lundi 21 avril
à bicyclette
LES TOILETTES DU PAPE
de Enrique Fernandez et Cesar Charlone
Les films sud-américains, c'est plus fort que moi : j'aime ça ! Et ce n'est pas celui là qui va me faire changer d'avis... Celui-là qui nous vient d'Uruguay, qui fut réalisé à deux têtes et à quatre mains, et qui nous narre les effets de la venue annoncée du pape à Melo, un village trou du cul du monde situé à la frontière Uruguay / Brésil dont les habitants subsistent (survivent) grâce à des petits trafics en vélo pour les commerçants locaux, rapport à la proximité de la frontière, contrebandiers du quotidien à la merci du "douanier volant", genre de petit commerçant local lui-aussi, et fieffé salopard qui les rackette selon son bon vouloir.
On s'attache ainsi à la roue de Beto, un rugueux mais jovial fièrement moustachu (plutôt craquant, d'ailleurs), dans ses allées et venues de part et d'autre de la frontière (les mecs, ils doivent se choper des super mollets d'enfer de la mort, vu les kilomètres qu'ils se tapent!) et dans sa vie de tous les jours, avec sa femme et sa fille (dont il aimerait bien faire aussi une future contrebandière, mais qui préfèrerait aller étudier le journalisme à Montevidéo, ce pour quoi la maman économise patiemment, peso après peso.)
L'annonce de la venue papesque (et des milliers de pèlerins associés) met les habitants de Melo en ébullition : voilà enfin une occasion rêvée de sortir un peu de la mouise, en vendant, qui des chorizos, qui des quiches, qui des hamburgers, qui des boissons... tous s'endettent grave et se mettent au boulot sérieux en prévision du grand jour.
Mais Beto a eu une meilleure idée encore : il va construire des toilettes, pour ces dizaines, ces centaines de milliers de gens, qui vont venir faire la queue pour s'y soulager. et sa fortune sera faite. Les parpaings, le ciment, la porte, la cuvette.... chaque élément successif est cause de dépenses supplémentaires (et donc d'allers/retours pour son petit commerce) et les choses ne vont pas aller en s'arrangeant (problème de genou, problème de cuite, problèmes avec la douane, problème de vélo...) Beto finira d'ailleurs à pied, la cuvette sur les épaules (et c'est à ma connaissance la première fois au cinéma qu'une cuvette de chiottes devient un élément de suspense aussi haletant, genre Beto va-t-il arriver à temps pour que les gens fassent caca ? vous le saurez au prochain épisode...)
Mais, faut pas rêver. Les pauvres sont faits pour rester pauvres. c'est fondamental. Le passage -express- du pape à Melo n'amènera finalement qu'assez peu de monde, qui n'achètera d'ailleurs rien à personne, et n'ira même pas faire caca dans les super toilettes de Beto. La papamobile repartira, et les montagnes de chorizos resteront...
Tant pis, on s'en fout, on aura passé un super moment en compagnie de Beto et des autres habitants du village (excepté les trois acteurs principaux, tous les autres sont des non-professionnels, recrutés sur place, ça en rajoute presque un peu trop dans le style défilé de trognes pittoresques, mais bon, faut assumer, on n'est pas à Beverley Hills, hein...). Une comédie joyeusement grinçante où, sous les dehors de la fable, se glissent des éléments de contestation contre l'exploitation, le pouvoir, la religion...
Comme disent les réalisateurs en ouverture :"Seul le hasard a empêché que les faits, par essence réels, se passent comme ils sont relatés ici."
(je trouve, hélas, que l'affiche est extrêmement laide)

(et je préfère l'originale...)
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