jeudi 05 octobre
23 décembre
DANS PARIS
de Christophe Honoré
Celui-là je l'attendais.
Et j'avais bien raison.
On n'en sort pas extatiquement hilare comme dans Little Miss Sunshine, c'est un peu différent. On en sort léger, apaisé. Un film doux, mais pas mou, un film en équilibre, parfois en apesanteur et parfois en vertige, et pourtant un film terrien, des fois adulte des fois gamin, des fois tout et des fois rien.
Rien que pour la scène finale, déjà, je l'aurais aimé (pour des raisons qui me sont doublement -voire triplement- personnelles) Et pour tout le reste aussi.
De Christophe Honoré je connaissais Ma mère tentative plutôt ambitieuse mais hélas "pas totalement aboutie" du roman de Georges Bataille que je pensais (et que je pense toujours) inadaptable. Pas entièrement convaincant. Entendre Isabelle Huppert répéter "je suis une chienne" était un peu agaçant, mais il y avait de bien belles choses dans le film, et, notamment, déjà, le p'tit Loulou Garrel... Je n'ai pas vu 17 fois Cécile Cassard mais je l'ai enregistré, alors, promis, là, je m'y mets, illico, dès que je peux!
Pourquoi alors j'attendais Dans Paris avec autant d'impatience ? Son passage à Cannes avait été nimbé par un bruissement louangeur ; vous savez, comme, avant, quand la salle de cinéma s'éteignait et qu'on entendait alors un aaahhh collectif de bonheur. Certains se mettent tout le monde à dos, Christophe Honoré lui, avait réussi le contraire (tout le monde à ventre ?). Quelques entretiens, quelques photos de tournage, dans les journaux spécialisés, Louis Garrel et Romain Duris en frères, les mots "nouvelle vague" qui revenaient souvent ; ne restait plus donc qu'à attendre ce fameux 4 octobre.
Bingo!
Deux frères, donc. Paul (Romain Duris) et Jonathan (Louis Garrel). Le grand frère et le petit. Le tristounet (Paul revient au bercail "vivre sa dépression" -dixit Jonathan- après une tentative - ratée ?- de grand amour en province) et le guilleret (Louis Garrel compose ici un personnage léger, moqueur, drôle, enfant -non, on ne peut pas ne pas penser à Antoine Doinel- bref, à des kilomètres des rôles un peu torturés qu'on a pu lui connaître. Ils habitent donc tout deux dans l'appart de leur père (Guy Marchand). Maman (Marie-France Pisier) est partie... Pour sortir Paul de sa léthargie, Jonathan lui fait le Pari(s) que s'il réussit à rallier Le Bon Marché en une demi-heure, Paul devra se lever et venir l'y rejoindre... Voilà pour l'anecdote (mais bon, c'est vrai, l'anecdote, on s'en tape un peu!)
Qu'est-ce qu'ils sont bien, tous! Qu'est-ce qu'il est bien Louis Garrel, en pois sauteur ! Qu'est-ce qu'il est bien Romain Duris en pov'machin en peignoir et vieux calbute tout dépressif ! Qu'est-ce qu'elle est bien Joanna Preiss en copine je t'aime je t'aime pas mais je t'aime quand même ! Qu'est-ce qu'il est bien Guy Marchand en papa Mirko ridé, coco tendance Moscou ne croit pas aux larmes! Qu'est-ce qu'elle est bien, Alice Buthaud, qui pourrait sortir tout droit des Nuits de la Pleine Lune ! Qu'est-ce qu'elle est bien, Marie-France Pisier, retrouvée, simplement impériale, grave et moqueuse à la fois, parfaite, comme dans mes souvenirs (pour moi elle est particulièrement une reine de cinéma, il faudra que je fasse un jour un petit post là-dessus) . Qu'est-ce qu'ils sont bien, tous. Qu'est-ce qu'ils sont beaux. En plus, c'est miraculeux, ils ne sont pas juste justes, ils sont exacts.
