vendredi 09 mai
barbe de deux jours
Ca faisait un moment que je voulais en parler... A présent que j'ai terminé les deux recueils de nouvelles, je peux vous dire tout tout tout le bien que je pense du monsieur et de ce qu'il écrit (il me reste encore un recueil de textes, "Orphelins", mais que je ne vais pas lire tout de suite car il s'agit d'une autre veine...) J'ai, je l'avoue (et je le répète) un penchant coupable pour les écrivains de nouvelles, américains de surcroit, et surtout avec des tronches pas rasées de trappeur du Montana ou assimilé. D'Ambrosio est tout cela (même si son patronyme évoquerait tout autre chose). On sait juste de lui qu'il a été charpentier, avant, et ses nouvelles, justement, évoquent ce patient travail du bois, cette solidité de l'ensemble, cette robustesse, avec en même temps ce goût de la beauté, ce poli, ce raffinement dans les finitions. Et cette façon de ne jamais finir pif paf bien carré et rassurant, ni virtuose coup de théâtre. Juste ouvert, open, grand air, respirant, à vous de voir...
Les thèmes évoquent une Amérique moyenne, avec des gens moyens, des problèmes moyens, le plus souvent histoires de couples, de familles, comme chez Carver, mais ici l'écriture n'a pas cette sècheresse minimaliste de l'ami Raymond, ce côté autant droit au but que brut de décoffrage. Elle a cette richesse, cette élégance, cette poésie (j'ose le mot), ce moëlleux, qui vous fera revenir en arrière pour relire une phrase ou un passage, ou avoir soudain juste les larmes aux yeux, comme ça, tellement c'est juste, tellement soudain ça retentit.
Dans le premier recueil, "Le Cap" (que j'ai lu en deuxième) m'est ainsi restée tout particulièrement la nouvelle Nostalgie, avant-dernière du recueil, récit en deux parties (Octobre et Décembre) de la désagrégation d'un couple, où il est d'abord question d'un homme en train de pêcher, puis du même homme en train de se promener la nuit avec deux pommes de terre dans ses poches... De la même façon, dans Le musée des poissons morts, celle nommée Drummond et fils, où il est question de machines à écrire et des rapports entre un père et son fils schizophrène. Beau à faire fondre les pierres...
arts appliqués
(bribes de rêve)
Avec Malou et (?) nous marchons dans Paris, pas sur les toits mais presque : ruelles, arrière-cours, corniches, nous arrivons dans l'entrée de l'appartement de (? un célèbre cuisinier), je regarde ce qu'il y a sur le meuble, et j'exulte : est posée sur la table une carte de visite de Madame Varinhard, notre pâtissière locale, mais lorsque je l'explique et veux la montrer à Malou, ce n'est plus la même chose qui est écrite. N'y a-t-il pas alors quelqu'un qui monterait sur ce meuble, y marcherait et provoquerait mon embarras ? D'autant plus qu'arrivent des gens dans le couloir. Les maîtres des lieux ? Non, des invités, il semble qu'il va y avoir une fête, la pièce se remplit, une dame blonde passe et distribue des verres de champagne, certains gros comme des chopes de bière (mais sans poignée) et d'autres nettement plus petits (comme les verres à patisserie). Bien sûr j'ai un petit, et je n'en suis pas très content. D'autant plus que je dois le poser sur le bord d'un plateau, en équilibre instable (pour faire je ne sais plus quoi) et, bien sûr, il tombe et se brise sur le sol, alors que je n'ai même pas pu y goûter.
On est à présent assis à des tables, arrivent des serveurs en livrée, l'un d'eux tend la main, je me méprends sur son geste et pense qu'il veut me saluer, et je lui serre la main. Je comprends que ce n'était pas vraiment son intention. Ils commencent à énoncer le menu, une suite de plats aux noms sophistiqués, je m'interroge sur le pourquoi de ce grand repas, et on me répond, que, mais bien sûr, c'est Josette qui fête (sa promotion ? son emploi ? sa retraite ?)
Trois jeunes gens font une représentation, face au mur du gymnase où nous sommes. C'est assez simple, voire simplet. Deux garçons et une fille, se déplacent le long du mur, la fille disparaît sur la droite, dans l'obscurité, suivie par un des garçons, l'autre garçon reste seul un moment, puis part aussi. Je me demande pourtant comment est réalisé le changement de taille, dû à la perspective, du dernier garçon (il devient à un instant beaucoup plus petit.) Je réalise alors que c'est un film (qu'ils ont réalisé sur le mur du gymnase et qu'ils projettent sur le même mur), d'autant plus qu'à la fin intervient sur l'écran Chloé, qui critique vertement et le film et ses interprètes. Elle est d'ailleurs assise à ce moment-là "en vrai" à côté de moi, (nous sommes dans une salle de spectacle ou de ciné) et je lui demande si elle a l'habitude de ne pas mâcher ses mots comme ça, et comment les autres ont réagi en voyant qu'elle intervenait dans leur film.
Chez Domi et Alain. Alain me fait rentrer dans sa "salle de musique" c'est un ancien gymnase (ou ancien garage) d'un ancien appartement où j'ai habité. Je m'émerveille de la taille et du nombre de baffles, d'enceintes qui sont installés partout le long des murs.
