dimanche 27 mai
ti amo...
LES CHANSONS D'AMOUR
de Christophe Honoré
Halte! Ne bougez plus! Reculez, s'il vous plaît, oui oui circulez, ceci est MON film, mon film à moi, rien qu'à moi... Dire que j'ai hésité l'autre soir, entre APRES LUI et LES CHANSONS D'AMOUR (sot que j'étais, mais je ne savais pas, alors...) Les films de Christophe Honoré sont pour moi comme un ascenseur : il y a Louis Garrel presqu'à chaque étage, et, à chaque fois on monte un peu plus haut que la fois précédente. Là, en ce qui me concerne, j'ai le sentiment que le sommet est atteint. Oui oui je sais c'est vachement prétentieux et tout et tout mais c'est vraiment comme si il avait réalisé ce film-là rien que pour moi.
Je partais quand même avec un sentiment mitigé (une certaine méfiance vis à vis des films chantés, mais contrebalancée quelques mots encourageants de Malou - genre ça devrait te plaire, mais on en reparlera... -) d'autant plus que nous n'étions que trois dans la salle à la séance de 16 heures (grmblll ville de bourrins mais non mais non c'est peut-être l'orage qui les a dissuadés), mais dès le tout début vraiment j'étais plouf! dedans, et si bien dedans qu'il m'a été un peu difficile à la fin de le quitter (et surtout avec les yeux secs! si j'avais été une fille, j'aurais eu les joues toutes barbouillées de rimmel... ah bon ? maintenant c'est waterproof ?)
Un générique nocturne et tout en noms communs (pfff il faut qu'il fasse son malin cet Honoré, c'est plus fort que lui, hein ?) et hop c'est parti. Première surprise : tiens mais ils parlent! Je pensais qu'il n'aurait pas fait les choses à demy, et que ça chanterait tout le temps... Mais non, au début, ils parlent, comme vous et moi. Et quand les chansons arrivent, c'est tout naturellement, sans hiatus. Et je dois dire que j'ai été bluffé par la qualité desdites chansons, et ce dès la première (j'ai commandé la BO aussitôt dès qu'en sortant, vive le ouaibe!) C'est pop ? rock? Plutôt ligne claire, en tout cas, ça sonne très juste, naturel. Je le redis (faudrait-il que je vous le chante ?) je n'avais encore jamais entendu de chansons aussi bien intégrées dans un film...
Et de quoi que ça cause, à part ça ? Et bien ça parle des relations entre les gens d'une façon générale et d'amour en particulier. D'amour boum quand votre coeur fait boum et de sexualité il faut bien que le corps exulte aussi. Mais d'une (bi)sexualité comment dirais-je... adolescente, angélique et... rêveuse (?) J'emploie à dessein le mot adolescent, non pour le côté acnéique et mal dans sa peau, mais plutôt pour son approche ludique, funambule, désinvolte... Décomplexée. Insoutenable légèreté et tout ça... Pourquoi rêveuse ? Euh juste parce que je trouvais que "angélique et rêveuse" ça sonnait bien...
Un ménage à trois, une famille, des collègues de travail, un voisin de concert, un couple hétéro, un couple homo... tout ça, ce sont juste des manières différentes d'être ensemble. Des regroupement affectifs. Pour ne pas vivre seul... Sans qu'il soit fait vraiment de hiérarchie morale sur ce qui est bien ou ce qui est mieux. Juste un besoin vital, quoi. Au début, Ismael (Louis Garrel, ce gars-là est énervant tellement il est bien) partage son lit (et sa vie) avec Julie (Ludivine Sagnier) et Alice (Clotilde Hesme). Et c'est assez joyeux, (et joyeusement filmé aussi) d'ailleurs. Première partie : on s'ébat.
Puis quelqu'un va mourir (tiens, encore un film où il est question de cimetière) et la donne affective est donc modifiée, l'équilibre (précaire) chamboulé. Séisme dans le couple, dans la famille, flottements... Deuxième partie : on se débat.
Le temps, justement, de réussir à faire son deuil, de se reconstituer, d'accepter de (re)prendre position (et figure humaine), et d'être capable d'aimer à nouveau, grâce à (oui c'est bien le mot) un genre de séraphin breton. Troisième partie : on combat ?
Ca a l'air théorique et chiant, dit comme ça, mais ça ne l'est pas du tout du tout. La pose dramatique est éludée (on y pleure très peu, finalement), le pathos n'est jamais lourdement surligné, bref sans cesse le film chantonne sussurre fredonne (même quand les acteurs ne font que parler), avec peut-être ce genre de légèreté apparente, d'insouciance, qu'affectent les équilibristes. Qui sifflotent, mine de rien. Et se produit ainsi pour le spectateur une osmose empathique, une contamination positive. On m'a parlé de drame musical, de solitude glacée, désolé quand à moi je n'ai vu / entendu qu'une mélodie complice, un gazouillis (oui, parce que gay comme un pinson ?) une ritournelle de galopin dont le dernier couplet se terminerait par les histoires d'amour finissent mal en général mais ici pas vraiment. Et toc!
