lieux communs (et autres fadaises)

samedi 23 mars 2019

serendipities

064
MA VIE AVEC JOHN F. DONOVAN
de Xavier Dolan

What a surprise! Vu cet aprem' dernière séance en VO (ma résolution anti-PDC* aura tenu un jour, quand même!) Je savais que les critiques étaient moy-moy', que Pépin faisait un peu la tête tandis que Jean-Luc sautait en l'air d'admiration... Dans quel camp donc allais-je me ranger ?
Je précise que je ne suis pas trop Dolan. Je ne fais pas a priori partie du club des aficionados du jeune homme. Il a commencé à m'agacer dès son premier film, J'ai tué ma mère (2009, le bougre avait 20 ans!) et ça ne s'est pas toujours forcément arrangé ensuite , des hauts et des bas plutôt dirons-nous : si Laurence anyways ne m'a pas convaincu, si Mommy m'a exaspéré, je dois reconnaître que je fus beaucoup plus sensible aux Amours imaginaires (que m'avait recommandé Loulou) -pour son maniérisme-, à Tom à la ferme -pour son hitchcokisme-, ou encore (et surtout) Juste la fin du monde -pour son lagarcisme-...
Bref j'éprouve pour Xavier Nolan des sentiments... mêlés. C'est peut-être la problématique de la mère toxique (qui semble lui tenir, depuis le début, tellement à coeur) qui me fait le tenir un peu à distance.
Et des mères, à nouveau, il y en a (excusez du peu, les superbes Susan Sarandon et Natalie Portman, et on peut supposer que Jessica Chastain, dont Nolan a fini par supprimer le personnage et toutes les scènes où elle apparaissait -le film aurait alors duré plus de quatre heures aurait-il déclaré), des mères toxiques de fils uniques.
D'autant plus que le jeune cinéaste (il n'a que 30 ans) a complexifié son récit en le situant à deux époques : celle du jeune John F Donovan (sa maman est Susan) et celle du encore plus jeune Rupert (sa maman est Natalie), qui sont devenus amis épistolaires et se sont écrits pendant des années, sans jamais se rencontrer, ca le plus âgé des deux est mort avant que la chose ne puisse se faire. Un adulte qui "devient l'ami" d'un enfant... rien de malsain ni de graveleux là-dedans, même si le sujet peut paraître sensible (voire incompréhensible à certains). Cette situation "originale" est (inutilement ?) complexifiée par un montage alambiqué : elle est racontée via une interview de Rupert, devenu adulte et lui aussi acteur, par une journaliste (avec qui au départ le courant ne passe pas très bien) et donc le film ne cesse d'opérer par sauts temporels,flashes-back (et flashes-back de flashes-back) qui nécessitent pour le spectateur d'être très attentif pour ne pas perdre le fil.
J'ai beaucoup aimé le démarrage du film (j'étais ravi de cette façon qu'a Dolan d'oser filmer flou -j'adore le flou, je l'ai déjà dit et redit-), la mise en place est efficace, bouillonnante (je continue de me demander quelle place y aurait eu Jessica Chastain** : peut-être sera-t-elle réintégrée dans le director's cut ?), même si ensuite l'intérêt baisse un tantinet lorsque -décidément il ne peut pas s'en empêcher, c'est plus fort que lui- Dolan se met à nous refaire Mommy en version américaine (anglaise, plutôt). C'est vrai que depuis le début du film je jubilais (j'adore être surpris en bien par un film dont je n'attendais pas forcément grand-chose...) et je jubilais encore plus de me sentir jubiler (je jubilais au carré, en quelque sorte).
Non seulement j'aime la façon dont il filme, mais je suis encore plus sensible (et ça c'est vrai pour tous ses films) à l'intelligence et à la force de ses choix musicaux pour la bande-son... Ce gars-là est très doué pour trouver pile-poil la bonne musique a bon moment (Bittersweet symphony pour la fin, ça ne pouvait pas tomber mieux, du grand art!).
Peut-être que, si j'ai aimé autant, c'est parce que Xavier Dolan a -un peu- "dé-dolanisé" sa façon de filmer, et, en s'américanisant s'est un (curieusement) dépersonnalisé (aseptisé ?) mais bon, en tant que gay & midinet, je ne pouvais pas rester insensible à ce film-là...

