lieux communs (et autres fadaises)

mardi 18 septembre 2018

le redon le retour

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DE CHAQUE INSTANT
de Nicolas Philibert

Nicolas Philibert, on l'aime. et on le connaît depuis longtemps, il était venu, il y a très longtemps justement, pour présenter La moindre des choses dans le vieueueux cinéma, et il était reparti très fâché parce qu'il trouvait que l'écran de la 2 était tout pourri (et il avait bien raison) (et d'ailleurs l'écran en question, coïncidence, avait été rapidement changé suite à sa visite...).
Voici donc son nouvel opus, après La maison de la radio, et il est ici question des infirmier(e)s, de leur formation, de leur leurs stages et de leur évaluation. Simplement, comme ça. Trois parties, donc, avec de jolis titres (que je n'ai pas retenus), attentives, filmées tout près des gens, on le connaît, on le sait. Les films de Philibert sont des documentaires doux, sensibles.
Le réalisateur se pose en observateur, pas en attaquant ni en polémiste. Comme chez Depardon ou Wiseman (que j'aime tout autant), la caméra permet au spectateur d'assister à ce qui se passe : la théorie et l'apprentissage (comment se laver les mains, comment faire une piqûre), la mise en pratique (les réalités de la vie hospitalière et le contact avec les "vrais" patients) et le bilan (le faceà-face avec le/la responsable).
Avec, comme très souvent chez Nicolas Philibert, des plans de coupe le plus souvent bucoliques (un petit tour à l'extérieur, un coup de vent, une averse, bref une respiration)  aussi apaisants que bienvenus.
Et ce film-ci résonnait tout particulièrement pour moi, venant comme prolonger la lecture du magnifique livre de Philippe Lançon, Le lambeau, que je venais juste de terminer et qui m'a ô combien bouleversé...)
Le cinéma de Philibert est toujours aussi humain, aussi touchant, aussi efficace.

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lundi 17 septembre 2018

les sangliers c'est des enculés

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GUY
d'Alex Lutz

Une excellente surprise.
J'ai beaucoup de sympathie pour Alex Lutz, et je venais là surtout par curiosité. L'histoire d'un vieux chanteur des années 70, mouais... Un faux documentaire sur un chanteur vieillissant qui n'existe pas, incarné par le réalisateur lui-même. Un documentaire tourné par un jeune homme qui pense qu'il est peut-être le fils caché du vieux chanteur en question. Le jeune homme en question est incarné par Tom Dingler, complice habituel d'Alex Lutz notamment sur sa série Catherine et Liliane (et qui est justement, ô coïncidence, le fils d'un vieux chanteur des années 80 Christian Dingler, de Cookie Dingler ("Ne la laisse pas tomber, elle est si fragile, être une femme libérée tu sais c'est pas si facile...") et se cache derrière la caméra (on entendra sa voix et on percevra quelquefois son reflet).
Un objet intriguant, donc, que ce faux-documentaire sur un faux-chanteur. Il faut d'abord saluer la prestation hallucinante d'Alex Lutz dans l'incarnation de ce vieux mec un peu agaçant, un peu pathétique, coincé dans son histoire, son passé, bref  une certaine forme de déni de la réalité (le chanteur has-been coincé dans une bulle des années 70). Puis saluer toutes les partenaires féminines dont il s'est entouré, et qui mériteraient un prix d'interprétation collectif (Pascale Arbillot, Nicole Calfan, Elodie Bouchez, Dani, Brigitte Roüan, et même, je ne l'avais pas reconnue en blonde mais c'est mon copain jean-Luc qui me l'a dit, Marina Hands...) tellement elles sont bien. Un homme à femmes, donc, et à fans aussi.
Et c'est très malin, et très fort, de la part des réalisateurs (pourrait-on dire, à la fois celui du "vrai" film (Lutz) et celui du film dans le film (Dingler)) que de non seulement réussir à tenir la note de leur chansonnette aigre-douce, mais aussi, mieux, de la prolonger en nous amenant vers des lieux narratifs qu'on n'attendait pas forcément.
Et on y croit.
Et on ressort de la salle en chantonnant des ritournelles de Guy Jamet comme si elles avaient toujours fait partie du paysage variétoche français.
Alex Lutz s'est visiblement fait plaisir en incarnant ce personnage aujourd'hui (vieux, donc), mais, tout autant en recréant tout son passé musical discographique et télévisuel (on a droit à des clips, des extraits de concerts, des émissions de variétoche(s) avec Mimi Drucker, reconstituées avec tout autant de soin.)
Et tout ça fonctionne, incontestablement. Non seulement Alex Lutz réalise un sacré numéro d'acteur (une performance césarisable ?) mais aussi un sacré numéro de film. Tout parait vrai, même si rien n'est vrai. Guy pratique le parler cru (et je ne peux qu'aimer ça) et le filmer juste (j'ai craint un moment l'irruption du lacrymal et de "Je suis ton père..." mais non. Impeccable.
Et c'est... touchant de voir qu'il a donné le rôle de son fils à Bruno Sanchez, (méconnaissable en mec), son/sa partenaire de Catherine et Lilane). Malgré ses aspects parfois rentre-dedans, (l'acidité parfois à la limite de l'agressivité) au fond, Guy est un tendre. Et j'étais tristounet de le voir quitter l'affiche aussi vite (en deuxième semaine il n'avait déjà plus qu'une unique séance quotidienne, en milieu d'après midi) : les vieux chanteurs, ça n'intéresse personne ?