C'est une manifestation culturelle, je ne sais pas exactement laquelle. Je prends, le long d'un mur, un rouleau de papier (aussi haut que moi) sur lequel sont inscrits des mots, des phrases, manuscrits, en couleurs diverses. Tout celà a été écrit par mon ami Philippe (c'est peut-être lui qui est à l'honneur) Je m'aperçois qu'en posant le rouleau sur le mur et en le faisant tourner doucement, les mots écrits sur le rouleau s'impriment sur le mur. J'en fais l'expérience plusieurs fois, c'est rigolo. Je réalise que j'imprime des mots de Philippe sur un panneau où sont écrits déjà d'autres mots de Philippe (au stylo-plume noir). Philippe arrive alors, peut-être, et ça le fait sourire..
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Une assemblée assez nombreuse, comme dans un hôtel, une ambiance de gens sur le départ, chacun fait ses valises, j'en ai une noire, en plastique, très grosse (une "valise-coque" ?) A un moment, Christine me prend à part et commence à me faire des reproches, de longs reproches, sur ma tenue vestimentaire, qui n'est visiblement pas en accord avec le lieu et ses occupants : mes habits sont moches et pauvres. Ca me met très en colère et je m'éloigne sans me retourner, je l'entends qui continue de parler dans mon dos, mais plus sur le même ton : elle semble désolée, essaie de se faire pardonner, je ne comprends que des bribes, elle me propose, entre autres, de me donner une (étoile ?) que je pourrai utiliser pour mon prochain agenda. Rien n'y fait, je reste fâché, d'autant plus que je m'aperçois que seule ma valise noire et mon sac sont restés en bas, sur le quai, au bord de l'eau, et d'ailleurs une vague vient de les emporter. L'eau est vredâtre, boueuse. Je crie pour que quelqu'un aille les chercher. Ils sont emportés par le courant, d'abord vers la gauche. Je vois quelqu'un qui court dans l'eau derrière les bagages, il me semble reconnaître Jacques. Mais non, quelques secondes plus tard, je vois le même Jacques, souriant, dans l'eau, mais plus à droite de la scène, levant les bras en signe d'impuissance. Les bagages sont partis dans l'autre sens, toujours emportés par le courant, mais vers la droite à présent, ils passent sous un pont (sous le bâtiment, en fait) avec des arcades, et se retrouvent, de l'autre côté dans un canal beaucoup plus calme et moins profond où quelqu'un, les cheveux ruisselants (Jacques, encore ?) peut alors les sortir de l'eau.
jeudi 08 mai
double
Puisque ce jour est doublement férié, voici une image doublement sympathique :

(Ce n'est pas porno, isn't'it, puisque c'était dans Libé du 3/4 mai 2008)
jour férié
Encore un jour férié, (et double, même, tiens, d'ailleurs!), encore un faux dimanche au milieu de la semaine (puisque demain c'est vendredi, et que nous travaillerons -nous serons bien les seuls d'ailleurs semble-t-il- plus, donc, mais pour ne rien gagner davantage (avec le métier de fainéants qu'on a, et les jours de vacances, et le salaire royal, et les conditions de travail idéales...) fermons-là cette parenthèse humoristique tellement je n'en peux plus de rire ; d'autant plus que j'apprend que
a) on nous annonce que les retraites vont être réévaluées de 0,8 % (Byzance, Byzance...)
b) "on" nous annonce aussi que la retraite pourrait être cumulée avec un emploi (re-Byzance...)
si c'est pas ce qu'on appelle nager dans l'opulence... arrêtez de me faire rire j'ai les lèvres gercées...), où il fait un temps estival (et doublement chez moi, puisque dans mon logement -ex "de fonction" pour lequel je paye désormais un loyer - le chauffage est produit par des radiateurs dont je ne peux moduler le débit pour cause de boutons irrémédiablement grippés, voire soudés dans la masse -j'ai des radiateurs préhistoriques- ni la production, puisqu'elle est assurée par une chaudière alimentant également l'école, donc je prends mon mal en patience (il doit faire à peu près trente degrés dans mon appartement (chaud en été, froid en hiver, telle est sa devise) toutes fenêtres ouvertes, car mon amie Emma m'a rappelé que l'an dernier, dans les mêmes conditions, lorsque j'avais supplié la municipalité de couper enfin ledit chauffage, et qu'elle avait d'ailleurs aussi sec ouf merci répondu à ma demande, dans les heures qui suivirent -on est caliméro où on ne l'est pas- la température, jusqu'alors estivale, avait soudain chuté d'une quinzaine de degrés et que j'avais dû illico ressortir braséros, laines polaires, bonnets péruviens et autres mitaines, car, si cet appartement se réchauffe très vite, il se refroidit également idem. Donc, je ne dis rien, et j'attends, en tenue légère et toutes fenêtres ouvertes...
D'autant plus (et c'était là me semble-t-il le but initial de ce post) que depuis quelques temps voilà-t-y pas que mon vieux corps commence à présenter des signes véhéments et simultanés de délabrement (comme ma bagnole d'ailleurs, vous savez bien, pendant des années tout roule bien, pas un pépin, pas un accroc, pas besoin d'aller chez ce voleur de charmant garagiste, et tout d'un coup, plaf, patatras, crac et boum, voilà que soudain ça se met à faire des bruits bizarres, se déglinguer, se démantibuler, à tomber en quenouille...) problèmes de dos d'abord, et autres machins divers et plus ou moins faciles à glisser dans la conversation (oui oui je suis quelqu'un de pudique de prude et de timide) qui ont nécessité (et vont encore nécessiter) quelques visites au médecin dont je me passerais bien. Oui oui, je sais, dès qu'il y a le moindre petit truc qui ne va pas chez moi, la moindre vétille, le moindre pet de travers, oui, dès que je suis un peu malade, que j'ai un truc, alors aussi sec tout s'écroule, le monde vacille sur ses bases, je suis effondré et je voudrais mourir (et les autres aussi, ne mégotons pas). Voilà donc pourquoi je pourrais en ce jour radieux me sentir légèrement (légitimement ?) grognon.