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* Printemps Du Cinéma
** j'ai lu -je ne sais plus où qu'elle devait jouer une directrice de tabloïd persécutant l'acteur et décider à flinguer sa carrière... une méchante, quoi

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vendredi 22 mars 2019

mouise

DANS LA DECHE A LOS ANGELES
de Larry Fondation

Il y a un message que j'aime bien recevoir de chez Priciceministruche, c'est celui-qui dit "votre souhait est exaucé" (oui oui comme dans les contes)  et encore plus lorsque le souhait en question est exaucé par Gibertuche Joseph de son prénom (à moins que ce ne soit le contraire) parce que je sais qu'il n'y aura pas de frais de port à ajouter à la somme annoncée (avec un minimum d'achats, bien sûr, qui varie entre 10 et 20€, et m'oblige donc à chaque fois -pas fou le Gibertuche- à sélectionner deux trois autres bouquins pour faire bonne mesure (le jeu étant d'atteindre la somme exigée en la dépassant le moins possible, voire en l'atteignant juste pile-poil)
Et là, bingo, voilà que trois de mes voeux étaient exaucés d'un coup! J'ai donc commandé, sans avoir rien à rajouter...
J'étais très content de pouvoir lire ce cinquième (et dernier, pour l'instant) bouquin de Larry Fondation, qui est chronologiquement le troisième, et semble énorme en comparaison des autres volumes (celui-là frôle les 300 pages).
Larry Fondation c'est noir très noir, une écrite très séche, des chapitres comme au cutter qui font parfois à peine une demi-page, une écriture que j'adore (et que je prends plaisir de temps en temps à lire à haute voix tellement des fois ça slamme). On est toujours à Los Angeles, on est toujours dans la merde, la violence, les petites gens, les putes, les clodos, mais, cette fois l'auteur nous pose trois personnages principaux (Fish, Ponds et Soap), deux hommes et une femme, trois sdf au quotidien dans la ville des anges...
Je l'ai déjà écrit, plus qu'un roman, c'en sont des. Les histoires de Soap, Fish et Bonds sont souvent comme des shrapnels, elles en ont  la violence et la létalité, la "contondance" en nous montrant, simplement, "de l'intérieur", ce que c'est, justement, au quotidien, que de vivre dehors. Eclats de vie qui sont aussi, parfois, juste de petits bonheurs, les épiphanies chères à James Joyce ("Par épiphanie, il entendait une soudaine manifestation spirituelle se traduisant par la vulgarité de la parole ou du geste ou bien par quelque phase mémorable de l'esprit même. Il pensait qu'il incombait à l'homme de lettres d'enregistrer ces épiphanies avec un soin extrême car elles représentaient les moments les plus délicats et les plus fugitifs.")
Dans la dèche à Los Angeles (le titre original, Fish, Soap and Bonds était plus juste, plus "neutre") est un peu le bagage personnel de ces trois-là, vous savez, comme si on avait l'occasion d'inventorier le contenu des sacs plastiques qu'ils trimballent, des souvenirs, des des rêves, des coupures de journaux, des détails, au milieu d'incessant déplacements (va-et-vient, allées et venues) car la mobilité est ce qui définit (caractérise) ces trois personnages terriblement attachants.
je précise que, dans la réalité, les sdf sont dens gens qui me font un peu peur, qui me mettent mal à l'aise, que j'ai tendance à éviter, à fuir... parce qu'ils figurent un état dans lequel tout citoyen "normal" n'a pas envie de se retrouver. Et le livre de Larry Fondation serait alors comme une forme d'apprivoisement (d'apaisement aussi, parfois). A la fois sans pathos, mais sans pitié aussi. Un livre magnifique.

liv-4650-dans-la-deche-a-los-angeles

 

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jeudi 21 mars 2019

fête du court 2019

064
TROP BELGE POUR TOI
Programme de 5 courts-métrages belges

Une soirée en forme de clin d'oeil conjoint à la fête du court-métrage et à la Semaine Belge qui n'aura pas pu avoir lieu cette année...

Welkom (de Pablo Muñoz Gomez) – 17’ – 2013 - avec Jean-Jacques Rausin, Simon André, Wim Willaert
Le père prend une poule pour sa défunte épouse, le fils veut donc construire un poulailler pour Maria (la poule), mais pour ça il doit avoir un permis de construire, et pour obtenir le permis il doit apprendre à parler flamand... Très drôle

Avec Thelma (de Ann Sirot et Raphaël Balboni) – 14’ – 2017 - avec Jean Le Peltier, Vincent Lécuyer, Thelma Balboni
Les parents d'une petite fille, Thelma, la confient à un couple d'amis, le temps de pouvoir rentrer de voyage. Les deux papas-poules s'organisent...Très tendre.

Kapitalistis (de Pablo Muñoz Gomez) -14’ – 2017 – avec Georges Siatidis, Nikos Saxas, Anne Paulicevich, Wim Willaert, Jean-Benoît Ugeux, Catherine Salée, Tom Audenaert
Un papa grec doit se débrouiller pour offrir pour Noël à son jeune fils le sac d'école dont il rêve... mais le sac est cher et l'argent est rare... Il ne faut pas hésiter à payer de sa personne...

Le plombier (de Xavier Seron et Méryl Fortunat-Rossi) – 15’ – 2016 – avec Tom Audenaert, Catherine Salée, Jean-Benoît Ugeux, Philippe Grand’Henry, François Ebouele et Delphine Théodore
Un doublage de film porno "maison", fait avec les moyens du bord... comme quoi on peut être très expressif en étalon porno et très timide dans la vie réelle...

L’Ours noir (de Xavier Seron et Méryl Fortunat-Rossi) – 16’ – 2015 – avec Jean-Jacques Rausin, Jean-Benoît Ugeux, Catherine Salée, Terence Rion, François Neycken, François Ebouele
Un groupe d'amis en randonnée au Québec se fait décimer par un ours qui a l'air très gentil comme ça (un ours en peluche géant) alors que pas du tout. Beauvcoup d'hémoglobine, de membres arrachés et d'humour très noir...
"Welkom"
"Avec Thelma"
"Kapitalistis", l'un des courts-métrages du programme "Trop belge pour toi"
"Le plombier"
"L'ours noir"
Un programme belgissime (je connaissais juste le dernier des cinq) et très plaisant (on reconnait des acteurs passant d'un film à l'autre, c'est rigolo...). Chaque film a sa tonalité propre (et son charme idem). J'ai un faible, personnellement, pour la poule du premier, qui est celui qui m'a fait le plus rire...

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mercredi 20 mars 2019

trois-gorges

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LES ÉTERNELS
de Jia Zhang-Ke

Expédition à Besançon en bus à 1,50€ pour aller y voir ce film avec un ticket orange avec Dominique... (du coup la place à 4,25€) mais le film la mérite amplement (l'expédition).
Un nouveau voyage en compagnie de Jia Zhangke (le dixième, si j'ai bien compté), à nouveau en compagnie de son actrice fétiche Zhao Tao (Dominique qui est très people m'apprend que c'est parce que c'est sa femme!), qu'on va suivre pendant plus de deux heures (et quasiment vingt ans!), dans un film en plusieurs parties, distantes à la fois dans l'espace et dans le temps.
On y reverra des lieux déjà évoqués dans certains de ses films précédents (dont le fameux Barrage des trois-Gorges), via l'histoire de cette femme, Qiao, amoureuse d'un malotru (il a beau être mafieux et patron de la pègre, au début, il mérite en premier chef ce qualificatif de malotru (ou butor ou goujat, ou mufle, ou, plus simplement, gros con).
Elle l'aime en 2001, elle continue de l'aimer quand elle va en prison à sa place pour avoir tiré des coups de révolver (de son révolver à lui) -alors que c'est interdit d'avoir une arme-, au cours d'une scène à la violence insoutenable (du vrai de vrai Jia Zhangke), elle l'aime toujours à sa sortie de prison, cinq ans plus tard, et elle continue de l'aimer indéfectiblement, même s'il n'est pas venu l'attendre à la sortie, et qu'il en a profité pour prendre une nouvelle maîtresse (et refuse donc de la reprendre), et elle l'aime tellement qu'lle ira jusqu'à

(et vous, vous irez jusqu'à voir le film pour savoir la suite, non mais, hein mais...)

Le réalisateur comme à son habitude, depuis son premier long-métrage (Xiao Wu artisan pickpocket découvert, tiens, grâce au Ficâââ) a enchâssé l'histoire de son héroïne dans celle de son pays, que le film s'attache à nous faire (re) découvrir, les lieux autant que les gens... Elle sonne terriblement juste cette Chine de Jian Zhangke, démesurée, inhumaine, un pays de fatigue et de crasse, de violence et de corruption, un pays en perpétuelle mutation, qui se construit et prolifère pour le profit de quelques-uns au détriment de beaucoup d'autres (remarquez, y a pas besoin d'aller jusqu'en Chine pour voir ce genre de fonctionnement hein... mais là c'est vraiment flagrant). Et Qiao est, une fois encore,une magnifique égérie pour cette nouvelle histoire chinoise, filmée toujours aussi superbement, avec ce lyrisme si désespérement terre-à-terre qui le caractérise. Ce n'est pas pour rien si Jia ZhangKe fait partie du peloton de tête de mes cinéastes de chevet depuis quelques années déjà.