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dimanche 16 septembre 2018

black power!

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BLACKKKLANSMAN
de Spike Lee

Imparable.
Une mécanique implacale, une horlogerie à la précision sidérante, comme les rouages intérieurs d'une bombe à retardement qu'on voit s'assembler sous nos yeux et de laquelle on attend juste le moment où elle va nous péter à la gueule (et question déflagration, on n'est pas déçu). On le sait, les films de Spike Lee sont des films politiques (c'est lui qui avait répondu, il y a longtemps, à un journaliste  "il y aura des personnages blancs dans mes films quand Woody Allen mettre des blacks dans les siens...") et le cinéaste ne se prive pas de le faire savoir à chaque fois.
Ici, on a deux têtes d'affiche : un noir (John David Washington, le fils de Denzel, excellent) et un blanc (l'omni-aimé Adam Driver, qui va commencer à me fatiguer s'il continue à jouer dans des films que j'adore... Paterson, Logan Lucky, celui-ci, n'en jetez plus!) qui incarnent le même personnage : le premier quand il faut parler au téléphone, et le second quand il faut l'incarner en vrai, car il ne s'agit  de rien de moins que d'infiltrer la section locale du KKK.Ron Stallworth (c'est son nom) est donc noir et blanc, et yin et yang, et toutes les autres dualités de la terre qu'on pourrait bien rajouter.
La mécanique tictaque à la perfection, d'autant plus que, parallèlement, il s'agit, au départ, d'abord, pour notre flic black de s'intégrer et trouver sa place dans la police locale de Colorado Springs (qui compte parmi ses subalternes des sacrées têtes de noeud), et que, pour corser encore un peu l'affaire, le réalisateur a un peu déformé la réalité en faisant du personnage joué par Adam Driver un juif (et j'ai appris là que les gens du kkk ne haïssaient pas que les blacks...) Sans compter que Ron Stallworth (notre flic black chéri) s'est amouraché d'une délicieuse activiste black, qui traite les cops de pigs, et à qui il n'ose pas avouer son vrai job. Tout va se compliquer encore (et tictaquer 'achement plus fort) lorsque le président en personne du kkk annonce qu'il va venir à Colorado Springs pour l'intronisation (le "baptême") des nouveaux membres (dont le "vrai-faux" Stallworth, version blanche) et qu'on assigne à sa protection -arghhh!- un flic black (le vrai-vrai Stallworth, cette fois-ci). Et comme il y a de l'explosif, il est normal que tout ça explose...
(Je suis allé voir trop de films ces derniers temps, et j'ai donc du mal à rédiger un post décent sur chacun d'eux, surtout que le temps passe et que les souvenirs s'effacent)
Je me souviens juste que je suis sorti de là en jubilant.
Top 10, sans doute.

