lieux communs (et autres fadaises)

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samedi 01 mars

us go home

CALIFORNIA DREAMIN'
de Christian Nemescu

Finalement, ça faisait quasiment pile trois semaines que je n'avais pas mis les pieds dans un cinéma (sauf dans le très bôôô cinéma de Jaipur -le plus beau du pays carrément d'après un autochtone- où nous vîmes une heure d'une big bouse indienne called "Sunday") et, après avoir fait l'impasse sur le Lust, caution d'Ang Lee (lundi soir, je n'eus point été en état!), c'est donc avec celui-ci que j'ai finalement décidé mon come-back ciné.
Bien m'en prit.
C'est plus fort que moi, j'ai un gros faible pour les cinéastes roumains (plus encore que pour certain serbe ex-barbu que je ne nommerai pas mais suivez mon regard unza unza...) et là encore ça n'a pas raté : deux heures trente de plaisir cinématographique, qui restera hélas unique (le réalisateur est mort  d'un accident en fin du montage... enfin, on n'est pas sûr que le montage en question ait été vraiment du coup complètement complètement fini...) Toujours est-il que, même sous cette forme (peut-être) non complètement aboutie, ça fonctionne, et joliment méchamment.
Roumanie 1 / Z'états-Zunis 0 pourrait être le score à l'issue de la rencontre. Et pan dans les dents. Un train américain qui traverse la Roumanie, transportant du matériel "high-tech et strictement confidentiel" est bloqué et mis sur une voie de garage dans un trouducudumonde par le chef de gare local, un peu crapule sur les bords, pour une sombre histoire de papiers de douane manquants. Comme résume le colonel "On est coincés sur un pli de la carte, quelque part au milieu de la Roumanie...", et la vie va donc s'organiser pendant les cinq jours que dure l'action du film (le films est dibisé en chapitres) , autour des relation entre les soldats américains et les autochtones.
J'aime ces roumains, rugueux, rustiques, bourrus, poilus, (découverts à l'origine chez Pintilié, le papy fondateur), et j'ai ainsi retrouvé par exemple avec grand plaisir l'acteur qui joue le maire, qui  jouait le prof d'histoire dans 12h08 à l'est de Bucarest. Surtout quand, comme ici,  ils n'aiment pas vraiment les ricains et le (nous) leur font comprendre. Hormis l'histoire du film, qui se situe en 1999, en sinue une autre, en noir et blanc, beaucoup plus ancienne, et qui, d'une certaine façon justifiera l'action. Oui, le chef de gare avait de bonnes raisons d'attendre les américains...
Il y a du monde partout, dans tous les sens : un chef de gare, donc (dont la fille rêve de s'enfuir ailleurs) en cheville avec le chef local de la police (United Crapules of Roumanie ? Mais bon je le trouve a priori sympathique, ce chefu...) un colonel  (général ? je n'ai pas la mémoire des grades) américain, plus amer que ricain d'ailleurs, qui s'exaspère de devoir rester coincé là inactif, et, entre les deux, un maire qui profite de l'occasion pour faire ami-ami avec ses amis américains (et accessoirement, régler ses histoires de clocher) mais il n'y a pas que la politique et l'armée dans la vie : c'est aussi plein de belle jeunesse, avec tous les émois qui lui siéent (???) : à ma droite, les marines frais émoulus de leur école, sains, muscles, dents blanches et cheveux en brosse (et petit pois dans la cervelle ? oui oui, quasi), tandis que de l'autre côté pouffent et minaudent les donzelles du cru, qui profiteraient bien de l'occasion pour se faire conter fleurette in english, et accessoirement rapporter aux States dans les bagages de leurs soupirants d'un ou deux soir(s)... mais il y a aussi un jeune roumain un peu coincé, amoureux d'une demoiselle qui d'ordinaire l'ignore, mais qui va se servir de ses donc en anglais pour l'utiliser comme interprète, dans une séance de drague en traduction simultanée de réjouissante mémoire... il y a aussi un sosie roumain d'Elvis, un autre de Dracula, des ouvriers qui font une grève spontanée, un attaché auprès du ministre... et tout ce monde s'agite dans tous les sens au coeur de ce bonheur de film, d'autant plus agréable que le réalisateur (qui fait preuve d'incontestables qualités filmiques) a préféré jouer la carte de l'humain et d'un certain réalisme plutôt que celle de la boursouflure folklorique : pas de troupeaux d'oies, personne ne s'envole, et des fanfares modérément brindezingues : c'est plus reposant et on l'en remercie donc.
California dreamin' réussit à nous fair e rire de choses par forcément drôles, sait aussi grincer quand il le faut, et même nous tirer la larme (sans sonnette) à l'improviste. C'est de l'humour (noir) typiquement roumain, entre désespoir poli, lucidité désabusée, pessimisme souriant...
Oui, décidément, c'était le film idéal pour reprendre pied sur le continent ciné après tant de jours d'absence!

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Posté par chori à 18:06 - pluricul/multimed - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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