Me croirez-vous si je vous avoue que je suis en nage, simplement d'avoir cogité et tapé ces quelques lignes ? Je vous l'avais bien dit, je me liquéfie...
lundi 05 mai
langue pâteuse
Décidément, c'était la semaine... Après un film chinois beau mais moral dans les chaussettes, voilà qu'on en remet une couche dans le démoralisant avec ce film-ci : un genre de tunnel noir noir noir avec quand même (ouf!) in extremis une toute petite lumière minuscule au bout. Erick Zonca est parti filmer aux USA, mais l'ange à la chute duquel il s'attache ici n'a, encore une fois, pas vraiment une vie rêvée...
Portrait sans maquillage d'une alcoolique "ordinaire", la première partie est tout simplement épouvantable de glauquerie. Scènes de bars, de biture(s), de réveils misérables, de réunions des AA, de clopes allumées à la chaîne, de verres descendus idem. Julia se tape des mecs anonymes (commes les alcooliques du même nom) chaque nuit, et a du mal à assurer chaque jour qui suit. Elle galère, perd son job, se prend la tête avec son agent de probation (pourtant nounours genre crème des hommes, le seul personnage "positif" , en tout cas, auquel on puisse se raccrocher dans le film), et finit par concevoir un plan très foireux de hold-up de gamin avec l'espoir de ramasser un gros paquet de fric. On descend encore d'un cran dans le glauque et le malaise. Evidemment, le kidnapping ne se passe pas de la meilleure façon du monde, quand elle enferme dans son coffre de bagnole un gamin terrifié en maillot de bain, on sait de suite que ça ne va pas aller en s'arrangeant, bien au contraire... La suite d'ailleurs nous le confirme, qui n'est qu'une fuite en avant, avec collectionnage de toutes les catstrophes qui étaient susceptibles d'arriver. Et ça se termine à Tijuana, de part et d'autre d'une artère très passante, et voilà.
Tilda Swinton assure, tant dans le registre de la pochetronne échevelée que dans celui de la dame propre sur elle et tout et tout (quand elle se donne la peine, elle est capable de se ressaisir un chouïa...), mais qu'on ne compare pas s'il vous plaît, comme je l'ai vu faire ici et là par des critiques fatigués, au Gloria de Cassavetes. Ca n'a rien à voir, excepté le fait qu'il s'agit dans les deux cas d'une femme et d'un enfant. Et d'une fuite, d'accord. Et d'un genre (oui j'ai bien dit genre) de polar, re-ok. Bon, peut-être, finalement. Gena Rowlands était... touchante, forçait l'émotion, suscitait l'admiration. Le personnage de Julia, pendant les neuf dixièmes du film ne suscite que la répulsion, la pitié, la colère.
Tant de noirceur tout de même intrigue. Zonca se spécialiserait-il dans le paumé, comme Bruno Dumont le fait dans le bourrin, ou Cronenberg dans le violent ? Ne flirterait-ce point avec la complaisance ? Je crois qu'hélas je ne suis pas objectif, je reconnais que j'ai un problème avec les personnages d'alcooliques, autant au cinéma que dans la vie réelle, d'ailleurs... En tout cas, je n'ai cessé de me tortiller sur ma chaise. Et j'étais mal. A chaque instant, on se demande quelle décision encore plus stupide va-t-elle prendre, quelle catastrophe va encore lui tomber sur le râble, qu'est-ce qui pourrait lui arriver de pire. Trop c'est trop. Sans compter que le gamin, n'est, finalement, pas plus attachant que ça, hein...
dimanche 04 mai
mental
Voilà comment que je pourrais rensigner l'item "état présent de votre esprit", du questionnaire de Proust...
vendredi 02 mai
chine ma douleur
TRAIN DE NUIT
de Diao Yi Nan
Un film aussi formidablement beau qu'intégralement noir. Un film où chaque cadre est impeccablemnt composé, avec des "images de photographe" d'une beauté presque surhumaine, pour une histoire d'une tristesse inhumaine. Formel ? Le réalisateur sait tirer parti au maximum de chaque décor, immergeant ses personnages dans une réalité urbaine, ancrée entre poétique contemporaine et minimalisme dépressif.
Autour d'une femme, dont le métier est de s'occuper des exécutions de femmes condamnées à la peine capitale (qu'elle est aussi parfois chargée d'exécuter, d'ailleurs), et dont le reste de la vie se passe, peut-être, à attendre quelqu'un, à le chercher en tout cas, et qui, pour ce, fait de réguliers voyages en train. Club de rencontres, bal fantômatique, rendez-vous plus ou moins foireux, obsédés, truqueurs... rien ne manque à la panoplie. Jusqu'à ce qu'elle fasse la rencontre d'un jeune homme qui la suit, avec un petit couteau dans sa poche, qui s'avèrera être le mari d'une de "ses" condamnées, et qui veut se venger...
Va se mettre en place entre les deux, dans le dernier segment du film, une "relation" étrange, fascinante ; l'amour, la mort... rien de bien nouveau direz-vous, et pourtant... Economie des mots, complexité des liens.
