mardi 08 janvier
Blanc-Robert et les sept Bob
I'M NOT THERE
de Todd Haynes
Je l'avoue je l'avoue, je ne connaissais rien ou presque de Monsieur Dylan (Blowin' the wind et le clip aussi où il laisse tomber des cartons avec le texte de... de quelle chanson au fait ? Times are changing ?) c'est dire en quelle totale ignorance crasse je me trouvais... J'avais donc envie de voir le film, de toute façon (ne nous en avait-on pas suffisamment rebattu les oreilles ?) et, en sortant, les conversations glanées parmi la quarantaine de spectateurs présents m'ont paru confirmer les échos que j'avais eus auparavant de mes amis Hervé et Dominique (l'un disant "j'aime pas", et l'autre bof bof...) à savoir que le film semblait en avoir décontenancé (déçu ?) plus d'un(e).
Moi j'étais partagé. D'un côté j'avais plutô beaucoup aimé (la manière ?) et de l'autre peut-être pas trop (le récit ?) Voilà, c'est peut-être là le hiatus : mettre une forme savamment secouée et déconstruite et échevelée au service d'un portrait trop confus pour être intéressant. Avec un peu d'imagination (bon, surtout au début) c'eut pu être la bio de Georgette Plana, ou Joselito, ou... peu importe, on s'en fout un peu. Biographiquement, je veux dire. Ok, Monsieur Dylan a une personnalité à multiples facettes, et c'est une excellente idée par conséquent que de faire interpréter son rôle par six (sept ?) personnages (très) différents (mais un autre Todd (Solondz) n'a-t-il pas fait la même chose l'année dernière (Palindromes) sans que pas grand monde ne s'en émeuve ?)
Le fractionnement du personnage en sous-personnages (le rebelle, le prêcheur, le poète, l'icone, la rockstar, le cow-boy, en oublie-je ?) finit par atomiser complètement le récit, l'abstractifier, à le réduire hélas finalement à un luxueux album sur pages très glacées qu'on feuillette de plus en plus distraitement (car comme dans les jolis magazines, on finit par ne plus regarder que les images, belles images certes, mais juste images) tandis que le récit se délite ou se répète ou s'émiette ou s'enlise.
J'aime bien cette idée de tout télescoper, de mêler les différentes époques, le noir et blanc (très contrasté, grenu, arty) avec la couleur (toute une ribambelle de filtres fifty, sixty, seventy...), les témoignages avec les péripéties, la petite histoire avec la grande (Kennedy, le Vietnam...), mais à la longue (c'est le cas de le dire...) tout ça devient un peu fastidieux. Le signal ? Quand mon "radar à fausses fins" se met en activité : "tiens, là, ça serait bien que ça s'arrête... raté... et là ça pourrait aussi... Caramba encore raté..." La partie "cow-boy" par exemple étant, à mon sens, la plus sacrifiée du récit (parce que la face la plus externe du personnage ?) elle clôt pourtant le film symétriquement à son ouverture (même lumière, même train, même guitare, même idéal ?) mais a un peu de mal à s'amalgamer au reste.
La distribution (dont la pub a fait l'argument de vente massue du film) est, reconnaissons-le, joliment à la hauteur : j'y allais pas mal par curiosité pour Cate Blanchett (qui justifie tous les délires enamourés de critiques qu'elle a suscités), mais j'ai retrouvé aussi avec attendrissement Heath Ledger (ah, Brokeback...), avec plaisir Richard Gere en contre-emploi anti-glamour, j'ai découvert et apprécié l'enfant (Marcus Carl Franklin) et le poète (Ben Whishaw) et n'ai carrément pas reconnu Christian Bale. Le montage de chaque séquence est plus que malin, où vous suivez en général un "dylan" principal, saucissonné assez équitablement avec un deuxième, avec en prime quelques flashes quasi-subliminaux d'un troisième...
Est-ce mon côté "contre tout ce qui est pour, et pour tout ce qui est contre" (oui, je suis un snob provincial) toujours est-il que j'ai pourtant envie de le défendre, ce grand machin de film. Difficile à expliquer et pourtant c'est comme ça. Peut-être que la somme de ce qui est pour excède le total de toutes les raisons contre (ou le contraire, si je reste fidèle à ma définition donnée plus haut).
Pour toutes les scènes avec le gamin (en particulier le boeuf avec les deux papis et la visite à Woody Guthrie) pour Cate Blanchett, pour les visages qui se succèdent rapidos en faisant tactactac, pour un Allen Ginsberg plus vrai que nature, pour quelques scènes live, et pour le "vrai" qu'on voit (juste la bouche et l'harmonica), in extremis...