Liberté de ton, liberté formelle. Simplicité. Sourire. Ca aurait pu s'appeler Une histoire simple. Ou L'un chante l'autre pas (quoique...) ou Family Life. Un vrai film d'hauteur en tout cas (oui oui, j'assume, mais c'est vrai qu'il y sera, à plusieurs reprises question de pont, de balcon, de chute...) Il n'y a pas une ligne unique, plate, de narration, elle se compose de plusieurs brins, ténus, avec des parties plus denses (tout le début -entre le préambule et le démarrage en trombe de Jonathan) qui nous narre l'avant de Paul, son histoire d'amour avec Anna, est un petit film dans le film, avec son rythme spécifique, ce mixage, cet empilement badaboum de oui non mais si peut-être), des appels d'air, des bifurcations, (les rencontres de Jonathan), des clins d'oeil (les regards-caméra de Jo, ses adresses au spectateur, revendiquées comme telles), des blancs, des omissions, des vraies/fausses impros, des petits moments baroques. L'amour c'est gai l'amour c'est triste... C'est versicolore mais pas tape-à-l'oeil, dense (danse ?) sans être brouillon ni -au contraire- lourdement démonstratif ; ça part dans tous les sens (au petit trot) sans paraître bordélique ou artificiel...
Hommages, références, citations, (directes ou indirectes) sont un petit bonheur supplémentaire (mais ne vous inquiétez pas on peut très bien apprécier le film sans ça). Friandises, gâteries, que ces successifs clins d'oeil, ou appels du pied, à François Truffaut, à Jean Eustache, à Jacques Demy, voire à Eric Rohmer, (plus certainement encore pas mal d'autres...) Un film riche, riche en émotions, de tous ordres (esthétiques avant tout, vous me connaissez ; c'est un FAQV : au début, on aura le plaisir de lorgner ces jeunes corps masculins, dans ta face de Romain Duris (qu'on a connu moins timide et qui nous refait quasi la scène d'ouverture d'Exils mais sans se retourner) et dans ton pile de Louis Garrel ( ouououh il est vraiment très gracieux ce jeune homme, avec un kiki à son image -aussi joufflu et coiffé en pétard que lui...) mais chaque scène fait mouche (c'est peut-être la partie Paul en campagne qui est la plus raidos), mais quel bonheur, quel bonheur ! (le réveil, la chanson de Kim Wilde, la discussion pendant l'épluchage des carottes, la lecture au lit, la déclaration au téléphone, l'album de Solotareff...) oui, quel bonheur!
Bref, un film infiniment séduisant, séducteur, (dont je ne pourrai jamis trancher s'il s'agit d'un monument de sincérité ou de roublardise, et je m'en fous) mais jamais racoleur, dans ses choix et dans ses hésitations, dans ce dosage désinvolte de légèreté et de mélancolie, dans ce sur-place apparent narratif, dans son habileté, finalement,à ne jamais en faire des tonnes. Ce qu'on pourrait appeler la grâce.
(je comptais finir comme ça, mais me voilà forcé d'utiliser le conditionnel, vu que je viens de voir que ce sont les mots même ("la grâce") de -arghh- L'Express, pour la pub du film. Trouvons donc autre chose ? ) Je verrai demain.
Et puis non finalement je ne trouve pas mieux.
l'avis de niklas ici
Commentaires
une merveille... et quand il se prennent dans les bras... je fonds.
hmmm moi aussi!
(coucou loulou, ça va ???)
tout va bien... j'attends la saison 3 de desperate housewives! biiiz.
conversation avec Chori ce dimanche matin
sol dit :
j'émettrai une idée tu me dis ce que tu en penses :
on dirait que Jonathan en faisant comme ça l'amour avec plein de filles veut conjurer le mal dont Pau souffre
chori dit :
ben oui, c'est un peu le contrepoint
l'un souffre à cause d'une et l'autre ne souffre pas grâce à plusieurs!
sol dit :
non c’est pas ça c’est qu'il le fait exprès pour guérir Paul
tu comprends ce que je veux dire ? j'ai eu cette impression là comme quand quelqu’un qui nous est cher est pas bien on l'entraîne de force à une fête sauf que là il est pas là
chori dit :
oui je comprends
mais c'est une famille où on ne "prend pas en compte la douleur de l'autre"
sol dit :
justement faut la conjurer
chori dit :
et les parents, je les adore
sol dit :
c'était quoi déjà la scène finale dont tu parles ?
chori dit :
quand il lui lit l'album "loulou" sur le lit
sol dit :
guy marchand on aurait adoré avoir un père comme ça sauf qu'il fume trop
chori dit :
marie-france pisier aussi!
sol dit :
oui c'est super cet album faut le trouver pour tes gamins
chori dit :
je le connais, et je l'adore
solotareff est un auteur merveilleux pour les gamins
j'adore ses lapins
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