mardi 27 mars
précipité
J'aime bien ce mot, qui donne en même temps (condensé) l'idée de vitesse et celui de réaction chimique effervescente imprévue. C'est un peu l'état des choses en ce moment, aux bozarts :
- Les "3ème année" qui passent leur admissibilité pour le DNAP (les "com" c'était la semaine dernière, les "art" c'est cette semaine),
- mon amie Emma qui finissait aujourd'hui la première moitié de son congé de formation (elle retourne dans sa classe jeudi, mais elle revient l'année prochaine, la veinarde! moi en juin, j'aurai grillé toutes mes cartouches! Si je en trouve pas un autre métier d'ici là, je devrai retourner à l'école la queue basse et sans échappatoire!),
- une dame exquise et passionnante qui vient nous faire une conférence sur l'illustration aujourd'hui (à chaque fois c'est pareil, je me dis, tiens j'aurais p'têtre pu faire ça, et à chaque fois, je me dis aussi, ben c'est trop tard, t'as rien fait, t'es un con, à force d'être un peu ceci, un peu celà, finalement tu n'es rien du tout),
- la jeune S. (elle est grande et belle) qui passait cet aprèm' mais qui n'est pas sûre du résultat (je la sens fragile fragile),
- le jeune T.(il est petit et) passera lui demain matin, j'ai vu un peu ce qu'il allait proposer, ne lui ai pas trop parlé par crainte de le déranger car je le sentais stressé, il a un travail photographique plutôt original et personnel (il se photographie, grimaces, malformations lycanthropiques photoshopesques, multiplication de sa silhouette foetale et nue en forme de téléphone portable),
- et le petit livre dont j'ai déposé aujourd'hui la maquette chez Pierre, qui se rangera dans une boîte de cigarillos et qui s'appelle PARTIR EN FUMEE,
bref je suis parti à 18h, il faisait très soleil, très bleu, forsythia et primevères, j'avais trop chaud dans ma voiture mais un peu les yeux qui démangeaient
saloperies de pollens
chacun cherche son chien
J'ATTENDS QUELQU'UN
de Jérôme Bonnell
J'aime ce film parce qu'il est doux. J'aime ce film parce qu'il est attentif. Jérôme Bonnell a, comment dire, depuis LES YEUX CLAIRS, quelque peu arrondi les angles, adouci l'amertume initiale de son cocktail narratif. Et ça passe tout seul. Et on en redemande.
Des gens ordinaires, normaux, dans une petite ville, avec des histoires simples : un patron de bar, un jeune autostoppeur, une institutrice, un comptable... Le patron de bar (Gérard Darroussin) est divorcé, il aime beaucoup les femmes, et voit régulièrement une professionnelle (Florence Loiret-Caille) pour des ébats tarifés. Mais pas du tout que pour ça. L'autostoppeur (Sylvain Dieuaide) rentre chez lui après quelques années d'absence pour régler une histoire qui serait comme dirait restée en suspens. Le couple (Emmanuelle Devos en maîtresse un peu fofolle et Eric Caravaca en comptable un peu coinç-coinç) est sans enfant mais hérite à l'improviste d'un gros chien noir...
Et ça suffit pour faire notre bonheur. Jérôme Bonnell conjugue ses trois historiettes avec adresse, avec tendresse, avec humanité. Il sait rester proche, proche des personnages, de leur visage, de leur corps, de leur peau, mais aussi de leurs émotions, de leurs délires, de leurs hésitations, de leurs chagrins... Sans pathos, sans excès. C'est simple (je le redis), c'est touchant, ça tombe toujours juste. La vie, quoi, le bordel (comme chantait Higelin), avec ses hauts ses bas, et ses moments de flottement où on ne sait plus très bien de quel côté on se place...
L'écriture est précise, la mise en scène fluide, le timing perfect avec quelques running gags (dont la présence de Nathalie Boutefeu, égérie du cinéaste (elle a joué dans tous ss films précédents) en dame aux petits chiens.) et autres clins d'oeil. Une merveille de tendresse, où les comédiens -comme un vin qu'on laisse décanter pour en exalter le bouquet- se laissent aller, donnent le meilleur, se bonifient, se magnifient. On aimerait vraiment habiter près de chez eux, croquer des carottes avec Emmanuelle Devos, ou des bananes avec Marc Citti, boire des bières avec Sylvain Dieuaide ou Florence Loiret-Caille, promener le chien avec Eric Caravaca, ou relire (pour la quatrième fois!) L'Education sentimentale avec Gérard Darroussin...
C'est vraiment bien bien.