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mardi 19 mars 2019

lapins

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LA FAVORITE
de Yórgos Lánthimos

Troisième film de la journée. Après l'onirisme chinois somptueux du Grand voyage vers la nuit et le romantisme iodé à la française de Ma vie avec James Dean, nous voici en Angleterre, à la Cour, pour un film en costumes qui m'en a délicieusement évoqué certains de Peter Greenaway (les nobles emperruqués, la musique à la Michael Nyman, ne manquait même pas le gros bonhomme tout nu... -j'adorais les films de Peter Greenaway aussi pour ça, pour les messieurs tout nus qu'on ne manquait pas d'y voir...-)
Une reine sans roi apparent (on apprendra qu'elle a perdu 17 enfants, qu'elle a successivement remplacés par des lapins) mais avec une dame de compagnie avec qui elle fricote assez joyeusement (et saphiquement aussi, s'entend). Mais la favorite du titre n'est peut-être pas la brunette en question mais une autre, une blonde, justement, nobliette déclassée mais intriguante et ambitieuse, qui va grimper un à un tous les barreaux de l'échelle sociale nobiliaire (et elle part de très bas, souillon dans les cuisines) pour arriver au sommet, dans les bras -et le lit- de la reine, à la place de la brune honnie qu'elle fera tout pour déloger...
Les décors sont fastueux, les costumes aussi, et le film est un peu à leur image, un chouïa empesé et tout aussi m'as-tu-vu. Dès qu'on a compris le manège de la blondinette (il m'a fallu recourir au générique de fin pour savoir -me rappeler- que c'était Emma Stone), le parcours est assez balisé et plutôt logique (sans surprise). Elle a démarré le film crottée, tombée dans la boue du haut d'un carosse dès son arrivée, puis aura connu le sol de la cuisine - comme Cendrillon- qu'on lui fait nettoyer à la soude sans ménagement (ce qui abîme ces jolies mains) et c'est grâce à des herbes mâchouillées ramassées dans la forêt (amusante coïncidence avec le pourtant fort éloigné Sibel) qu'elle sauvera sa peau et commencera à se rapprocher de la reine, que les plaies à ses jambes font fort souffrir...
On est entre gens de la cour, et bien sur tout le jeu est de réussir à faire le maximum de saloperies en les accompagnant d'un maximum de révérences et de courbettes, et vous vous doutez bien que le combat va être tout aussi rude que pas du tout à la loyale. Nos trois tigresses (Emma Stone la blonde, Rachel Weisz la brune, et entre les deux Olivia Colman, véritablement époustouflante -et méconnaissable- dans le rôle de la Reine, qui lui a d'ailleurs valu un Oscar...)
J'étais quand même un peu fatigué à l'issue de cette dense journée cinématographique, et j'avoue que j'ai piquouillé un peu du nez vers la fin. Parce que j'ai trouvé ça un peu longuet.
Un film plutôt "grand public" de la part d'un réalisateur qui s'est fait une spécialité de la méchanceté et/ou la cruauté filmique (avec ce que peut avoir justement d'un peu fatiguant cette volonté systématique de jouer la provoc' pour être reconnu) mais nous livre ici (par rapport à ses films précédents : Canine, Alps, The Lobster, Mise à mort du cerf sacré) quasiment un film "gentillet"... (j'exagère à peine.) Avec des aspects formalistes parfois un peu agaçants (les mots du générique et des intertitres sont systématiquement justifiés, et ça rend les choses plus difficiles à lire, tout comme le fait d'avoir recours systématiquement au grand-angle pour filmer rend souvent les choses moins faciles à regarder...) mais, sans hésitation, un film à voir (ne serait-ce que pour être ébloui par la magnificence des décors...)

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lundi 18 mars 2019

feu de bengale

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UN GRAND VOYAGE VERS LA NUIT
de Bi Gan

(un post en fragments)

Juste une petite déception en arrivant, (qui n'a rien à voir avec le film lui-même) j'apprend à la caisse du bôô cinéma que le film sera diffusé en 2D (alors que toutes les critiques encensent la fabuleuse dernière partie en 3D, où le héros rentre dans un cinéma et met des lunettes 3D pour voir un film qui raconte sa propre histoire - tiens j'avais déjà vu ça il y a bien longtemps dans Le shérif est en prison, de Mel Brooks) mais bon tant pis (enfin surtout pour les autres, puisque, en ce qui me concerne, je ne le perçois pas, ce fameux relief, alors, hein) on le verra comme ça, hein, en l'état...

