THE QUEEN
de Stephen Frears

Drôle de thing. D'abord parce qu'il traite de personnages réels (et -plus ou moins- vivants), dont certains sont interprétés par des acteurs et d'autres non. Pendant la projection, je me demandais ce que donnerait la même chose version française, avec, par exemple, Alain Delon en Chirac, Gérard Depardieu en Raffarin et, tiens,  Christian Clavier en Sarko, (pour Ségo,on pourrait prendre, disons... Valérie Lemercier ?) Etrange, non ?

Du film je ne connaissais que le titre, et je ne savais donc pas quel angle d'attaque Stephen Frears (pas spécialement réputé pour être un ardent défenseur de la monarchie mais sait-on jamais...) allait avoir adopté. Malin, le gars. Il a mis le focus sur un moment précis, assez récent (! dix ans presque tout de même...) : l'accession de Tony Blair au poste de Prime Minister et, juste après, la mort de Lady Di et ses conséquences. C'était assez casse-gueule comme choix, et un moment on craint le pire (tout ce qui concerne Diana est traité avec des images d'archives ; l'accident est immontrable, mais il est ici un peu pataudement traité.) Le film aurait donc aussi pu s'appeler La Reine, La Princesse Morte et le Premier Ministre (un titre à mi-chemin entre Rohmer et Greenaway, ce que le film n'est pas vraiment).

Mettons les choses au point : Helen Mirren, qui incarne The Queen est... impériale. Et digne de tous les superlatifs. (C'est la certitude que j'avais en sortant de la salle.) Qu'on la surprenne au saut du lit en bigoudis, en foulard au volant de son vieux véhicule (le film aurait aussi pu s'appeler La Reine, le Cerf et le 4x4...), en train d'expliquer à Tony les petites subtilités du protocole, ou même en train de lire sur le prompteur sa "déclaration" au peuple, elle livre vraiment une performance magistrale. Les cheveux, les perles, le sourire, la morgue, les chapeaux, tout y est.

J'ai pensé à Marie-Antoinette, qui traite aussi, sur un mode un peu différent quoique tout aussi fantasmé, de ce fascinant paradoxe qu'est la relation entre la famille royale et "son" peuple, qu'elle est censée gouverner, aimer, protéger et blabla et blabla mais dont, au bout du compte, elle se contrefout quand même royalement. Même façon de rester arquebouté sur des vieux principes, une étiquette rigide, des codes de fonctionnement obsolètes et désuets, même incapacité à réagir simplement, humainement, sans le secours d'une armada de conseillers, même fossé infranchissable entre l'intime et la chose publique. A la seule différence que la monarchie décrite dans The Queen est contemporaine (et Frears ne se fait pas prier pour nous rappeler que ça sent fichtrement la naphtaline).

L'attachement à la royauté est aussi spécifique aux Britanniques que le five o'clock, les fish and chips, un faible attendrissant pour le mauvais goût, une propension certaine à lever le coude, sans oublier le proverbial flegmatism... Frears a-t-il donc ici fait oeuvre d'allégeance publique ou de dynamitage souterrain en règle du système british ? Well, ni vraiment l'un ni totalement l'autre. On n'est pas certain qu'il éprouve plus de sympathie pour le premier ministre que pour ma'am la reine... Simplement je ne suis pas assez érudit pour remarquer les erreurs historiques, géographiques, monarchiques, étiquettiques, et je m'en fous, d'ailleurs. Il ne s'agit pas d'une reconstitution qui se voudrait exacte, plutôt une évocation personnelle. Je me fiche de savoir si, en vrai, The Queen dort dans le même lit que The King, ou si, de l'autre côté, Mrs Blair sert vraiment du poisson pané à son premier ministre de mari. Mais c'est amusant de se sentir ainsi petite souris, introduit en catimini dans le privé des grands de ce monde (si si, chez eux, ils sont comme vous et moi : des gens simples!), amusant aussi de les voir faire des conneries, comme vous et moi, ou de ne pas se comporter de la même façon à la maison et en-dehors, comme vous et moi. Finalement, tout ça m'a fait penser à la chanson des Pet Shop Boys (ouah la référence culturelle !) Dreaming of the Queen.

Frears donne juste une vison, sa vision, sans prétendre au respect ni à l'objectivité. Prend-il parti, ne prend-il pas ? Comme je l'ai dit plus haut, le sujet choisi (Diana and tralala) avait tout de la planche savonneuse. Et je trouve que le sieur Stephen s'en sort la tête haute. Sans tomber dans la biographie onctueuse ni l'hagiographie poisseuse. Les pieds secs. Avec les honneurs, comme on dit.
Conclure alors que j'ai passé là un excellent moment, que j'en suis sorti content (tiens je n'ai pas pleuré) et satisfait. Que demander de plus , my dear ?

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