On n'y est jamais tout à fait sûr de rien, d'ailleurs je ne suis pas sûr d'avoir tout compris (et peut-être, en fin de compte, est-ce délibéré...) mais on se laisse porter, au fil de la dérive narrative, par cette attention extrême portée aux objets ou aux lieux (une barque, un bar, un sac contenant un couteau et une hachette, un passage souterrain, une route gelée, une paire de gants...)
La dernière scène, glaçante, est une sorte de point d'orgue (ou de non- retour) dans ce lien bizarre qui s'est établi entre les deux. "Monte", lui dit-il juste...
On sort de là le moral dans les chaussettes, peut-être, mais les yeux définitivement ravis.
jeudi 01 mai
poulpeuse
De l'humour ? de la fantaisie ? à d'autres! Chaque fois que je la vois, je me dis qu'il faut que je pense à en parler, et chaque fois j'oublie. Alors pour une fois que j'y pense... A quoi ? A la dernière pub, vue au ciné pour une boisson à l'orange (qu'il fallait jusque là secouer secouer) Chaque fois que je la vois, je la trouve un peu plus dégueulasse que la fois précédente (ça veut dire quoi, dégueulasse ?) Vous voyez de quoi je parle, non ? Des animaux humanisés miment ou suggèrent des cochonneries libidineuses avec une finesse dans l'allusion aussi énorme que le cache-sexe de l'ours du film est riquiquiqui. Ca se frotte, ça se prend, ça s'éclabousse, ça se passe entre les jambes, ça se caresse ça s'arrose, ça se gicle dessus...
Je trouve ça... bas (et très laid de plus), racoleur, sexiste... bref, AU SECOURS!
mercredi 30 avril
micro44
Un parking de supermarché où, quelle que soit l'allée qu'on emprunte, on se retrouve toujours à contre-sens.
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Les vacances ont donc fini comme elles avaient commencé : il pleut.
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"Nous avons tous du paradis en nous si nous savons où regarder"
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L'appréhension (me) mène à la contrariété.
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"Je suis petit, trapu, et ... opulent. Je ne danse pas."
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A partir du moment où les bourgeons sont formés, les feuilles poussent très vite.
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Souvent, je ne sais pas quoi répondre.
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"J'ai eu la varicelle du nez."
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"Vous voulez une carotte ?"
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""Si c'est bon, ne dis rien, si ça ne te plaît pas, tais-toi."
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mardi 29 avril
colliers de fleurs
A BORD DU DARJEELING LIMITED
de Wes Anderson
"Et le désir s'accroît..."
Ca faisait plus d'un mois que j'avais envie de le voir, mais que je différais, que je me retenais, puisqu'on avait prévu d'aller le voir tous ensemble (nous les voyageurs d'Inde) quand il passerait dans le bôô cinéma. J'ai failli craquer, plusieurs, fois, mais j'ai tenu bon... et finalement c'est dimanche soir (et en comité un peu restreint, mais bon tant pis hein) que ça c'est passé. Je me méfie toujours un peu des sons de cloche tous dans le même sens et de l'unanimité critique (quoique, dans le cas présent, j'avais vu deux de ses trois films précédents et j'avais plutôt déjà beaucoup aimé) mais j'étais donc confiant a priori, et puis l'Inde... j'étais même prêt à être indulgent.
Et bien, en sortant de la salle, j'avais un mot en tête : euphorisant (oui oui, comme les cigarettes qui font rire...) Carrément. C'est indéniable, le film de Wes Anderson fait partie de cette catégorie de films, somme toute assez rares, qui font du bien. Je ne sais pas comment le dire mieux. et je ne saurais pas dire à quoi ça tient : à l'histoire ? (pour faire court : trois frangins, qui se sont perdus de vue depuis un certain temps -l'enterrement de leur père- cherchent leur mère en Inde et en train) aux acteurs ? (Brody, Schwartzmann, Wilson, -l'ahuri, le l'amoureux et l'organisateur- , tous parfaits, avec en prime une Anjelica Huston belle comme tout, en tout cas comme je en l'ai pas vue depuis bien longtemps), au contexte ? (l'Inde, ses trains, ses temples, ses tenues chamarrées, ses marchés, ses hommes à turban, ses cérémonies funéraires, ses temples, ses médicaments contre la toux en vente libre, ses verres de thé, ses serpents venimeux...) au thème ? (l'esprit de famille pourrait-on dire, mieux le sentiment familial ou plutôt le sentiment en général, pour faire plus court : filial, fraternel, amoureux...) à la façon de filmer ? (c'est peu de dire que cet homme-là semble perfectionniste et méticuleux) ou au...contenu ? (On a -pour le même prix :
- un court-métrage parisien assez torride, avec une Nathalie Portmann à peignoir orange et cure-dents, et un Jason Schwartzmann droopyesque,
- une nouvelle écrite par le susdit Droopy qui s'avèrera être le flash-back central (nodal) du film,
- un road-movie quasi bollywoodien,
- plus quelques éxpériences sensorielles et mystiques, une scène de retrouvailles belle à pleurer,un conflit familial résolu (ou en tout cas précisé), un enterrement c'est beau comme là-bas dis, quelques ralentis sublimes, un clin d'oeil (Bill Murray, à croquer), des trucs avec des plumes de paon, plusieurs courses, et des moyens de transport divers et variés... - il faut quand même que je songe à fermer cette parenthèses longue à présent de quelques kilomètres...)
