samedi 08 septembre
en plein dedans
Je ne comprends pas trop ce qui se passe, ce qui m'arrive... Ok, la rentrée, la fin des vacs, tout ça, c'est pas trop la joie a priori, mais à ce point là, ça devient carrément inquiétant. Je ne comprends pas dans quel(s) état(s) je me mets, par lesquels je passe, et surtout de façon si rapide, et plutôt irraisonnée, c'est bien ça qui m'inquiète.
Il y a des moments où je me sens plutôt normal, comme d'hab', quoi, de bonne humeur, guilleret, léger, voire désinvolte, et soudain plouf sans savoir précisément pourquoi, ni quel interrupteur de malheur a bien pu s'enclencher, être actionné sûrement par erreur, par accident, par inadvertance, mais me voilà au fin fond du marasme, de l'impuissance du désespoir... C'est très désagréable, et ça me fait suer d'imposer ça à ceux que je fréquente (mes collègues surtout, dont je sens bien qu'elles se rendent compte de ce qui m'arrive, mais qui n'y peuvent rien, juste me réconforteront de leur sourire, de leurs attentions, et de leurs petites phrases douces...)
J'ai peur de ne plus pouvoir y arriver, d'une manière générale, de ne pas pouvoir être à la hauteur, de ne plus avoir assez de ressources pour tenir le coup. Enfants en détresse, parents en détresse, familles en détresse, c'est comme si d'un coup tout ça me devenait au sens strict insupportable. Et me renvoyait peut-être aussi, par la bande, et en mineur, à la mienne propre, de détresse.
J'ai peut-être commis l'erreur de m'en aller pendant deux années scolaires consécutives, de sortir du système, d'aller voir ailleurs, de couper net (enfin, dieu sait si j'ai eu du mal la première fois à couper les ponts!) avec ce qui faisait jusque là mon quotidien laborieux depuis (déjà?) trente ans. Tant que tu es dedans, vraiment, tu ne te poses pas de questions, tu n'as ni le temps ni le loisir (ni l'envie) de vraiment t'y remettre (en questions). T'es sur le terrain, jusqu'au coup, tu marnes, tu assures, tu gères... Mais dès que tu as l'occasion de sortir la tête de l'eau, de prendre un peu de distance, tu changes de monde, de rapports, de préoccupations, et c'est là (ensuite) que les choses deviennent difficiles.
Je n'arrive pas à m'y remettre complètement. Je bricole, je tâtonne, j'approxime, je m'affole, je me débats (bien plus souvent que des hauts d'ailleurs). Je me regarde faire, je ne suis pas dedans. Les bouffées de panique et de découragement alternant avec les phases de doute d'autodépréciation ou même de colère n'arrangent rien... Oui, c'est la première fois que ça m'arrive et ça m'inquiète un peu parce que je ne comprends ni le pourquoi ni le comment... C'est grave docteur ?



