lieux communs (et autres fadaises)

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mercredi 22 août

voisin voisine

CE QUE JE SAIS DE LOLA
de Javier Rebollo

Vu il y a quelques temps (déjà! soupir...) A Paris. Titillé par la combinaison de salles (le s est excédentaire, puisque le film n'est sorti que dans une seule et unique salle, le St André des Arts) et le début de la critique de Libé ("le film que personne n'ira voir cette semaine...")
Découvert, dès le générique, qu'y tenait le rôle principal un nommé Michaël Abiteboul (peut-il vraiment devenir célèbre avec un nom pareil ?), déjà repéré à plusieurs reprises dans des courts-métrages ou des seconds rôles (voire les deux à la fois), parce que ce mec a (dans sa tête et dans son corps) quelque chose qui me touche (pour tout dire il ressemble à quelqu'un que j'aime bien)
Le film est étrange (je dirais même étrangement étrange) : un nommé Léon vit avec sa mère infirme, dont il s'occupe avec dévouement. Il n'a pour se distraire que l'indiscrétion (il lit le courrier de ses voisins) et le voyeurisme. Il tient aussi un journal, au stylo-bille et dans un cahier d'écolier, où il raconte méticuleusement chacune de ses.journées (des fois il dit la vérité, des fois il ment un peu). Le monde est étrangement vide, quasiment off. Puis sa mère meurt, tandis qu'une jolie voisine vient s'installer sur le même palier. Lola (car c'est elle bien sûr) va devenir l'objet exclusif du voyeurisme de Léon, qui va la suivre désormais heure après heure, jour après jour... L'unique objet de son affection. Une drôle d'histoire d'amour, furtive et muette.
Léon ne vit quasiment qu'à travers sa contemplation attentive et fervente, il n'existe que par sa fonction de voyeur (c'est d'ailleurs l'invraisemblance première du film qu'il faut accepter : si un rouquin mastoc silencieux passait ses journées à vous observer à tout bout de champ, vous ne vous douteriez vraiment de rien, vous ?), sa vie par procuration, c'est juste ce que vit Lola. Et le spectateur-voyeur,  par la force des choses, prolonge la mise en abyme, en observant Léon en train d'observer Lola...
Mimétisme affectif : Lola boit, il boit, Lola vend des casseroles, il lui achète une batterie de cuisine, Lola a besoin de fric, il lui en fait trouver, Lola veut voir la mer, il va voir la mer, Lola va en Espagne, il va en Espagne, ainsi de suite... (le film étant une coprod, et le réalisateur español, on aurait pu penser qu'il se passerait là-bas, mais, pas du tout, le voyage en question n'occupant qu'une partie du film (et pas forcément la plus réussie.)
Il y a le même décalage entre l'aspect massif de l'acteur et sa voix neutre, calme,  (quasiment une voix d'enfant sage, de gentil fiston) qu'entre la folie froide du film et le traitement trop sage qui lui a été appliqué.  Mais bon, tel quel, ce drôle (?) de film, avec ses plaies et ses bosses, ses manques et ses redondances, ses invraisemblances et ses maladresses, suscite la curiosité, l'intérêt, face à la singularité de l'entreprise... Le monsieur assis derrière moi (qu'à un moment de la séance j'ai d'ailleurs entendu ronfler fort... voluptueusement) n'a-t-il pas déclaré, à la fin, à son voisin "Hay cosas interesantes..."
Intemporel (un film avec des francs et sans portable... hmmm quel bonheur!) mais pourtant pas situé dans le passé (un film donc qui serait situé dans un présent différent ?) Graphique (le film est semble-t-il plus à l'aise dans la plupart de ses respirations, ses plans fixes, que dans pas mal de ses phases narratives, parfois bancales, ou pataudes, ou artificielles.) Drôlement fichu mais surprenant. Et puis c'est quand même un plaisir certain d'assister à une séance en se disant que personne d'autre dans le monde au même moment ne peut faire ça...

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Posté par chori à 10:43 - pluricul/multimed - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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