Sûrement à tout ça en même temps. Mais c'est magique, il doit y avoir un truc dans ce film, un ingrédient caché, rien qu'à voir la tête des gens qui en sortaient. Ils souriaient ! Mieux, on avait l'impression qu'ils avaient une petite lumière allumée en-dedans et qui brillait à travers leurs yeux !
Tiens tiens ! (après être passé par allociné point freu) : Le M*nde, Les C*hiers et P*sitif (les bibles de mon ami Hervé) n'ont pas trop aimé et font la gueule : peut-être parce que ce film est trop (cochez les cases requises) désinvolte, léger, virtuose, ironique, réjouissant, élégant, aérien, loufoque, mélancolique, gracile, chatoyant, décalé, fantaisiste, raffiné, euphémique, virtuose... (entre autres qualificatifs picorés ça et là...)
dimanche 27 avril
briser la glace
DES CHIENS DANS LA NEIGE
de Ann-Kristin Reyels
Lars est un adolescent qui connaît le mot "palindrome", donc, pas le premier djeun écervelé venu. il est venu habiter avec son père dans une région froide et plutôt inhospitalière, puisque tout un chacun du cru évite soigneusement de répondre à leurs "bonjour" et autres invitations diverses (renseignement pris, pour les germanophiles où les géographes, ça s'appelle l'Uckermack)Au début du film, Lars est censé prendre le train pour Berlin pour aller passer Noël chez sa mère. Il le ratera (le train) mais rencontrera Marie, une jeune sourde-muette, qui va faire tendrement battre son coeur, et il semblerait bien que ce soit réciproque...
Quand il revient chez son père, il y trouve la soeur de sa mère (sa tante, donc), en train de roucouler avec le susdit, d'où léger malaise. La situation se complique encore de part et d'autre : le père de Marie ne voit pas d'un très bon oeil l'idylle naissante entre les deux ados, et la mère de Lars débarque à la maison avec Robert, son nouveau copain, pour comme qui dirait fêter Noël en famille...
Lars se démène au milieu de tout ça, gérant en même temps les dysharmonies (soyons pudiques) familiales et la découverte du sentiment amoureux, tout seul comme un grand, en tâtonnant, en dérapant parfois, et ça fait plaisir à voir.
La force extrême du film, c'est son décor : la campagne, l'hiver, le froid, la nuit bleue glacée, les lacs gelés, les champs enneigés à perte de vue, créent un genre de gangue hivernale, une chappe inexorable. Comme si le froid, dans un même temps mettait à distance, mais aussi mettait à vif. La réussité plastique est indéniable. (j'aime bien les films avec de la neige dedans...) Mais une violence sourde semble aussi être comme partout embusquée, pire que la menace du froid et du gel : celle des paroles et des gestes qui blessent, mais aussi celle des poings, voire des armes (qui ne tuent ici que les animaux...)
Le film alterne le chaud et le froid, le dedans et le dehors, l'affection et l'agression, et c'est ce va-et-vient, (comme se matérialise la condensation de la respiration, le souffle dans l'air glacé) qui crée la cristallisation de toutes ces hsitoires plus ou moins familiales, jusqu'à une fin qui vous... cueille à froid. (il n'y a pas d'autre mot...) Celle-là, non, je ne l'avais pas du tout vue venir !
En tout cas un bien beau portrait d'adolescent(s), par une réalisatrice nouvelle venue... Comme concluait mon ami Hervé, "Ils sont fort, ces allemands, en ce moment!"
samedi 26 avril
j'ai toujours rêvé d'être islandais
CHILDREN
de Ragnar Bragason
Nous a été envoyé d'Islande ce film en (très très) noir et blanc (un petit peu quand même). La sortie française à l'origine prévue a été reculée (ajournée sine die ??? pourtant, il mérite largement le détour...), mais le distributeur (gentil) a quand même accepté de nous le filer en avant-première. Donc, ce soir, à la séance de 18h, ce film passait dans une seule et unique salle en france (le bôôô cinéma) et nous étions -hélas trente mille fois hélas- quatre (oui 4 !) à vivre l'événement en direct.
Je ne connaissais pas Ragnar Bragason, mais c'est désormais quelqu'un que je vais suivre (d'autant plus que ce film -Children- est la première partie d'un diptyque, dont la seconde -Parents- devrait incessamment voir le jour, aidée peut-être par le fait que celui-là vient d'obtenir le premier prix au Festival de Copenhague...)
Le titre de la présente chronique est un clin d'oeil, finalement peut-être pas vraiment juste, au film éponyme de Samuel B. récemment vu (et aimé et chroniqué ici-même), mais c'est vraiment l'impression que ça m'a donné, au début : noir & blanc, humour à froid, musique chiadée, histoires qui se croisent, personnages un peu écornés, regard de cinéaste atypique... mais, en fin de compte, quand l'un utilise clairement la dérision et l'humour décalé comme ciment de son récit, dans le cas du second, on a un peu plus de mal à définir exactement sur quel pied il danse, tant il use de la violence "banalisée" comme catalyseur et générateur de ... morale (?).
Children, comme son nom l'indique, traite des rapports familiaux. Autour de Karitas (l'"héroïne", blonde) gravitent ses trois filles (blondes) (que cherchent à récupérer son ex-mari et sa nouvelle copine) et son fils Gudmundur (blond), dont son père, Gardar,(un blond razibus et teigneux) qui l'a jadis abandonné, cherche tout à coup se rapprocher (pour se racheter une conduite ?). Gudmundur qui se fait molester à l'école par les autres gosses et a pour seul copain Marino, un quadragénaire un peu mal dans sa tête qui vit seul avec sa mère, et va péter un plomb en apprenant que la mère en question fréquente un autre homme en cachette. Bonjour la joie.
