XXY
de Lucia Puenzo

Décidément, j'aime énormément le cinéma argentin. Que ce soit du polar ironique (Les neuf reines) du hold-up métaphysique (El Aura), de la chronique acide (La niña santa), du drame sublime (La Leon) ou de la comédie un peu cracra (El Camino de San Diego) je marche quasiment à tous les coups...
Et là,  encore une fois, la balle rebondit dans un coin où on ne l'attendait pas : Alex, l'héroïne, est hermaphrodite. C'est tout, c'est dit (de toute façon, vous l'apprendrez assez vite dans le film). Elle est adolescente, à cet âge où les cinéastes nous font souvent le coup de la chrysalide et de mal dans ses baskets. Et elle a donc au moins deux fois plus de raisons que les autres de flipper. Vivant recluse dans une ville portuaire avec ses parents qui la protègent de leur mieux, en proie à la curiosité malsaine des autres, elle va rencontrer Alvaro, un ado aussi, fils d'un couple venu rendre visite à ses parents (pour des raisons médicales qu'on comprendra assez vite.)
L'essentiel du film est la relation qui va naître entre les deux adolescents (et qui se concrétisera par une des scènes de "première fois" la plus surprenante que je connaisse.) Alex est en train de se masculiniser, refuse de continuer son traitement, elle est désormais à l'âge où ses parents souhaiteraient qu'elle choisisse, qu'elle se détermine. Alvaro, lui aussi mal dans sa peau, notamment dans sa relation malaisée avec son père, va, d'une certaine façon, grâce à Alex, se déterminer, lui aussi.
Mais c'est aussi l'occasion d'une comparaison, d'une mise en parallèle, plutôt, entre leurs pères respectifs, l'un qui s'occupe de tortues échouées, les soigne et les bichonne, et l'autre, chirurgien esthétique, qui manie le bistouri plutôt que les sentiments. Un qui se préoccupe de son enfant et l'autre qui se méprend sur le sien...
Le film est à l'image de son image : un peu granuleux, rugueux, sans recherche de joliesse, imparfait, et n'en finit pas  d'hésiter, d'aller et venir entre les étendues maritimes et la proximité des corps et des visages. Entre les fuites et les retours, entre colères et  réconciliations. Violence et quiétude. Quelques maladresses (ou lourdeurs)  viennent parfois alourdir le récit, mais la justesse des acteurs, notamment, ainsi que le parti-pris de simplicité contrebalancent ces faiblesses passagères. Lucia Puenzo nous dit ce qu'elle a à dire, sans gueuler, sans surligner. Sans hystérie et sans pathos, le film tient la route, jusqu'au bout (on a d'ailleurs ces plans symétriques automobiles d'arrivée et de départ) .
La demoiselle, yeux graves dans un beau visage triste, est époustouflante dans un rôle délicat, et s'en sort sans jamais en faire trop (comme le film, d'ailleurs, d'une pudeur extrême), réussissant à nous faire percevoir son malaise et son obsession sans -et heureusement- jamais rien nous montrer du corps du délit. Beaucoup d'eau dans ce film, la mer, la pluie, les larmes.
Est-on toujours vraiment obligé de choisir ?

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