LES TROIS SINGES
de Nuri Blige Ceylan

Quand j'avais vu la bande-annonce, il y a déjà longtemps, elle m'avait tiré quelques larmes tellement j'avais trouvé ça beau. Et le film le confirme. Plastiquement, esthétiquement, c'est une merveille. J'ai vu chacun des quatres films de Nurichounet (depuis Nuages de mai) , et je l'ai donc vu, en quelque sorte, grandir, cinématographiquement parlant. D'aucuns, esprits chagrins, lui reprocheront l'aspect pénible de cet esthétisme excessif. La tonalité d'ensemble, le grain de la pellicule, la composition des plans, tout participe à l'extrême beauté du film. Qu'ils lui reprocheront (les esprits chagrins) de privilégier au détriment d'une histoire somme toute banale et d'une intrigue plutôt mince.
Nuri Bilge Ceylan fait certes office de photographe, voire de plasticien (quand il filme les paysages en plan large autant qu'un corps au contraire en plan très rappoché), mais n'hésite pas à affirmer des choix tranchés en ce qui concerne la narration, privilégiant l'ellipse (son récit est plein de trous béants, de failles, qui obligent le spectateur à en reconstituer la trame, à être attentifs, et pas seulement à l'extrême beauté des images.), et sacrifiant sans état d'âme les "scènes à faire", au profit des "petits moments" qui les précèdent ou leur succèdent.
Un papa turc accepte d'endosser le crime de son patron. Pendant son séjour en prison, sa femme le trompe avec le patron en question. A sa sortie de prison, son fils règle le problème...
Un film lourd, tendu, orageux, avec heureusement une pluie bienvenue juste avant le générique de fin, alors que, ironiquement, l'histoire se répète...

19019765_w434_h_q80