Voici grosso modo la situation "de départ", qui nous sera exposée par fragments (parfois contondants, parfois aiguisés, parfois émoussés, parfois presque tendres) juxtaposés (rajoutez quand même un chien, un poisson rouge, un ballon de foot, pas mal de nez cassés...) dans un noir et blanc assez classieux même si minimaliste (le réalisateur, lors de la remise de son prix, a précisé qu'il n'avait pas eu de fric ni pour la couleur, ni pour les costumes, ni pour le maquillage ni pour le décor, ce qui rend la force du film encore plus imposante et digne de louanges) et dont les différentes parties vont évoluer chacune à son rythme, parfois toutes seules comme des grandes, parfois interférant, se croisant, se bousculant, jusqu'à un final... ironique (même si j'ai regretté qu'un des personnages au moins y soit un peu laissé à l'écart... mais peut-être se dire alors que pour lui tout va aller bien ?) à l'image du plan d'ouverture, et la boucle narrative, donc, est bouclée...
Ragnar Bragason : ce mec-là a du talent, c'est indéniable, et de l'énergie (et de la rogne ?) à revendre... J'espère qu'on aura l'occasion d'y revenir bientôt ! (ce qui tendrait à prouver que l'Islande nous envoie quand même de sacrées bombes glacées : entre Children, 101 Reykjavik et Noi Albinoi, vous reprendrez bien un petit truc givré, hein ???)
jeudi 24 avril
contamination
[REC]
de Jaume Balaguero et Paco Plaza
Mmmmhh... vraiment, ça dépote! Un bon p'tit film d'horreur espagnol, plutôt roublard dans sa forme mais assez redoutablement efficace dans ses effets. Quelle forme ? Mais une forme de reportage, voyons, à travers l'objectif de la caméra d'un... caméraman (qu'on ne verra d'ailleurs jamais, même au générique, normal, puisqu'il n'existe virtuellement pas, et que c'est le réalisateur ou le chef-op qui est -en vrai- derrière), embarqué avec une journaliste dans un reportage sur la vie nocturne d'une caserne de pompiers qui va virer à tout à fait autre chose... (La jeunette est en marcel, comme Bruce Willis dans Piège de Cristal, c'est dire... et c'est comme ça qu'elle terminera le film, d'ailleurs...)
La construction du film n'est pas pour rien dans le plaisir qu'on y prend (ce qui aurait pu n'être qu'une nième version de La noche de los muertos-vivantes, genre relativement codé n'est-ce pas, prend là comme qui dirait un petit coup de jeune et de sang neuf...). On démarre calmement, pépère, plan-plan, on prend son temps, toc toc on grimpe d'un premier cran (entrée dans l'immeuble, découverte de la vieille dame enragée), puis encore d'un cran (la première victime), et encore d'un autre, et ainsi de suite, après ça n'arrête plus, dans un impitoyable crescendo en sang et cris et bave (mais, rassurez-vous on ne voit presque rien), jusqu'à une scène finale assez plastiquement aux petits oignons, entre Les frissons de l'angoisse (l'appartement muré), Le silence des agneaux (l'infra-rouge), Le projet Blair Witch (la fin...), et même, tiens, un petit chouïa de Rosemary's baby (les silhouettes qui traversent au fond du couloir).
On sait bien que par leur structure même les films de morts-vivants s'apparentent aux mathématiques, puisque chaque personnage sain dès qu'il est contaminé, vient grossir aussitôt les rangs des zombis goulus et énervés. C'est arithmétique : plus il ya de "sains" au début, et plus il y aura de pourris à la fin. Jusqu'à ce qu'il n'en reste qu'un(e)... Celui-là ne faillit pas à la tradition, on compte sur ses doigts, combien il en reste..., mais avec ce petit plus de "regardez rien que la vérité toute la vérité dans ma caméra au poing qui bouge qui tremble, qui tombe, qui s'arrête, qui peut même continuer à filmer toute seule (c'est pratique)" qui fait qu'on pourrait y croire ici un peu plus que d'habitude.
D'autant plus qu'il y fait bien souvent noir, dans cet immeuble (et de plus en plus au fur et à mesure qu'on grimpe dans les étages jusqu'à la chambre sous le toit où personne n'habite (et où il n' a, évidemment, pas de lumière, mais que fait l'edf ?), et où justement, chaque utilisation de la lumière est l'occasion de voir -bouh!- un truc qu'on n'aurait pas eu forcément envie de voir aussi là et aussi près (attention, ça bondit souvent dans le cadre, de manière inopinée -enfin, pour les personnages, parce que nous, spectateurs, on sait que ça va sauter, on s'y attend, et les réalisateurs mettent alors en jeu tout leur savoir-faire pour réussir quand même à nous faire sursauter...- ).
Redoutablement efficace, donc. Et, vous savez quoi , le remake ricain ("Quarantine") est déjà tourné... Arrangez-vous pour voir l'original, et en v.o, s'il vous plait. Gracias...
mercredi 23 avril
blind test
LA RONDE DE NUIT
de Peter Greenaway
Il faudrait avoir deux cerveaux (au moins) pour apprécier pleinement cet ultime opus de Peter G., un premier pour apprécier pleinement les images, les cadrages, la lumière, les compositions originales, savantes, baroques, bluffantes, et un second pour pouvoir ne se consacrer qu'aux dialogues, riches, denses, précieux, baroques, surchargés, chantournés, ciselés... Et peut-être un troisième, finalement, pour parvenir à synthétiser (à comprendre ?) bref à appréhender la complexité d'une intrigue foisonnante dont le sens semble se dérober constamment.
