vendredi 13 octobre
creux de l'oreille
(merci Isa!)
Ce midi, j'ai pu écouter le dernier disc de Vincent Delerm.
Et clic! voilà une chanson qui instantanément me saute dans l'oreille, dès les premières notes. Ca s'appelle Du sépia plein les doigts. Delerm j'ai un à priori sympathique, ok il chante faux, ok il est un peu mou, ok il a fait des études de lettres mais bon moi j'adhère, qu'y peux-je ?
Et le fait que cette chanson-là ait pris mon ouïe en otage ne fait que confirmer la chose.
C'est toujours un phénomène très mystérieux, je trouve, (et une question que je me pose souvent) : pourquoi ce truc-là m'a plu instantanément ? Le "tiens tiens' initial, les paroles, le thème ? Chaipas, mais je sais juste que j'aime.
Encore une fois le thème de la nostalgie, oui, oui, peut-être que ça joue...
A chaque fois, ça fait pareil, je craque, je la remets, ça tourne en boucle encore et encore (heureusement que j'habite tout seul!)
Ce qui n'empêche pas d'être néanmoins critique, de se dire, trois minutes un peu short quand même il manque un couplet, quand même il aurait pu varier entre confitures et tartelettes, mais bon, on indulge, et hop on remet encore une fois
" tiens ça r'part en arrière
noir et blanc sur poster
maréchal nous voilà
du sépia plein les doigts..."
petite laine
L'HOMME DE SA VIE
de Zabou Breitman
Deux hommes assis côte à côte discutent longuement dans une nuit américaine et provençale à la fois. C'est la scène qu'on pourrait retenir du film. Deux hommes, deux voisins. Un hétéro et un homo. Cette scène originelle, elle va courir tout au long du film, fragmentée, fractionnée, façon cent fois sur le métier remettez votre ouvrage.
Sous l'objectif (de son microscope), la réalisatrice a placé un personnage, Frédéric (Bernard Campan) qu'elle va observer ensuite sous des éclairages divers (lumière rasante, polarisante, noire...) ou dans des milieux variés (repas de famille, conversation entre potes, relation de couple...) pour voir ce qu'il devient alors. Comment il réagit. Puis ajoute un second élément, un électron libre. S'ensuit l'étude du cas dans la perspective Tout corps vivant placé dans le champ d'un attraction amoureuse subit de la part de l'objet produisant ce champ... Bref, un genre d'expérimentation sensible, (un essai de déchiffrage de partition pour The man I love ? ) Mais nos deux compères ne sont pas seuls, sertis/embringués qu'ils sont dans leurs diverses relations familiales, vicinales, dominicales, vacancières, avec toute une flopée d'autres gens qui ont chacun leurs petits soucis, leur théma, leur problématique propre, ce qui forcément agit, réagit, interagit, et qu'il faut bien gérer tout ça.
Le film s'ouvre sur une successions de plans larges, vents, champs, enchaînés mais tous vides. Nature, calme, (on suppute luxe et volupté) d'abord, puis apparaît l'élément humain. C'est tout de suite plus bordélique. Et ca continuera à l'identique (à l'amiable). Visiblement, Zabou Breitman s'est fait plaisir, et nous fait plaisir,avec cette caméra là. Le paysage, les personnages, les instants, les détails, les gros plans, les surprises,tout ça maille à l'endroit maille à l'envers organisé dans un charmant petit tricot, le montage opérant par décomposition / recomposition, bref le genre d'ouvrage de dame (le terme n'est pas péjoratif, Catherine, tu l'auras compris) suffisamment douillet et confortable pour qu'on ait envie de s'y prélasser un peu, d'en étudier la composition, la façon de monter les côtes (de maille, of course!).
En tant que pédé, je craignais un peu le traitement grand public qu'on allait réserver à ce sujet qui me touche (huhu) de près : un homme amoureux d'un homme (ou le contraire). Classicos à la Mort à Venise , pathos à la L'homme blessé, vulgos à la Pédale Douce ? A l'arrivée on est plutôt rassuré, mais presque. La réalisatrice a pris tellement de paires de gants et de précautions oratoires et de de circonlocutions et d'entrechats et de pirouettes qu'on finit par ne plus être très sûr de savoir de quoi elle veut parler, à la fin.(Non que j'eusse aimé forcément qu'ils s'affairassent en grognant virilement comme grizzlis en foire, mais peut-être juste un peu plus de..., un peu moins de..., comment dire... voilà tel quel c'est un peu trop aseptisé, désinfecté, clinique.)
Bernard Campan, très crédible et parfait dans le rôle de l'hétéro flexible, est peut-être juste un peu trop en-deça, tandis que Charles Berling, dans celui du pédé moi je m'affirme nous la joue symétriquement un peu trop au-delà (il me semble l'avoir connu plus simple et plus juste). Mais ce qui est bien, c'est qu'à aucun moment le film ne verse dans le ridicule. C'est déjà ça dont on peut remercier Zabou Breitman.
Le film, dans son esprit, est à peu près inattaquable, sauf peut-être, suivant le le vieux proverbe "le mieux est l'ennemi du bien". Trop, oui. Trop de coquetteries de filmage, de joliesses, d'effets de style, de tiens et si j'essayais ce truc là pour voir comment ça fait viennent un peu alourdir le récit. Qui va progressivement se trouver contaminé par ces diversions, narratives, esthétiques, poétiques, gratuites. Trop de trous de joliesse dans le gruyère de la matière filmique. Jusqu'à la dernière partie (là, dommage, c'est devenu vraiment un peu trop longuet) qui semble prendre des poses, alanguie, pâmée dirais-je presque, au détriment de l'histoire.
J'aime les rideaux qui volent, j'aime les champs de tournesols, j'aime les jeux de lettres, j'aime un doigt qui remet en gros plan une étiquette à l'intérieur d'un pull, j'aime les nuages qui roulent en accéléré, j'aime les images floues, j'aime les personnages pris en flagrant délit, j'aime les conversations nocturnes qui n'en finissent pas, j'aime quand deux épidermes se touchent, j'aime un sms qui fait battre le coeur plus vite, j'aime quand on est perdu bref, je ne pourrais donc pas ne pas avoir aimé ce film
(il faudrait alors là que je sache m'arrêter hihi)