Et même comme ça, en l'état, c'est une splendeur.

Un film, oui... extraordinaire. Un coup de foudre pour cette cinématographique déambulation onirique, que, même après deux visions (car j'y suis retourné le lendemain, avec Catherine) j'aurais bien du mal à raconter (j'aimerais avoir le dvd pour pouvoir le revoir, j'aimerais avoir la possibilité de le revoir en 3D, j'aimerais oui j'aimerais...)

Une  "expérience" magnifique (quoiqu'en dise le rédacteur en chef des Cahiaîs que j'aurais du coup -une nouvelle fois- bien envie de gifler...)

Un film avec une identité et des choix esthétiques forts, des fragments de narration, des endroits remarquables le temps d'une séquence, des objets, des personnages énigmatiques, parfois juste entrevus, une caméra qui vadrouille, sinueuse, des jeux sur les matières, sur ce qui s'interpose entre celui qui regarde et ce qu'il regarde (on voit souvent "à travers quelque chose") avec une musique -et un rythme- qui pourraient évoquer des lambeaux du Wong Kar Wai de In the mood for love (même si tout le reste n'a pas grand-chose à voir). Des jeux sur la matière même du film aussi, sur le(s) fil(s) du récit. Pas le domaine du "c'est", plutôt celui du "ce serait -peut-être" ou bien du "et si c'était..." (ou même "et si ça avait été ?")

Labyrinthe mental, perte de repères, chatoiements, fluorescences, instants, souvenirs, suppositions, superpositions, on voyage ici, passionnément, comme un des personnages mange une pomme : jusqu'au trognon.

Les critiques se sont extasié(e)s sur le fameux plan-séquence final en 3D de 59' (quand le héros s'assied dans le cinéma et met les fameuses lunettes), bon, hélas dans le bôô cinéma on est resté à plat, mais c'est vrai que, même en 2D, déjà  il fait son effet (de savoir qu'il a été filmé en une seule prise nous fait le regarder un peu différemment -bien plus attentivement, encore-).

L'histoire d'une (en)quête, d'une recherche, celle d'une femme, par un héros "au look de détective". Une femme, mais laquelle ? La mystérieuse jeune femme en robe verte (à cheveux longs) de la première partie a cédé la place à une non moins mystérieuse jeune femme en blouson rouge (à cheveux courts) qui , dans la seconde, joue avec le héros à attrape-moi si tu peux.

La séquence entière est une longue déambulation à travers des espaces multiples mais qu'on est bien obligé (plan-séquence oblige) de considérer comme unique : un cinéma, un tunnel, des coulisses, une salle de billard, le mur d'une prison, et des escaliers, beaucoup d'escaliers... une déambulation cotonneuse complexifiée techniquement par les divers moyens de transport empruntés (une moto, une tyrolienne), où on croise un cheval chargé de pommes, un aspirant champion de ping-pong avec un masque en crâne d'animal, une femme en colère qui pourrait être la mère du héros, un karaoké géant, une raquette qui permet de s'envoler, dans un espace tordu comme un ruban de Moebius où, lorsqu'on continuer d'avancer, on revient soudain à son point de départ. La topologie d'Un grand voyage vers la nuit est de type onirique, et c'est sans doute pour ça qu'on l'aime autant... Et je n'ai évoqué que l'espace. Parce que, si on parle du temps...

Il lui a offert une montre cassée ("ça représente l'éternité" a-t-elle remarqué) et elle lui a offert en retour un feu de bengale ("ça représente l'éphémère" a-t-il répondu.)

A la fin rien n'est résolu, mais c'est bien mieux comme ça, chacun propose ses éclairages, et ça permet d'échanger dans le couloir puis dans le hall et finalement même sur le parvis...

Un ravissement. Je suis amoureux de ce film.

Top 10

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tiens j'ai confondu les deux affiches... il y a de quoi, non ?