Oui, je le redis, cette chanson de gestes (et de mémoire aussi) fait un bien fou, peut-être parce que, comme dans les "vraies" chansons d'amour, on s'y retrouve on s'y reconnaît, on y entend des mots faciles des mots fragiles qui font écho, et surtout parce qu'elle est sans cesse tirée vers le positif, du côté de la lumière (alors que c'est un film plutôt nocturne), du côté de l'espoir. Oui, Ismael a beau zébulonner, faire le clown, le marionnettiste, sauver la face, il n'en est pas moins malheureux perdu pendant un certain temps. Parce que ça n'est jamais forcément facile de se donner les moyens d'être heureux. Je n'ai parlé jusqu'ici que de Louis Garrel mais ne vous y méprenez pas, tous les autres autour sont au diapason, à l'unisson (pour rester dans les métaphores choralesques) et tous chantent avec leur vraie voix et on a vraiment envie d'applaudir toutes ces belles âmes qui papillonnent de concert. Ludivine Sagnier, hyper parapluies de cherbouresque, Chiara Mastroianni retrouvée avec un immense plaisir, impériale, et le tit mimi Grégoire Leprince-Ringuet (le séraphin que j'évoquais plus haut), celui par qui l'amour (qui est un enfant de bohème) arrive (sur la pointe des pieds, la première fois on ne verra de lui que ses mollets velus) et qui va en faire fondre plus d'un(e).
Car ça faisait longtemps que je n'avais pas vu ainsi représentée une relation entre deux mecs (donc homosexuelle) vécue aussi simplement, égalitairement, tendrement. Normalement devrais-je dire (devrait-on TOUJOURS dire). Et ce final de comédie musicale avec son duo d'amour sur le balcon me terrasse (!) complètement. "Il va falloir dire je t'aime..." . Et ce qui n'était qu'une scène banale (quoi de plus normal que deux mecs qui se chantent qu'ils s'aiment sur un rebord de fenêtre ?) se transfigure, grâce à un travelling arrière et le rond de lumière d'un coup de projo hollywoodien, en sublime moment de cinéma. Je vous jure, j'ai failli rester assis pour assister à la séance suivante. Je sais bien pourquoi Malou m'a dit que ça devrait me plaire...
Commentaires
.... et lesdites chansons sont écrites par un bisoutin : Alex Baupain (j'ai bien connu sa maman !).
Et tu t'étonnes après ça que l'on ose pas trop te laisser de commentaires... Tu as tout dit et comment !
Les Chansons d'amour
Ce film est critiquable (côté bobo-branchouille, entre autres), mais bon, il déborde de sensualité.
Le summum pour moi est la scène où Erwann prête son pull à Ismaël qui vient de dormir chez lui et dont il est déjà raide dingue.
Donc, au-delà des critiques de forme, la midinette qui sommeille en moi mais qui ne dort que d'un oeil a adoré, ira le revoir, achètera le DVD et se repassera en boucle la scène du garçon en chandail.
Bises,
Bruno.
Quand -comme moi- on est vieux et qu'on habite en province, on a du mal à comprendre que tel arrondissement de paris soir plus bobo ou plus branchouille qu'un autre... Mais c'est juste parce qu'on est vieux et qu'on habite en province..Pour la scène du pull, tout à fait d'accord!
Et je me REVENDIQUE en tant que midinet!
Bon. Ca me parle grave, tout ça. Je vais le voir.
ah qu'est-ce-que c'est beau... j'ai passé la fin du film à me retenir de pleurer comme une madeleine, menton qui tremble et larmes qui glissent toutes seules le long des joues...
la dernière réplique restera sans doute parmi els plus célèbres du cinéma (en tous les cas, pour moi, c'est sûr) : "Aime-moi moins, mais aime-moi longtemps"....
un film qui donne envie d'aimer
j'y retourne vendredi...
bravo pour cette "étude" au plus juste de ce film bluffant!! tu traduis très bien tout ce qui passe dans ce film de légèreté et de vie ensemble comme on veut, comme on peut.
J'ai adoré ce film que j'irai revoir cette semaine .
Amicalement
Bonjour
Je viens de faire ta connaissance et la connaissance de ton blog grâce à www.lestoilesroses.com/ auquel je collabore vraiment bravo pour ta critique des "chansons d'amour, maintenant je vais me promener sur ton blog.
...Encore
Je viens de le revoir et je choisis ma scène : la première nuit entre le séraphin breton et Ismaël. Sa précision la rend encore plus poétique et tragique. Rien à voir avec le secret ou la culpabilité d'une certaine montagne, que j'ai bien aimé par ailleurs.
Chez Honoré les scènes entre les garçons sont si sensuelles qu'une question s'impose (c'est niais mais j'assume) : comment devenir "pédé" quand on est une femme ?
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