Bon, je ne le cacherai pas plus longtemps : j'adore ça. Mais j'ai l'esprit naïf, et je suis tout à fait capable de baver d'admiration en laissant ma mâchoire pendre, d'ouvrir tout grand les yeux et de déconnecter le neurone marqué "compréhension de l'histoire", juste pour prendre du plaisir. Plaisir sensuel, plaisir esthétique, plaisir intellectuel, je ne sais plus. Plaisir tout court, en tout cas.
Greenaway, je l'aime depuis longtemps (depuis toujours) et j'ai continué de l'aimer, contre vents et marées, même lorsque certains lancèrent la mode de "N'aimons plus Greenaway". J'ai vu tous les longs-métrages qu'il était possible de voir (même ceux qui ne sont pas sortis en France! merci Internet! Merci le ouaibe! Merci les españoles et les italiani qui ont continué de s'intéresser à lui...) Un seul, l'avant-dernier (sorti en salle chez nous), Huit femmes et demi fut considéré par votre serviteur comme une funeste fumisterie (je n'en ai d'ailleurs plus aucun souvenir, si ce n'est que je suis sorti de la salle dans un état de fulmination intense....)
Bref j'étais content de voir le nouveau Greenaway, qui plus est dans le bôôô cinéma, sur un écran de hmm kilomètres carrés, bref, ce qui s'appelle s'en prendre plein les mirettes. D'autant plus que, fidèle à son habitude (peut-être d'ailleurs est-ce une des raisons qui m'a fait lui rester si longtemps fidèle -smiley aux joues roses de honte-) le réalisateur n'hésite pas à nous montrer son héros (ici, Rembrandt, joué par Martin Freeman, qui m'est extrêmement sympathique pour des raisons qui me sont toutes personnelles...) la zigounette à l'air, et ce dès la -quasiment- première minute de film, puis y reviendra encore, plus tard, côté pile, côté face...(Rembrandt était semble-t-il un joyeux queutard, surtout préoccupé, comme aurait dit Audiard, d'amours ancillaires).
Il est donc question de la Ronde de nuit, sur la peinture duquel (le tableau, vous suivez ?) Greenaway brode, encore fidèle à son habitude, une sombre histoire de meurtre, de complot, de machination ("dans un jardin anglais" ? vous avez dit "dans un jardin anglais" ??) où je dois avouer que je n'ai pas tout compris, d'autant plus, que, comme je l'ai déjà dit, les dialogues sont aussi riches que foisonnants, et il faut souvent faire son choix entre l'image et le sous-titre, au détriment donc, de l'un ou de l'autre. Mais en restant, en même temps, plutôt assez fidèle à ce qu'on sait de la vraie vie du vraie Rembrandt. Alors, il suffit de se laisser aller, de rentrer dans la ronde, et d'ouvrir grand les yeux (et les oreilles aussi... tiens tiens, en plus il a réussi à trouver un musicien qui sonne quasiment plus Nyman que Nyman himself...)
C'est vrai que Greenaway est un cinéaste à part, dont le cinéma serait le résultat de l'équation, en quelque sorte, "théâtre + peinture =..." Certains critiques sourcilleux semblent hoqueter de dégoût et laisser choir leur mouchoir de dentelle sur leurs escarpins vernis à cette seule évocation. Tant pis pour eux, les benêts, ils ne savent pas ce qu'ils perdent...
lundi 21 avril
à bicyclette
LES TOILETTES DU PAPE
de Enrique Fernandez et Cesar Charlone
Les films sud-américains, c'est plus fort que moi : j'aime ça ! Et ce n'est pas celui là qui va me faire changer d'avis... Celui-là qui nous vient d'Uruguay, qui fut réalisé à deux têtes et à quatre mains, et qui nous narre les effets de la venue annoncée du pape à Melo, un village trou du cul du monde situé à la frontière Uruguay / Brésil dont les habitants subsistent (survivent) grâce à des petits trafics en vélo pour les commerçants locaux, rapport à la proximité de la frontière, contrebandiers du quotidien à la merci du "douanier volant", genre de petit commerçant local lui-aussi, et fieffé salopard qui les rackette selon son bon vouloir.
On s'attache ainsi à la roue de Beto, un rugueux mais jovial fièrement moustachu (plutôt craquant, d'ailleurs), dans ses allées et venues de part et d'autre de la frontière (les mecs, ils doivent se choper des super mollets d'enfer de la mort, vu les kilomètres qu'ils se tapent!) et dans sa vie de tous les jours, avec sa femme et sa fille (dont il aimerait bien faire aussi une future contrebandière, mais qui préfèrerait aller étudier le journalisme à Montevidéo, ce pour quoi la maman économise patiemment, peso après peso.)
L'annonce de la venue papesque (et des milliers de pèlerins associés) met les habitants de Melo en ébullition : voilà enfin une occasion rêvée de sortir un peu de la mouise, en vendant, qui des chorizos, qui des quiches, qui des hamburgers, qui des boissons... tous s'endettent grave et se mettent au boulot sérieux en prévision du grand jour.