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samedi 16 mars 2019

bref je me suis régalé

Vu ça ce matin sur y*utube
c'est Kyan Khojandi ("le mec de Bref") sur scène
et il a mis en ligne son spectacle Pulsions.
J'adorais la série, l'humour des situations et des dialogues
et j'ai retrouvé le même plaisir
(c'est rare que je me surprenne à applaudir tout seul devant mon ordi  à la fin d'un spectacle vu sur mon écran)
j'espère que le lien fonctionne
(sinon googlez khojandi pulsions youtubemuche ou un truc du genre)

kyan05


ps : le monsieur est annoncé à Besac, au Kursaal, le 23 janvier 2020

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café-crevettes

061
MA VIE AVEC JAMES DEAN
de Dominique Choisy

Ah, Nathalie Richard... cette actrice divine qu'on adore depuis 1986 (Golden Eighties, de Chantal Ackerman), puis, surtout 1988 (La bande des quatre, de Jacques Rivette) et d'ailleurs en relisant sa filmo dans allocinoche, c'est incroyable la tripotée de films où elle a joué et dont je me dis "oh tiens celui-là aussi j'adore" en en voyant le titre dans la liste... Dire qu'on l'aime est donc un pudique euphémisme.
Dominique Choisy, le réalisateur, qui est un homme de goût, a d'ailleurs fait appel à elle (Nathalie R.) dans chacun de ses trois films (Confort moderne, et Les fraises des bois). Quelle bonne idée! Elle incarne ici la directrice d'un cinéma (au Tréport) qui a invité un jeune cinéaste a venir présenter son film, Ma vie avec James Dean, mais qui, le soir de son arrivée, l'oublie pour cause de problèmes sentimentaux personnels. Ledit jeune réalisateur, prénommé Géraud (et pas Jérôme) est, on l'apprendra assez vite, lui aussi en stand-by affectif, et va se retrouver en rade, entre une jeune réceptionniste avec laquelle le courant ne passe pas vraiment, un jeune projectionniste affectueux, et un moins jeune vigile sentencieux.
Au terme d'une soirée où il aura, en quelque sorte, fui en se bourrant la gueule, il va se retrouver au centre d'un chassé-croisé sentimental délicieux où chacun(e) ou presque est amoureux-se, à la fois poursuivant quelqu'un(e) d'autre et lui-même poursuivi aussi par un(e) ou plusieurs autr(e)s (l'effet boule de neige).(Les parenthèses "genrées" semblent -paradoxalement- de rigueur, tant tout le monde est -plaisamment- dans le même panier affectif. Le distributeur (Optimale) et la bande-annonce pourraient faire croire a priori à un film furieusement pédé, mais non. C'est doux, c'est tendre, c'est pudique, ça pourrait être une chanson de Françoise Hardy tous les garçons et les filles de mon âge se promènent dans la rue deux par deux, d'ailleurs Bertrand Belin (qui joue aussi dans le film, un marinier qu'on peut qualifier de "compréhensif" malgré les apparences) a mitonné une aimable bande-son "dans l'esprit" avec quelques chansons jolies, pour célébrer ce monde qui ressemble au notre mais pas tout à fait, un monde où l'amour, qu'il soit gay, bi ou hétéro, est "normal" (et le même) pour tous, un monde merveilleusement (ir)réaliste (où il semble normal pour des parents aimants de laisser partir leur jeune fils avec le premier réalisateur venu), qui donne envie de s'embarquer illico pour Le Tréport...
J'ai pensé à l'affiche de La femme de l'aviateur, puisque la figure d'une ou deux personnes en espionnant une autre cachés derrière un angle de mur va devenir récurrente dans le film. Et que l'univers de Rohmer n'est pas très loin. Il est question de relations, de sentiments, de séduction, de stratagèmes, de séparations, de reconquête, mais, toujours, le coeur est au centre des préoccupations de chacun(e). Oui, c'est (joliment) ça.
Avec en plus un film dans le film, le fameux "Ma vie avec James Dean", dont on ne connaîtra que le début, et même un second, juste à la fin, dont on aura le générique (et que je vous laisse découvrir), bref trois raisons de se demander pouruoi le film de Dominique Choisy, malgré une presse plutôt positive ( une très jolie critique de Transfuge) même si -on ne demande pourquoi- un peu plus clairsemée que pour les merdouillasseries grand public habituelles, n'a eu droit qu'à une sortie un peu "furtive"le genre dont Téléramuche (qui lui n'a pas été très tendre sur le coup) dira qu'il a été "un peu injustement passé inaperçu lors de la sortie"...
Et dire que les acteurs sont très bien, et qu'on a même le plaisir (tiens, comme dans L'Amour debout) de voir Françoise Lebrun (mais qui ici ne joue pas son propre rôle...)

Avis aux amateurs, j'ai un double dvd avec les deux premiers films du monsieur (et donc, deux fois de plus Nathalie Richard!)

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ps  (qui n'a rien à voir) : Je viens de découvrir par hasard que Johnny Rasse, l'acteur principal du film, est "chanteur d'oiseaux" (et qu'il est très connu pour ça...)

