vendredi 19 décembre
sur la plage abandonnée...
LES PLAGES D'AGNES
d'Agnès Varda
J'y suis allé, poussé par la curiosité et aussi par l'enthousiasme extrêmement laudatif de mon ami Hervé, tout en me posant la question "Peut-on aimer ce film si on est réfractaire à l'univers de Jacques Demy ?". La réponse est oui (avec quelques nuances). Agnès Varda y raconte sa vie, la dépeint la repeint la recrée la scénarise l'accommode la réinvente. Parler de soi est un exercice périlleux, sans tomber dans la complaisance le nombrilisme ou la flagornerie. Moi je. Ainsi, la scène d'ouverture (celle des plages belges, avec les miroirs) qui m'a quasiment cueilli à froid, m'a vraiment subjugué, ravi (au sens propre), émerveillé. Comme un gosse. En quelques minutes, j'avais déjà les larmes aux yeux devant la beauté et la force de cette installation, et ce qu'elle répercutait en moi. Il y a plusieurs moments, ainsi, qui sont extraordinaires, et d'autres plus... ordinaires.
Ce qui est bien, c'est que ça m'a permis de réviser le cursus d'une cinéaste que je ne connaissais pas forcément si bien que ça (enfin si, livresquement : je connaissais les titres de ses films, (La pointe courte, Lion's love, Murs murs, Documenteur...) tout en en ayant vu très peu). C'est un peu comme si je ne l'avais jamais vraiment rangée parmi les "vrai(e)s" cinéastes.)
Le film est un Je me souviens en images (ou en marabout de ficelle), une re-création / récréation, de l'enfance à aujourd'hui, avec des trucs et des machins, des dispositifs, des installations, des coq-à-l'âne. Agnès Varda, pour moi, c'était surtout la copine à Jacques Demy, et donc quelqu'un dont l'univers a priori ne m'intéressait pas plus que ça. Mais là, force est de reconnaître qu'on y prend beaucoup de plaisir, que c'est vrai qu'elle a une façon extrêmement sympathique agréable et originale de raconter tout ça, sous forme de pêle-mêle, de fourre-tout. Entre collage et bricolage. Elle parle, elle parle d'elle, elle nous parle d'elle, de ce qui lui tient à coeur : de son père, de ses soeurs, de son compagnon, de ses enfants, de ses voisins, de sa société de prod, de ses copines, avec la même simplicité souriante :des photos et des extraits de films, des documents d'archives, mais aussi des vidéos confectionnées sur mesure pour l'occasion. C'est touchant, attendrissant, et plusieurs fois oui oui j'ai eu les larmes aux yeux.
J'en ai appris un peu plus sur Jacques Demy, sans que cela ne me donne forcément davantage envie de voir ses films, ni sans le connaître vraiment mieux (il y a des zones d'ombre chez ce monsieur, desquelles Agnès V. s'approche mais avec des prudences de chat...)
Disons-le, la seule chose qui m'a un peu gêné (agacé ?) c'est le name dropping qui revient régulièrement, comme une soirée diapos en famille où l'on entendrait "là c'est mon copain Jim Morrison, là c'est mon voisin Calder qui m'offre un mobile pour me remercier, là c'est Jean Vilar qui vient boire le café, là c'est Brassaï qui me prend en photo, là c'est Fidel Castro qui me fait coucou..." (mais peut-être est-ce juste de la jalousie de ma part ? Tss tss.) Ca prouve au moins qu'elle a bien vécu.
On sort du film, paradoxalement, avec le coeur plutôt aérien, dans les cheveux le vent du large et dans la tête le bruit du ressac. Paradoxalement, parce que s'il y est, finalement, beaucoup question de mort, rien de morbide n'y subsiste. Juste la joie (de vivre). Et beaucoup de balais.
Moi aussi j'aime beaucoup les plages...
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