Mais Beto a eu une meilleure idée encore : il va construire des toilettes, pour ces dizaines, ces centaines de milliers de gens, qui vont venir faire la queue pour s'y soulager. et sa fortune sera faite. Les parpaings, le ciment, la porte, la cuvette.... chaque élément successif est cause de dépenses supplémentaires (et donc d'allers/retours pour son petit commerce) et les choses ne vont pas aller en s'arrangeant (problème de genou, problème de cuite, problèmes avec la douane, problème de vélo...) Beto finira d'ailleurs à pied, la cuvette sur les épaules (et c'est à ma connaissance la première fois au cinéma qu'une cuvette de chiottes devient un élément de suspense aussi haletant, genre Beto va-t-il arriver à temps pour que les gens fassent caca ? vous le saurez au prochain épisode...)
Mais, faut pas rêver. Les pauvres sont faits pour rester pauvres. c'est fondamental. Le passage -express- du pape à Melo n'amènera finalement qu'assez peu de monde, qui n'achètera d'ailleurs rien à personne, et n'ira même pas faire caca dans les super toilettes de Beto. La papamobile repartira, et les montagnes de chorizos resteront...
Tant pis, on s'en fout, on aura passé un super moment en compagnie de Beto et des autres habitants du village (excepté les trois acteurs principaux, tous les autres sont des non-professionnels, recrutés sur place, ça en rajoute presque un peu trop dans le style défilé de trognes pittoresques, mais bon, faut assumer, on n'est pas à Beverley Hills, hein...). Une comédie joyeusement grinçante où, sous les dehors de la fable, se glissent des éléments de contestation contre l'exploitation, le pouvoir, la religion...
Comme disent les réalisateurs en ouverture :"Seul le hasard a empêché que les faits, par essence réels, se passent comme ils sont relatés ici."
(je trouve, hélas, que l'affiche est extrêmement laide)

(et je préfère l'originale...)
dimanche 20 avril
séance unique
Regardez un peu ce que je suis allé voir, finalement, hier soir...
... ça décoiffe, non ?
guy darbois, des questions au standard ?
(mercredi soir) Il y a trente ans, la téléréalité-poubelle était pure science-fiction. Les choses hélas ont bien changé, mais le film a plutôt bien vieilli. Furieusement seventies, mais Faye Dunaway , même en "prête à tout pour réussir" a vraiment un sacré charme (même si on ne croit pas une seconde à son idylle avec William Holden...)
(jeudi soir) Un genre de grosse baffe. Les américains en Irak. Je ne supporte pas les scènes de viol au cinéma, et j'appréhendais donc. J'étais à deux doigts de sortir, c'est pourtant traité avec une certaine pudeur. Sur l'image en général, (sous toutes ses formes actuelles), et sur son (leur) interprétation. Secouant, et voulu comme tel.
(vendredi soir) Autres temps... Encore l'Amérique et ses images manipulées, mais cette fois du noir et blanc hyperléché de notre ami Georges C., pour nous raconter la fin des années Mc Carthy (ses images à lui -le sénateur- sont vraies.) Fumée des clopes, gomina, costars impecc'. Propre sur lui, un peu trop sage peut-être...
(samedi soir) Encore du noir et blanc, encore l'Amérique, mais du sud cette fois, pour un truc complètement incroyable, muet quasiment, entre Lang, Méliès, Maddin, Lherbier, un objet atypique, éminemment poétique (bien plus que politique ou polémique) qui m'a absolument ra-vi! J'ai d'ailleurs ramené l'affiche en souvenir!
Une semaine, donc, avec un film par soir, et un débat par soir aussi.
Et chaque fois, le même scénario : le générique se termine, les lumières se rallument, et la même question de l'animateur au micro "Est-ce que vous avez des réactions, quelque chose à dire ?" Et là, idem, me voici la tête soudain parfaitement vide, aussi immaculée qu'une banquise balayée de frais. A perte de vue, rien, nada, le vide, oui, parfait.
Et chaque fois je repense au bouquin de Thomas Disch "L'homme sans idées" (en anglais, encore mieux "The man who had no ideas"). j'avais pensé à l'époque (et je le pense toujours, et de plus en plus) que ce titre me convenait parfaitement. J'aurais même bien vu ça en guise d'épitaphe, tiens...
Non, décidément, je ne suis pas un homme de parole facile, de réaction immédiate, de discours structuré. Donc j'écoute les interventions successives de Monsieur D. (qui lui sait parfaitement, justement structurer son discours : quand il commence , il y a un "petit un" puis un "petit deux" et il ne perd jamais le fil.
Si par hasard (par miracle) me vient une phrase, le temps que je la répète, que je la polisse, que je la rabote, que je la vernisse, eh bien il est hélas trop tard bien trop tard lorsque je serais éventuellement prêt à envisager de demander la parole, et le débat a rebondi sur autre chose et autre chose encore, et je n'ai plus qu'à la remballer, ma jolie intervention putative, dans ma poche avec le mouchoir par-dessus.
( 2ème festival du film et des médias de Lure)
vendredi 18 avril
fin de vacances (et autres joyeusetés)
je me décompose
je me délabre
je me désagrège
je me désassemble
je me désintègre
je me dilue
je me disjoins
je me dissémine
je me fissure
je me fractionne
je me fragmente
je me morcelle
je me pulvérise
je me raccourcis
je me racornis
je me ratatine
je me rétrécis
je me scinde
je m'abrège
je m'amenuise
je m'amoindris
je m'éboule
je m'écroule
je m'émiette
je m'éparpille
je m'escamote
je m'évanouis
je m'évapore
je rapetisse
je diminue
je fonds
je disparais





