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samedi 15 septembre 2018

guêpe pompile

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ZAMA
de Lucrecia Martel

Un film... inoui.
Pour la "nationalité", allocinoche écrit : argentin, brésilien, espagnol, dominicain, français, mexicain, portugais, néerlandais, suisse, américain, libanais et la liste de tous les producteurs associés, au début et à la fin, est vraiment très longue, incroyablement longue... mais elle est vraiment à la (dé)mesure du film.
Lucrecia Martel, on l'aime depuis le début (La Cienaga), et on a programmé tous ses films (même si ce n'est jamais que le quatrième en 17 ans!, ce n'est pas une hyper-activiste), et on est toujours heureux de la voir débarquer avec une nouvelle proposition. Ici, pour la première fois, il s'agit d'un film "en costumes"... Et d'une adaptation, celle d'un roman dont l'action se situe en 1790, dans la région du Gran Chaco (une ancienne colonie hispanique) à cheval sur plusieurs pays. Même si la réalisatrice se défend énergiquement, d'avoir, justement, réalisé un film historique... Alors que, pour un oeil non exercé (le mien) ça y ressemble quand même, au moins question costumes...
C'est l'histoire de Zama, plus précisément du corregidor (c'est son boulot) Don Diego de Zama, qui s'encroûte à Asuncion depuis un moment, qui voudrait bien être nommé ailleurs, dans un truc plus glamour et plus près des puissants (Buenos Aires peut-être), et qui, pour ce, s'emploie à faire tout ce qu'il peut pour que le gouverneur (la sommité locale) veuille bien daigner finir par l'envoyer, cette satanée lettre au Roi qui pourrait intercéder en sa faveur et débloquer la situation en le renvoyant -enfin- plus près des palais et des courtisans. Les gouverneurs se succèdent mais, hélas, le corregidor reste.
Don Zama s'agite, trame, gamberge, fait des courbettes, des ronds de jambes, se rappelle au bon souvenir, mais rien n'y fait (ou presque) à tel point qu'il sera tellement à bout qu'il finira par faire valser la perruque et les oripeaux officiels de sa fonction, pour s'engager dans une troupe qui part à la recherche de Vicuña Porto, un mystérieux bandit, pour changer d'air et voir du pays...
Ca n'a l'air de rien, résumé comme ça, mais le film est à couper le souffle. Dans sa première partie (les trois quarts du film), dont la richesse (des plans, sur tous les plans) mériterait amplement qu'on lui décerne le statut de film de chevet, à poser sur sa table de nuit pour pouvoir en voir et en revoir (et savourer) chaque détail, et l'extraordinaire force sensorielle qui s'en dégage (les personnages, les lieux, les animaux, les mots, les couleurs, les sons, la végétation, tout est divinement composé, intégré, mis en place, chaque plan pouvant être considéré comme un univers plastique unique, singulier). Oui, tout ça est d'une richesse presque effrayante.
Puis nous voilà dans ce fameux dernier quart. Où Zama -et le spectateur accroché à ses basques- bascule(nt) dans autre chose.
Et j'étais vraiment impatient de la  voir, cette fameuse dernière partie, à propos de laquelle les Cahiaîs affirmaient : "La dernière demi-heure, démente, atteint des sommets psychédéliques qui rappellent la fin d’Apocalypse Now, Dead Man ou Jauja. C’est dire où se situe aujourd’hui le cinéma de Lucrecia Martel..." (et je dois reconnaître que pour une fois ils avaient raison et que nous sommes tout à fait d'accord là-dessus.) Personnellement je rajouterais Aguirre de Werner Herzog, pour une certaine qualité de folie furieuse sud-américaine, et, plus tangentiellement sans doute, Les garçons sauvages de Bertrand Mandico, pour la présence de l'eau (lélément aqueux)  et la sensation d'étrangeté organique. On pourrait parler de baroque, de lyrisme, de surnaturel, mais on serait encore loin du compte.
Bref, du grand cinéma qui laisse béat.

