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vendredi 23 novembre

manifestations

DE L'AUTRE CÔTE
de Fatih Akin

C'est très beau, c'est très fort, c'est très bien fait (et c'est énervant de penser que le réalisateur a à peine trente et quelques années, tant de talent, c'est indécent, c'est agaçant, et en plus il est craquant... tiens me lancerais-je dans la critique blonde ?)
Venant après le très destroy Head-On et le joyeusement bordélique Crossing the bridge, De l'autre côté pourrait, à première vue, ressembler à une respiration apaisée. On pourrait même parler de film de la maturité, s'il n'en avait pas déjà fait preuve, notre Fatihchounet, dans ses opi précédents, de maturité grave.Il est, encore une fois, question de racines, (et de déracinement), d'affection (et de désaffection), de familles (et de défamillement ?),  avec toujours ce très grand écart, géographique, affectif, social, douloureux entre la Turquie et l'Allemagne.
Le film est divisé en trois parties, la première, grosso modo,  met en jeu un père, sa maîtresse et le fils de celui-là, la seconde, tourne autour d'une mère, sa fille, et la maîtresse de celle-ci (qui est la fille de la maîtresse du père du premier segment, mais aucun des personnages ne le saura), ces deux parties "annonçant la couleur" par leur titre ("la mort de Yeter", "la mort de Lotte"), tandis que la dernière partie se décentre sur un autre triangle : la mère, du fils et de la fille, avec à la toute fin (assis,face à la mer, très Barton Finkesquement) l'amorce peut-être d'un nouveau lien (ou plutôt d'un lien renoué, retrouvé). Certains (clic clic Hervé) n'ont pas aimé les coïncidences, moi, ça ne me gène pas, bien au contraire!
Comme je l'ai dit plus haut, c'est très fort, mais en même temps très finement fait. Les personnages, comme tout un chacun, sont doubles (ou tout du moins duels) : Le papa turc est parfois un sacré rigolo et d'autres fois un vrai sale con, (très jolie scène avec son fils, où, mangeant une glace, il lui demande tout à trac "Et en ce moment, tu baises qui ?" sur le ton de la conversation la plus badine), la maman allemande (Hanna Schygulla, retrouvée, après toutes ces années, merveilleuse) est parfois une vieille réac rigide et d'autres fois  profondément humaine...
Ces êtres sont incomplets, en recherche, double ou moitié, bref ce qui manque ce qu'on cherche ce qu'on a perdu... Et leurs trajectoires sinuent, zigzaguent, parfois se brisent ou simplement s'infléchissent, dévient. La vieillesse, la solitude, l'engagement, la sagesse, le savoir, l'amour... Tous ces liens qui nous lient ou délient, qu'il faut parfois avoir le courage de rompre, ou au contraire de renouer... Etre capable d'affirmer un choix, une révolte (d'ailleurs les deux premières parties débutent chacune par une manif'... C'est dans l'air du temps, hein ?)
On sort de là les yeux pas trop secs, le coeur un peu chamboulé, la tête... apaisée ? Merci, Fatih! (j'aimerais de tout coeur être capable de dire merci en turc...)

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Posté par chori à 17:17 - pluricul/multimed - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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