lundi 23 juin
casquette rouge
ELDORADO
de Bouli Lanners
Celui-là, on peut dire que je l'attendais!
Une histoire d'hommes, un gros (plutôt format couvre-lit) et un maigrichon (plutôt taille housse de coussin), un pleurnicheur et un ronchon, bref deux a priori mal assortis et qui vont être amenés à faire quelques kilomètres ensemble, pour le meilleur et pour le pire, comme on dit, et pour le reste aussi. Le gros ronchon a chopé le maigrichon pleurnicheur caché sous son lit, après avoir essayé de le cambrioler. Et après quelques atermoiements et tournages autour du pot, les voilà partis ensemble, dans la vieille bagnole américaine du bourru mais gentil, histoire de (prétexte pour) ramener le malingre dans sa famille (et éventuellement le droit chemin.)
Il reste, après coup (je l'ai vu mercredi, le premier jour à la première séance, tellement j'avais envie), des images de ciel (beaucoup) et de route aussi, des paysages horizontaux et chromatiques, sur fond de bonne musique rock pêchue. Le réalisateur (qui joue aussi le role du bourru) a un indéniable sens de l'espace, du cadrage, des extérieurs. Un oeil de peintre (ce qu'il est, d'ailleurs). Il y a dans le film un regard original, une respiration, un appel d'air bienvenu, même si, finalement, on ne fait que traverser des friches urbaines désolées. Oui, la Belgique est ici transfigurée, comme elle devrait l'être plus souvent. Elle clinque, elle pimpe, et ça fait du bien.
Road-movie belge, (non non, ce n'est pas du tout ironique) donc, où l'on étire les kilomètres pour que ça dure plus longtemps, où l'on fait des rencontres, où on ne fait, justement, que passer, où on continue son petit bonhomme (enfin, plutôt ses petits bonhommes) de chemin, et on va jusqu'au bout, jusqu'à ce que. Arrivé là, le réalisateur a généralement le cul entre deux chaises, et le choix entre plusieurs séries d'alternatives : on est arrivés, youp la boum la vie est belle ou rhalala rien ne va ? on reste ensemble ou on se sépare ? et on est bien on reste ici ou on va voir plus loin, repartons ? J'aime plutôt bien, après coup, l'option qu'a choisie Bouli Lanners.
Cet homme, j'ai déjà dit à plusieurs reprises tout le bien que j'en pensais. Je le connaissais acteur, et j'aimais sa dégaîne de berger briard (à poil long et plutôt emmélé), ses grosses pattes, sa barbe et ses yeux vifs, apparus ça et là dans divers films borderline (j'aurais pu écrire bordelline, aussi!), aimés plutôt beaucoup à chaque fois, et j'ai découvert, à l'occasion de la sortie d'Eldorado, qu'il avait aussi déjà réalisé un premier long métrage, Ultranova (cet homme a décidément le sens des titres... ironiques) que j'ai donc acheté (illico et quasiment à prix d'or), et dans lequel j'ai eu l'immense plaisir de retrouver un acteur dont j'ai déjà parlé (mais que je semble être le seul à chérir), Michael Abiteboul (je sais bien qu'avec un nom pareil il a peu de chances de devenir famous), comme quoi le monde est petit mais cette digression longuette abrégeons donc.
Donc, deux mecs, une bagnole, et hop ça roule. Et là, ça roule excellemment. La situation (espace confiné et grands espaces tout autour) se prête au contraste. Les deux personnages aussi, que le réalisateur a d'ailleurs choisi de filmer en scope, histoire d'aérer encore le contexte. Je crois bien que, juste eux deux, comme ça, ça (m') aurait suffi, tant leurs échanges, minimalistes, absurdes ou décalés ou déglingués ou enfantins (cocher les cases correspondantes) me ravissent. Alors que je ne suis pas sûr que les "rencontres" ("Alain Delon", le collectionneur...) soient ce qu'il y a de plus intéressant dans le film. Le goût excessif du "pittoresque", de l'insolite, surtout quand il est humain, nuit un peu à la cohésion de l'ensemble, mais bon, elles sont peut-être nécessaires dans la structuration du récit. La scène chez les parents, par contre, est parfaite et indispensable.
Les critiques ont joyeusement évoqué, pêle-mêle, Kaurismaki, Old Joy, Gerry, j'y rajouterais Wenders, mais le Wenders que j'aime, celui du début, du noir et blanc, d'Au fil du temps...
J'aime énormément ce film, qui, mine de rien, avec humour et humanité, nous promène hors des sentiers battus, à travers le portrait/parcours de ces deux hommes. Où il serait question de la marge , ici et aujourd'hui. Apologie des cabossés, mais sans étalage ni exclamations. Et du mot "ensemble", celui de la paire, celui du couple, de la famille, comme but (et leurre) ultime. (je viens de voir Ultranova, le premier film de Lanners et il semblerait bien que la famille (que l'on quitte ou que l'on cherche) soit une problématique importante pour lui).
Il y a des moments très drôles (la scène de la pluie et du camping), d'autres plus graves, d'autres carrément surréalistes (encore une fois, pas forcément les plus réussis à mon goût). Le réalisateur sait faire alterner les micro-climats fictionnels, soleil nuages, on rit on grince on s'émeut, on pleure parfois presqu'un peu, en douce. Mais on aurait vraiment envie de rester dans cette vieille belle bagnole, de se balader avec ces deux zigotos (si Lanners est très très bien, son acolyte Fabrice Adde ne l'est pas moins. Comme pour Vincent Lecuyer dans Ultranova, Bouli Lanners a su dénicher un acteur à la présence singulière, à la singularité attachante.) Et si le voyage est (tourne) court, tout du moins il aura été beau. Très.
Commentaires
question très directe : est-ce un FAQV ?
on m'a dit qu'il avait nudité, mais pas plus de précision...
merci d'avance.
j'arrête pas de baver en y pensant... en pensant (fantasmant, oui j'avoue) à bouli...
oui, c'est un FAQV , mais on ne voit rien des acteurs principaux, il y a juste un personnage de nudiste, qui s'appelle Alain Delon...
dommage, mais merci de ta réponse !
:o)
Poster un commentaire
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=64308&pid=9622483
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :