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mardi 12 mars 2019

journal d'un curé de campagne

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AIME ET FAIS CE QUE TU VEUX
de Malgorzata Szumowska

Merci Uncut qui m'a permis de découvrir ce film qui m'avait échappé en janvier 2014 -mais comment ai-je pu passer à côté de ça ?- même si le titre n'est pas terrible je trouve (et pourtant c'est du St Augustin), et l'affiche non plus d'ailleurs.
Le film s'ouvre sur une scène plutôt dure ou des gamins s'acharnent sur un mec simplet. Bienvenue  en Pologne, une Pologne "profonde", catholique, brutale, xénophobe. On fait ensuite la connaissance du personnage principal, un prêtre qui bosse dans un foyer d'accueil pour jeunes délinquants, en train d'arbitrer un match de foot plutôt... viril. l'arbitre se fait insulter par un des joueurs et lui colle un carton rouge. On va suivre un moment notre prêtre barbu et charismatique (magnifiquement incarné par Andrzej Chyra, vu récemment dans le Frost de Sharunas Bartas) exerçant son sacerdoce (c'est comme ça qu'on dit) au sein de ce bouillonnant aréopage de jeunes bourrins testostéronés pour qui l'affrontement viriliste est le seul moyen de communication ou presque (et donc, plastiquement, esthétiquement devrais-je dire, tout ça ne pouvait que me plaire vous vous en doutez...)
Il va s'avérer que notre prêtre, si sa foi semble entière (intègre) est tout de même soumis à certains tiraillements intimes (les choses sont assez vite posées, oui, un prêtre ça a aussi le droit de se branler), d'abord avec la proposition plutôt directe d'une jeune et jolie paroissienne bovaryenne, qu'il récuse frontalement, ensuite avec, bien plus indidieusement, l'intérêt croissant qu'il porte à un jeune barbu christique, frère justement du simplet victime des ados dans la scène d'ouverture.
Et (hoho là ça devient intéressant pour moi) de l'attention à l'intention, il n'y a qu'un pas, mais ce pas-là est sacrément dur à envisager pour notre père qui connaît alors les affres du désir (sport que j'avoue avoir moi-même pratiqué avec une certaine obstination) surtout quand l'objet de votre désir est a priori absolument hors de votre portée. sauf qu'ici, il va s'avérer que, eh bien justement (là ça devenait encore plus intéressant) l'objet du désir, il n'est peut-être pas si inaccessible que ça et que, eh bien, il ne serait peut-être pas forcément à ce que. A ce que quoi, justement ? Il y a toute une série de scènes délicieuses qui mettent en place le rapprochement progressif des deux tourtereaux (la réalisatrice n'y allant pas forcément de main morte dans l'imagerie christique et/ou sulpicienne : la leçon de natation comme un baptême, la course dans les champs de maïs avec cris d'animaux...) et qui m'ont mis en émoi, avec toujours l'environnement bourrinesque et homophobe qui sert d'écrin à ce beau roman, à cette belle histoire (à cette romance d'aujourd'huiiiiiiiii... Je ne persifle pas, j'ai vraiment beaucoup beaucoup aimé ça...)
Mais rien n'est facile pour notre prêtre, qui, en plus des tourments moraux inéhrents à ses sentiments envers le jeune homme, va devoir faire face à d'autres problèmes : l'arrivée d'un nouveau jeune perturbateur et provoquant (un blondin gay et actif, on l'entrapercevra à l'oeuvre), le suicide d'un des pensionnaires, et, surtout, la dénonciation à l'évêque de la part du plus proche collaborateur du prêtre... Et le film qui, jusque là tenait la route sans mollir, va se mettre à tanguer furieusement du scénario et à partir un peu trop dans tous les sens. D'abord en perdant de vue, pendant un temps suffisamment long, le p'tit barbu christique -où en ne s'y intéressant plus assez pour qu'on ait l'occasion d'y croire- ce qui est, à mon sens une erreur, puis en enfonçant le clou avec deux scènes d'ivresse un peu pénibles et excessives). Le rythme du film en pâtit, et le spectateur en est un peu déboussolé.
Heureusement dans la dernière partie la réalisatrice reprend les choses en main, d'abord avec une magnifique scène de procession, mettant, justement, en scène tous les protagonistes du film, sur un chouette morceau de Band of horses, et annonçant, un peu, le début de la fin.
Où (ah midinet un jour midinet toujours) on voit réapparaître -enfin!- le jeune barbu dans une dernière partie qu'on attendait, forcément, pour la grande scène des retrouvailles et de l'amour enfin consommé, (mmmh c'est délicieux, je le redis), juste avant un épilogue que je n'avais pas du tout vu venir. Qui m'a un peu agacé dans un premier temps je l'avoue, tellement je l'inattendais, mais qui, en y réfléchissant à deux fois (j'ai tendance, je l'ai déjà dit mille fois, à être primaire) est une belle et ironique façon de conclure. Et pan dans les dents de la religion!
Un film, donc, que je suis très content d'avoir finalement vu, et que j'aime énormément malgré certaines faiblessechounettes.

