samedi 24 novembre
instruments de fortune
LA FRANCE
de Serge Bozon
Très, très étrange.
Un fantôme de régiment (un régiment de fantômes) à la dérive, venu d'on ne sait pas trop où (et allant on ne sait pas trop où non plus) est rejoint par une demoiselle (Sylvie Testud, parfaite comme d'hab') habillée en garçon qui veut aller retrouver son mari, quelque part au front (on est en 1917, dans le nord de la France). Dans quel état ils errent, je ne vous le fais pas dire. Elles les colle, ils bougonnent, mais finissent par l'accepter, de plus ou moins bon gré.
Paysages mouillés, branches qui craquent, glaise, bivouacs, sentinelles, feux de camp et baies des bois (pour grignoter). Bandes molletières et capotes. Lumière froide et quasi-hivernale, notre petite troupe vague et divague. Piétine, s'arrête, se cache parfois. Et parfois aussi se met à chanter. (La première fois surprend vraiment.) Les voix sont des vraies voix de vrais gens, pas forcément justes, mais en celà touchantes, et les instruments au diapason (connaissez-vous le choucroutophone ?), pour nous dire à quatre reprises et variantes l'histoire (si j'ai bien compris) d'une jeune fille aveugle qui attendrait son amoureux, chansons qui se terminent par un répétitif "Est-ce qu'il viendrait vers moi", ad libitum. Chanson de gestes peut-être, mais quasiment immobile. Surplace.
La course du lièvre à travers les champs. Queqlue chose de furtif, de peureux, d'imprévisible. On avance en zigzags, apparemment au hasard, on s'arrête pour la nuit, on construit un radeau, on affronte une sentinelle. On (se) raconte des histoires, on tourne autour du pot...
Les cadrages sont léchés, les acteurs-soldats sont nickel (un bravo spécial à François Négret, plus guère revu depuis De bruit et de fureur), bref on suit cahin-caha cette odyssée ban(c)ale à volonté d'épure (un genre de minimimalisme sec, de lyrisme riquiqui) où le manque de (la simplicité des) moyens, revendiqué et assumé, serait comme un petit étendard narquois et dérisoire, claquant un peu, moitié gelé, au vent mauvais.
On a le droit de trouver ça un peu longuet (surtout à la fin), n'empêche que voilà un bel objet de cinéma sacrément intriguant.




