lieux communs (et autres fadaises)

dites ces mots "ma vie" et retenez vos larmes...

vendredi 11 janvier

ceinture

INTO THE WILD
de Sean Penn

"On ne saurait nier que l'errance nous a toujours exaltés..."
J'ai recopié cette phrase à l'aveugle, au jugé, pendant le film, parce que je savais qu'il fallait qu'elle figure là, en exergue, parce que vraiment ça me parlait, que ça me ramenait (aïe) plus de trente ans en arrière. J'avais vu la bande-annonce quelques fois, et je savais que j'irais le voir, parce que ça me semblait très retour aux vraies valeurs, Mère Nature, société pourrie je te fuis, paysages jolis, (au moins autant que le très joli jeune homme qui semblait en être le héros), et puis Sean Penn, tout de même, que je respecte en tant que cinéaste parce qu'il m'a déjà fourni quelques belles émotions (ne serait-ce que le final de The Crossing Guard...)
Sean Penn, bon, je ne le connais pas plus que ça, mais je le rangerais dans les intègres (et donc idéalistes ?). Je suis donc allé voir ce film à la première séance, sans donc rien en savoir plus que ce que j'en imaginais, et c'est très bien comme ça. Ce n'est pas vraiment exactement tout à fait ce à quoi je m'attendais, et c'est tant mieux.
Un jeunot, pourtant "promis à un brillant avenir",  plaque tout après son inscription à Harvard,  refuse la nouvelle bagnole que son père veut lui acheter, file toutes ses économies à des oeuvres caritatives, brûle ses derniers biffetons et disparaît dans la nature, le pouce levé, direction son rêve secret, l'Alaska. Le film commence justement alors qu'il vient d'y arriver, et s'installe (en plein hiver alaskan) dans un bus abandonné (le "magic bus"), à des miles de toute présence humaine, pour y vivre de chasse et de cueillette (et de méditation aussi sûrement). On se dit, mais si le rêve est déjà réalisé, comment va-t-il donc (le réalisateur) pouvoir tenir ainsi plus de deux heures et demie ? des jolies images de calendrier ? Que nenni. On a donc, bien sûr, le récit de tout ce qui a précédé cette découverte du "magic bus", sous forme de flashes-back morcelés dans l'espace et le temps, sous-tendus par deux voix off, celle du (jeune) héros et celle de sa soeurette. Mais on a aussi (et c'est là que je ne m'y attendais pas vraiment) ce qui se passe après. Et là, chapeau.
Cette mythologie adolescente  de l'errance, de Sur la route, de On the road again, de Kings of the road, je l'ai partagée (il y a longtemps, je le disais en ouverture) avec quelques amis, et j'avoue que des mots Cap Nord, Alaska, Banff, Yukon, me font encore passer sur l'échine un petit frisson rêveur... Car c'est bien de rêve dont il s'est agi. Dans des limbes quelques par entre deux Jack (Kerouac et London.) Puisque le Cap Nord, je n'ai fait que m'en approcher (InterRail) et Banff je n'ai fait qu'y breakfaster, en Subaru convoyée. Comme révolte, il y a mieux, vous en conviendrez.
C'est pourquoi j'étais curieux d'en savoir plus. Sur le motivations de ce garçon, sur son modus operandi,  ses attentes,  ses espoirs, ses (dés)illusions. Et le film nous parle de tout ça. en prenant son temps (et son espace aussi.) C'est... ample ? Somptueux, majestueux, imposant, bluffant... Les images sont sublimes, et c'est rien de le dire.
Ce n'est pas qu'un film de grands espaces (et de grandes espérances) c'est aussi un film  de rencontres (le trafiquant de décodeurs, le couple de hippies, les danois, le papi...) de gens avec qui on marche ensemble un moment, une radiographie plutôt amicale et chaleureuse (idéaliste ?) de la marge, mais, plus généralement, des rapports humains. L'alternance entre les scènes de rencontres (d'échange, de chaleur, de rapports humains) et de solitude (je suis tout seul / je flippe / j'ai faim) procurant la succession de chocs thermiques nécessaires propres à dégeler la plus endurcie des insensibilités.
Car, le petit jeûnot, il va jusqu'au bout (de son rêve) et même un peu plus loin, jusqu'au bout du bout. En plus, je ne savais pas que c'était "d'après une histoire vraie" , et l'ultime image m'a encore plus cloué à mon siège. (Je précise que ça faisait déjà un certain temps et un certain nombre de fois que je m'épanchais.) Regretter alors juste un peu que Christopher (et donc Sean Penn) se sente obligé de convier Dieu et tout un attirail mystico-clinquant dans cette ultime partie. (Trop de lumière ! un peu plus de pénombre eut été bienvenu(e) je pense.)
Je suis sorti un peu hagard, reniflant, et plof! suis tombé en plein milieu de l'enterrement d'une célébrité politique régionale, avec flics à l'entrée des rues, cloches qui sonnent diling diling foule massée, et retransmission télévisée sur grand écran et place publique (pour cause d'église pleine à ras b'). Comme retour sur terre, on ne pouvait pas faire mieux, non ?

18869162_w434_h_q80

ps : merci à Allociné point freu : je sais (enfin) où diable j'ai déjà vu ce très joliet Emile Hirsch : Alpha Dog!

Posté par chori à 19:52 - pluricul/multimed - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

ah ça j'irai!
(comme quoi on peut avoir des rêves en commun :))

Posté par zvezdo, vendredi 11 janvier à 21:48

mais bien sûr qu'on a des rêves en commun, et les blogs servent un peu à ça, non ? à les partager...
Avant de te connaître, j'ignorais ce que pouvait être une "forme sonate"
:o)

Posté par chori, samedi 12 janvier à 15:38

ça m'a fait une très forte impression.... j'en ai rêvé toute la nuit !

Posté par zvezdo, lundi 21 janvier à 22:06

content que ça t'ait plu!!!

Posté par chori, lundi 21 janvier à 22:48

Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=64308&pid=7508304

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :