Le récit est un peu déconstruit, et avance, au moins au début, un peu de bric et de broc, avec différentes histoires que le cinéaste ou un de ses personnages nous raconte(nt), histoires qui ne se situent pas toutes, d'ailleurs sur le même plan fictionnel mais qu'on suit toujours avec grand plaisir (tout le début du film ferait un peu penser à une compilation, une anthologie d'histoires de psychopathes) qu'après il est plus ou moins facile de relier entre elles. Mais le réalisateur y vas de bon coeur.
Martin Mc Donagh pratique une forme d'humour (et de distanciation) que j'adore : il met en scène des personnages (ou des situations) qui sont des clichés, mais ont suffisamment de force pour regarder en face le spectateur et lui dire "Oui, je sais, je suis un cliché mais regardez comme j'en suis conscient..." Oui, qui le revendiquent. Et bam bam! (les mecs et leurs gros flingues, pour un amateur de sous-sous-texte gay comme moi, c'est du vrai grand bonheur, tellement ils aiment les sortir et les braquer, leurs gros machins rutilants et chromés, pour un oui pour un non, c'est ça les vrais z'hommes hin hin).
Bref, 7 psychopathes est un film ludique, facétieux, ironique. un film qui, même s'il ne tient pas toutes ses promesses, m'a, en l'état, grandement réjoui.

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un casting inoxydable vous disais-je...

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