 

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lundi 10 septembre 2018

si tu vas à riom... 3

(version floue)

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dimanche 9 septembre 2018

caliméra et caliméro vont jouer à paris

une liste de malheurs, bobos, contretemps, déconvenues et autres contrariétés survenues en moins de 24h :

la veille :
1) l'appareil-photo cassé (Gare besançon-Viotte, 18h, 05/09/18)
(qd je l'ai sorti de l'étui, il ne marchait plus)

2) la  mystérieuse disparition de Catherine P.
(elle prenait pourtant le même train que nous, avec sa cousine et son chien, on ne l'a jamais revue)
3) les "autres" horaires de bus de St Cloud
(qui n'étaient pas censés rouler après 20h)
4) le numéro du bus pas tout à fait le bon
(mais presque)
5) la rue de la porte jaune
(mon ami J-M T. aurait parlé de Golgotha)
6) la machine à dormir inutilisable
(parce que j'ai oublié d'emporter la prise et que j'ai donc transportée pour rien!
le jour-même :
7) les tickets de métro perdus
(8 sur 10)
8) le Quai Carnot dans le mauvais sens
(et donc, aller et retour, et donc re-suée à l'arrivée)
9) la rue du studio est la seule qui n'a pas de plaque
10) la prise de tête avec les fringues
11) le petut-déj minimaliste
12) le cadeau (...)
13) pas de repas de midi
14) la pluie en sortant du bâtiment
15) le retard des trains à cause d'un accident de personne (Gare de l'Est, 16h40, 06/09/18)

... ça fait beaucoup, quand même, non ?

a posteriori (le lendemain) :
16) j'ai laissé dans la chambre la moitié de mon chargeur téléphonique (la prise secteur, en fait)
17) en defaisant ma valise, je m'aperçois que je suis parti avec, en plus de mon jean, un autre, appartenent à notre adversaire, amis que je ne peux pas mettre (il n'est pas gros, lui!)

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samedi 8 septembre 2018

barycentre

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PHOTO DE FAMILLE
de Cécilia Rouaud

