mercredi 23 avril
blind test
LA RONDE DE NUIT
de Peter Greenaway
Il faudrait avoir deux cerveaux (au moins) pour apprécier pleinement cet ultime opus de Peter G., un premier pour apprécier pleinement les images, les cadrages, la lumière, les compositions originales, savantes, baroques, bluffantes, et un second pour pouvoir ne se consacrer qu'aux dialogues, riches, denses, précieux, baroques, surchargés, chantournés, ciselés... Et peut-être un troisième, finalement, pour parvenir à synthétiser (à comprendre ?) bref à appréhender la complexité d'une intrigue foisonnante dont le sens semble se dérober constamment.
Bon, je ne le cacherai pas plus longtemps : j'adore ça. Mais j'ai l'esprit naïf, et je suis tout à fait capable de baver d'admiration en laissant ma mâchoire pendre, d'ouvrir tout grand les yeux et de déconnecter le neurone marqué "compréhension de l'histoire", juste pour prendre du plaisir. Plaisir sensuel, plaisir esthétique, plaisir intellectuel, je ne sais plus. Plaisir tout court, en tout cas.
Greenaway, je l'aime depuis longtemps (depuis toujours) et j'ai continué de l'aimer, contre vents et marées, même lorsque certains lancèrent la mode de "N'aimons plus Greenaway". J'ai vu tous les longs-métrages qu'il était possible de voir (même ceux qui ne sont pas sortis en France! merci Internet! Merci le ouaibe! Merci les españoles et les italiani qui ont continué de s'intéresser à lui...) Un seul, l'avant-dernier (sorti en salle chez nous), Huit femmes et demi fut considéré par votre serviteur comme une funeste fumisterie (je n'en ai d'ailleurs plus aucun souvenir, si ce n'est que je suis sorti de la salle dans un état de fulmination intense....)
Bref j'étais content de voir le nouveau Greenaway, qui plus est dans le bôôô cinéma, sur un écran de hmm kilomètres carrés, bref, ce qui s'appelle s'en prendre plein les mirettes. D'autant plus que, fidèle à son habitude (peut-être d'ailleurs est-ce une des raisons qui m'a fait lui rester si longtemps fidèle -smiley aux joues roses de honte-) le réalisateur n'hésite pas à nous montrer son héros (ici, Rembrandt, joué par Martin Freeman, qui m'est extrêmement sympathique pour des raisons qui me sont toutes personnelles...) la zigounette à l'air, et ce dès la -quasiment- première minute de film, puis y reviendra encore, plus tard, côté pile, côté face...(Rembrandt était semble-t-il un joyeux queutard, surtout préoccupé, comme aurait dit Audiard, d'amours ancillaires).
Il est donc question de la Ronde de nuit, sur la peinture duquel (le tableau, vous suivez ?) Greenaway brode, encore fidèle à son habitude, une sombre histoire de meurtre, de complot, de machination ("dans un jardin anglais" ? vous avez dit "dans un jardin anglais" ??) où je dois avouer que je n'ai pas tout compris, d'autant plus, que, comme je l'ai déjà dit, les dialogues sont aussi riches que foisonnants, et il faut souvent faire son choix entre l'image et le sous-titre, au détriment donc, de l'un ou de l'autre. Mais en restant, en même temps, plutôt assez fidèle à ce qu'on sait de la vraie vie du vraie Rembrandt. Alors, il suffit de se laisser aller, de rentrer dans la ronde, et d'ouvrir grand les yeux (et les oreilles aussi... tiens tiens, en plus il a réussi à trouver un musicien qui sonne quasiment plus Nyman que Nyman himself...)
C'est vrai que Greenaway est un cinéaste à part, dont le cinéma serait le résultat de l'équation, en quelque sorte, "théâtre + peinture =..." Certains critiques sourcilleux semblent hoqueter de dégoût et laisser choir leur mouchoir de dentelle sur leurs escarpins vernis à cette seule évocation. Tant pis pour eux, les benêts, ils ne savent pas ce qu'ils perdent...
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