mercredi 05 novembre
autoroute
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d'Ursula Meier
La bande-annonce (qui est hélas peut-être un peu trop explicite) m'avait donné envie. Olivier Gourmet et Isabelle Huppert, voilà qui était plutôt alléchant. Le problème, avec Isabelle Huppert (et dieu sait si c'est une actrice que j'apprécie énormément), c'est qu'elle tourne rarement dans des comédies légères légères et désinvoltes et qu'on sait déjà que, même si le film débute sous ces auspices-là, "ça" ne va pas durer et la situation risque de rapidement se gâter. Ce qui ne manque pas d'arriver... Au départ ? Une famille gentiment loufoque, installée au milieu de nulle part (une autoroute dont la construction a été interrompue),genre "la petite maison dans la prairie" mais en beaucoup plus rigolo : papa, maman, deux filles et le fiston. Si, entre parties de rigolade et jeux collectifs, tout a l'air d'aller plutôt bien dans le meilleur des mondes pour cette famille doucement foldingue, elle s'insère pourtant dans une réalité sociale et contemporaine (Olivier part travailler tous les matins, les deux petits vont à l'école, Isabelle fait des lessives...)
Jusqu'au jour où... Les travaux reprennent, le tronçon d'autoroute est raccordé (chez nous on dirait raponcé mais je crains que tout le monde ne comprenne pas...) et tout va singulièrement se compliquer pour les pauvres : pour aller travailler, pour aller à l'école, il faut traverser... La grande qui passe son temps à bronzer sur un transat en écoutant du métal provoque des émois klaxonnants chez les routiers qui passent, Isabelle, quand elle met sa petite lingerie à sécher idem, la cadette fait une fixette sur les risques d'empoisonnement au plomb, le chat doit être attaché pour ne pas se faire écrabouiller... bref la résistance va s'organiser.
Car c'est bien de résistance dont il est question : contre le bruit, contre le changement, contre l'envahissement, contre les autres, bref, contre le monde entier, dans un cadre de vie qui va devenir de plus en plus tendu (le Huppert syndrome, je vous l'avais bien dit...), pris dans un processus inéluctable d'auto-défense et de repli jusqu'à en devenir carrément étouffant, voire mortifère (à ce moment-là, je vous avais prévénu, on ne rigole plus vraiment... pour situer, on serait à mi-chemin entre Bug, de Friedkin, et Le septième continent, de Michael Haneke, tous deux de joyeuse mémoire...)
Mais la fable, heureusement, ménage une issue de secours (une respiration ?) à ce huis-clos, et, comme le chat de la famille, sait retomber sur ses pattes. Plus ou moins. Ouf! (?)




