JODHAA AKBAR
de  Ashutosh Gowariker

Jodhaa Akbar, c'est un peu comme Louise-Michel. (Le titre, je veux dire, le film, n'a rien à voir!). C'est un nom composé avec les prénoms des deux protagonistes (enfin!) réunis. A ma gauche, donc Jodhaachounette, son oeil de gazelle (rassurez-vous, elle en a deux, c'est juste une figure de style) et son anneau dans le nez, et à ma droite le fringant Jalalchounet (qu'on appellera plus tard dans le film Akbar, parce qu'il est grand), à l'oeil de (comment s'appelle le mari de la gazelle, le gazellon ?) et à la moustachette frémissante.
Le film passait dans le bôô cinéma, dans le cadre du bôô Festival des Cinémas d'asie de notre bonne ville, auquel je n'avais pas envie de me rendre (pour des raisons personnelles mais c'est une autre histoire), mais mon amie Christine a, avec son enthousiasme et sa fougue habituels, organisé une séance commune à laquelle je n'ai pas pu résister,
- parce que c'est un film indien
- parce qu'il a été tourné dans quelques-uns des glorieux palais et sites par où nous sommes passés en février dernier
- parce qu'il sortait justement en Inde quand nous y sommes passés mais que nous n'avons pas réussi à le voir
- parce que j'adore, mais alors vraiment j'adore, les films de Bollywood,
quatre bonnes raisons, en somme, qui ont eu, justement, raison de ma grinchouillerie a priori par rapport au dit Festival.
Alors ? Eh bin ce fut beau comme là-bas, dis : Trois heures trente (yess!) de pure splendeur échevelée, sur un écran d'au moins cent cinquante kilomètres carrés (on était, Festival oblige, plus près que d'habitude, et au début, j'avais l'impression que les images étaient quasiment en relief!), avec musique à donf et tout,  pour nous narrer par le menu l'histoire de nos deux tourtereaux aux yeux rouges (remarquez, ils n'étaient pas les seuls : dans le film, tous les acteurs ont les yeux rouges, quelqu'un connaîtrait-il le pourquoi de cette spécificité bollywoodienne ?), avec en prime un petit cours d'histoire indienne d'il y a longtemps, que nous avait justement déjà prodigué Christine lors du même voyage en février dernier (ce fut elle notre vaillant et infatiguable tour opérator) et dont je n'avais, peu ou prou, dans mon insouciance de cigale culturelle, retenu que deux mots : Mogols et Rajpoutes. Coup de bol, c'était ces deux-là dont il fallait se rappeler.
Au début, donc, comme c'est un peu compliqué, une virile et docte voix off débrouille un peu l'embrouillamini des différents royaumes initiaux, avec les alliances, les trahisons, les coups fourrés, les magouilles, et, bien entendu, les batailles. Et comme on est à Bollywood, on en prend, sur l'écran, plein les yeux. Oserais-je dire que ce ne sont pas des batailles de pédés ? Quantité pharaonique de figurants, de part et d'autre (mais peut-être le numérique a-t-il aidé à multiplier, me demande-je candidement), chorégraphies humaines colossales et insensées, gros plans saisissants de réalisme (membres tranchés, corps écrasé par une grosse patte d'éléphant, ça fait le même bruit qu'une citrouille trop mûre...) Pour arriver à un des premiers noeuds si je puis me permettre) de l'histoire : le mariage (l'arrangement, au départ), entre le sémillant Akbar (qui adore Allah) et la frémissante Jodhaa (qui révère Krishna) : il leur faudra tout de même quasiment deux heures quarante-cinq pour que la flamme soit avouée, reconnue et réciprocée (en partie à cause des fourbes agissements de Maham Anga, la propre mère adotive de Jalal! Mais rassurez-vous l'innocence triomphera de la perversité...)
Vous verriez Jhojho dans sa chambre le soir de ce qui devrait être la nuit de noce, comme ça minaude dur, ça baisse pudiquement les yeux, ça soupire et ça retire sa main quand Jaja veut approcher sa papatte. Genre vierge très effarouchée (alors qu'on l'a vue, au début du film, se battre en duel au sabre avec son frère comme une vraie soudarde.) Comme dit ma copine Elisabeth "Elle avait envie d'être un peu bousculée..." Et notre ami peut donc, comme on dit, se la mettre sous le bras, lorsqu'il quitte la tente nuptiale en promettant qu'il reviendra quand elle sera pleinement consentante (mais elle a eu tort de ne pas lever les yeux, parce qu'il est vraiment mimi mimi). Mais bon, fatalement, l'amour finit par triompher, lors d'une loooongue scène chantée /dansée genre "Ô toi mon amour ma gazelle... Et toi ô mon léopard des sables mon vaillant guerrier n'entends-tu pas mon coeur qui soupiiiiiire?" qui ferait fondre même le coeur de la dernière des brutes insensibles... (vous aimez le sucre, non ?)
On est alors à quarante cinq minutes de la fin du film, et on se demande comment on va tenir jusqu'à la fin (euh, ils ne vont pas roucouler pendant quarante-cinq minutes, hein ?), mais, heureusement les scénaristes avaient, bieeen en amont, préparé quelques rebondissements et autres petites révoltes intestines à mater, qui nous occuperont sans souci jusqu'à la fin, concernant Sujamal, le frérot de jhooda et  Sharifudin, le  fourbe beauf' d'Akbar (ah, la famille...). Ne vous inquiétez pas, ça finit bien, après un suuuper duel de la mort grave ta race qui déchire..
On sort de là tout chamboulé (déjà la durée, on n'a pas l'habitude, mais bon les sièges du bôô cinéma sont doux et accueillants sous nos humbles postérieurs) par la démesure flamboyante des moyens de ce cinéma-là (j'ai déjà parlé des scènes de batailles, mais les scènes dansées / chantées ne sont pas en reste, avec notamment une scène de ballet collectif en hommage de chacune des provinces à la souveraineté d'Akbar qui me restera personnellement comme le morceau de bravoure du film (à côté, Cléopâtre, de Mankiewicz, ça fait un peu Bresson...) tellement tout ça est filmé à une autre échelle.), démesure inversement proportionnelle à la "simplicité" des personnages (on sait toujours, à permière vue, si on a affaire à un gentil ou à un méchant), des situations (si vous n'avez pas trop bien compris, l'expression du personnage insistera un peu plus, pour que vous ne puissiez pas vous tromper, et, si vous êtes vraiment distrait (ou très neuneu) c'est la musqiue qui viendra en remettre une couche, genre "oh la la attention vous avez bien compris, hein, il est très en colère, il va encore faire une saloperie!" ) et, finalement, cette  candeur extrême (pudeur et censure obligent) cette nunucherie attendrissanate et àl'eauderosesque des rapports entre  les  amoureux ne sont, mais vous me connaissez, midinet à fond, pas du tout pour me déplaire...)
Flamboyant.
(Et ça m'a donné très envie d'y retourner, mais, bon, c'est déjà planifié pour février 2010!)

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Ce sera donc mon (seul et unique) film du bôô festival 2009, et c'est très bien comme ça. Oui, je sais, je suis un rebelle...