Une avant-première + une place à 4,90€ + un ticket orange cinéma = une soirée-cinéma sympathique à 2,45€ en compagnie de ma voisine.
Vanessa Paradis, Camille Cottin, Chantal Lauby pour les dames, Pierre Deladonchamps, Jean-Pierre Bacri, Laurent Capelluto et Marc Ruchmann côté messieurs, et voilà campée une jolie famille dysfonctionnelle avec cuisine et dépendances, et cabossages divers à tous les étages. Père, mère, frère, soeurs, grand-mère, conjoints, amants sont mis en place sur un arbre généalogique choral sans oublier les dissonnances inhérentes à chaque famille. Autour de la grand-mère qui "n'est plus étanche..." (dixit jean-Pierre B.) et ne souhaite plus qu'une chose, retourner à St Julien, la maison où elle accueillait des trois petits-enfants en vacances, pour y mourir en paix. Et dont il faut décider de ce qu'elle va devenir...
Film choral, et donc, passant de l'un à l'autre (qui veut un enfant, qui élève son fils seule, qui perd la tête, qui veut aller vivre chez son père, qui n'a pas le goût de vivre) comme les mailloches sur les touches du xylophone pour faire une jolie musique, des fois c'est gai des fois c'est triste, des fois c'est juste et d'autres discordant, on sourit, on est ému, on écrase même parfois une larmichette (être ému par Jean-Pierre bacri, c'est bien...) et on est content de réentendre Cat Stevens (Oh baby baby it's a wiiiiild world) qu'on n'avait pas écouté depuis des lustres (depuis qu'on était jeune, en fait).
Je l'ai déjà dit, les histoires de famille j'adore, tellement ça me semble extérieur et exotique. cela fait suffisamment longtemps que je vis, comme ça, sans parents ni enfants, que ça me procure un certain plaisir (pervers ?) de vivre ça par procuration, au cinéma, en spectateur, oui, juste en observateur.
Le film conforme ce que la bande-annonce laissait supposer : une extrême (tiens encore un mot en ex) homogénéité des interprètes (et du capital sympathie qu'ils générent). Il sont crédibles, ils sont justes, tellement ils ont l'air vrais.
Le film commence par un enterrement et finit -presque- par un autre, et la réalisatrice a la bonne idée de ne pas tout yoplaboumer. Ouf!oui, toutes les histoires ne se résolvent pas in extremis et happyendesquement, et on lui en sait gré, justement,de montrer juste la vie des gens comme elle est ou presque. Et la jolie -et attendrissante- scène finale vient très heureusement parapher tout ça...
Une histoire de famille avec des lézardes des cassures et des morceaux manquants, avec comme une brume légère de mélancolie, mais sans jamais ouvrir les vannes des grandes eaux et du pathos.
J'ai particulièrement apprécié le running-gag des poireaux (et le caméo de Christian Rouaud, le propre père de la réalisatrice (et réalisateur du film sur les Lip, qu'on avait par ici beaucoup aimé...).
Un film plaisant, incontestablement, qu'on a plaisir à suivre (même en étant conscient qu'il ne révolutionnera pas l'histoire du cinéma) idéal en tout cas pour ce 4 septembre, où ça faisait du bien de pouvoir traîner devant le cinéma en parlant, justement, de famille, avec Christine pendant qu'elle terminait sa cigarette...

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vendredi 7 septembre 2018

tous les garçons et les filles de mon âge...

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CONTES DE JUILLET
de Guillaume Brac

Délicieux (avec un s après le x). C'est bien le terme qui convient à ces deux courts-métrages réunis dans un à peine long-métrage (1h10). Le titre est comme un clin d'oeil au Conte d'été de Tonton Rohmer et le contenu (et la forme) m'ont évoqué Quatre aventures de Reinette Et Mirabelle du même (ah, toute ma jeunesse... je me souviens que j'avais écrit un truc qui parlait de pieds nus dans la rosée et d'orteils roses comme des petits radis...). Deux histoires estivales : L'amie du dimanche (Prix jean Vigo) où deux copines vont passer la journée à la base nautique de Cergy-Pontoise (la même qu'on découvre avec ravissement dans L'île au trésor, du même Guillaume Brac, vu dans le bôô cinéma la semaine dernière) et Hanne et la fête nationale, où une jeune norvégienne visite Paris le jour du 14 juillet...
Deux chroniques qu'on pourrait qualifier "de marivaudage" (dans le premier film, les deux copines, très différentes, rencontrent chacune un garçon, chacune à sa façon, dans le second, ça marivaudera à cinq personnages, deux filles et trois garçons, et autant de nationalités -et d'identités) toutes en douceur, en fraîcheur, et en simplicité. Incarnés par de jeunes comédiens, (chacun(e) porte le prénom de l'actrice/teur qui l'incarne), les personnages évoluent (ou plutôt volettent, il y aurait là-dedans  la légèreté la grâce et l'indécision des papillons) dans des récits élaborés à partir d'ateliers d'improvisations.
Et c'est passionnant. Histoires de filles et de garçons, de corps et de mots, où parfois les sentiments vont plus vite que les corps, et parfois c'est l'inverse. D'amour courtois où ça banderait pourtant quelquefois dans les shorts... Où on tourne autour du désir (cet obscur objet...) sans en être très sûr(e), où le chemin affectif pour aller d'un point a à un point b n'est pas forcément le plus simple ni le plus direct.  Les égarements du coeur et du corps. Dans une forme apparemment très simple Guillaume Brac met en place (et raconte) bien plus de choses qu'il n'en a l'air (avec la complicité de ses jeunes personnages).
Et on sort de là ravi.
C'est magnifique. Absolument.