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Le film a obtenu le Teddy d'Or à Berlin...
(mais je trouve que l'affiche est mal fichue, une histoire de composition et de proportions, sans doute...)

*

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(christiques vous disais-je...)

 

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lundi 11 mars 2019

let's dance

VERS UN NOUVEAU PROTOCOLE DE CONVERSATION ?
Chorégraphie de (et avec) Georges Appaix

Ah, Georges Appaix... C'est Emma qui me l'a fait découvrir, en 1989, pour un spectacle que je n'ai pas vu (Basta!) parce que j'avais préféré aller voir ce soir-là un concert des Nits avec mon amoureux, mais dont elle m'a tellement parlé que c'est un peu comme si je l'avais vu, presque.
Et donc chaque fois qu'il passe dans le coin (Besançon, Montbéliard) on y va. Déjà, j'adore le bonhomme (mais ce n'est pas un critère objectif), mais j'adore aussi ce qu'il fait. cette approche "tangentielle" (c'est moi qui le dis) d'une danse "désinvolte" (c'est Emma qui avait trouvé ce qualificatif)
Donc ceci doit être le quatrième spectacle que je vois de Georges Appaix/ La Liseuse,  dont j'ai appris hier soir, lors de la rencontre qui a suivi le spectacle, qu'il avait nommé ces spectacles successifs en suivant les lettres de l'alphabet, que celui-ci serait suivi de What do You think ? puis de XYZ et qu'après c'en serait fini de La liseuse (soupirs de regret parcourant l'assistance), et aussi, tiens, que c'était ce soir la dernière de Vers un nouveau protocole... qui tourne depuis 2015.
Il y a des spectacles de danse grandioses, tourmentés, lacrymaux, bouleversants, poignants, de la danse qui tord les tripes et broie le coeur et fait pleurer, et, tout à l'autre bout du spectre lumineux des chorégraphies, il y a ceux de Georges Appaix, qui touchent de près au -oui j'ose le mot- au bonheur (que je pourrais ranger juste à côté de Maguy Marin, de Montalvo/Hervieu, de Zimmermann & De Perrot), la danse qui fait du bien, la danse qui virevolte, qui croustille, qui chatouille, la danse légère, joueuse, joyeuse, oui, qu'on a tant de plaisir à retrouver, à intervalles plus ou moins réguliers...
Là, ils sont trois : d'abord, un homme qui parle, une femme qui danse, (elle lui répond) puis un peu plus tard un troisième qui entre sans bruit, s'assoie, les regarde, intervient de temps en temps, en dansant, sans parler. Il fait régulièrement, depuis sapetite table, bouger les choses simplement (ah ces papiers qui tourbillonnent au souffle des ventilateurs) et les sons aussi (un peu plus complexement parfois)...
C'est une conversation à bâtons rompus (et à papiers qui volent, donc) un dialogue de sourds (mais pas toujours) et/ou muets (idem). Bref un (haut) lieu d'échange(s). Cinquante-cinq minutes d'exploration du topic, pas le temps de s'apesantir.
Alors on se régale, on est touché, étonné, on jubile... On regarde partout, on écoute aussi partout (la partie sonore est assez ébouriffante), et on sort de là avec des petites étoiles dans les yeux et un sourire grand comme ça.
Oui, le bonheur.

Vers un protocole de conversation-Georges Appaix1

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Conception et mise en scène de Georges Appaix
Chorégraphie et textes de Georges Appaix avec la participation des interprètes
Avec Mélanie Venino, Alessandro Bernardeschi et Georges Appaix
Lumière : Pierre Jacot-Descombes
Son : Eric Petit et Georges Appaix
Costumes : Michèle Paldacci
Musiques : Eric Petit, Ray Charles & Betty Carter, Vincenzo Bellini, Johann Sebastian Bach, Creedence Clearwater Revival, Oum Kalthoum, Candida & Floricelda Faez, Johannes Brahms, Alexandre Desplat, Giovana Marini, Bob Dylan.

 

Posté par chori à 08:07 - - Commentaires [0] - Permalien [#]