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jeudi 6 septembre 2018

si tu vas à riom... 2

(version appareil-photo)
le jour de la fête

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mercredi 5 septembre 2018

dans la boue

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UNE PLUIE SANS FIN
de Dong Yue

Un film magnifique. Désespérément magnifique. On le sait bien, grâce au cinéma, que la vie en Chine n'est pas rose tous les jours (euphémisme). On avait déjà le très cher Jia Zhang Ke qui vient régulièrement nous en donner des nouvelles (et il est un de mes réalisateurs chéris chéris). La misère la crasse la violence. Et voici qu'un nouveau venu met la barre encore plus haut. Plastiquement c'est somptueux (la Chine se prête admirablement aux scènes collectives -ici un bal puis une salle de congrès dans une usine-), le réalisateur a enchassé tout son film dans une gamme chromatique aussi tristounette qu'oppressante (et là encore une fois la Chine s'y prête merveilleusement).
Un film où il pleut quasiment tout le temps, excepté à la fin où il se met à neiger (ne hurlez pas, je n'ai rien spoilé du tout). Un film où on suit le même héros pendant dix ans (on commence aujourd'hui, on repart en arrière pour un très long flash-back, et on revient à l'aujourd'hui initial du film, pour un épilogue qu'on peut qualifier d'intense.)
Le héros, au début du film, se présente à une employée pénitentiaire comme "Yu comme vestige, Guo comme nation et Wei comme glorieux". Il s'occupe de la sécurité dans une usine où ont été commis plusieurs meurtres de prostituées, et sa réputation d'"oeil" le pousse à mener sa propre enquête.
Les critiques ont a plusieurs reprises (et ils n'ont pas sur le fond véritablement tort) furieusement ding-ding-dongué à propos de Memories of Murder (le magnifique film de Bong Joon-Ho, dont j'avoue ne toujours pas avoir compris la fin...) allant de la référence au -carrément- plagiat (pour le monsieur du Fig qui mériterait une bonne fessée, comme, d'ailleurs, celui de Libé mais bon passons). Oui, bon, et alors ? Et on peut parler de Black ice, oui, et De Jia-Zang Ké aussi (moi-même je ne m'en suis pas privé), et allons-y carrément, oui on peut parler d'Hitchcock, et, tiens, moi je rajouterais même un doigt de David Lynch, si si...
Tout ça pour dire qu'au milieu de tout ce beau monde, Dong Yue, le réalisateur, est parfaitement à sa place.
Et surtout pas en tant que plagiaire.
Moi, je vous le redis, j'ai carrément adoré tout ça, l'extrême cohérence du désarroi qui cimente (opacifie) toute cette histoire. Avec ses soudains embrasements furieusement romantiques (ou épouvantablement violents c'est selon) qui nous maintiennent vissés scotchés cloués à nos fauteuils, avec nos capuches baissées, en train de courir aux basques de Yu Guowei, lui même courant derrière son rêve (ou son cauchemar plutôt)... Avec cettte hétérogénéité, cette façon de mélanger les styles -ou plutôt de passer de l'un à l'autre  (qui a re-fait ding-donguer certains critiques) : le polar, la chronique sociétale, le thriller, l'histoire d'amour, le film d'horreur, au final n étages d'un même échafaudage narratif.
Un film très graphique (l'affiche en donne une petite idée), un héros attachant (même si parfois effrayant), un criminel mystérieux, une histoire retorse... Oui, je me suis régalé...

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