COUNTRY TEACHER
de Bohdan Slama

Il est des films qui vous laissent songeur, qui vous désarçonnent, qui vous désarment. Des films qu'on ne peut pas vraiment critiquer, et des films en même temps qu'on ne peut pas ne pas critiquer (ceci n'est pas une coquille). Une drôle d'impression en sortant, donc. Et l'envie de tenter de clarifier ses idées.
Voici donc une histoire qui, si elle est ancrée dans une  ruralité contemporaine (et tchèque), est tout sauf bucolique. Avec, en guise de structure, une mécanique à la Tchékhov : A aime B qui aime C qui aime D etc.
Soient donc une fermière et son jeune fils, dans la cambrousse, et un jeune prof, venu de la capitale,  qui débarque dans cette même tchèque cambrousse (sans raison apparente mais on comprendra assez vite pourquoi) : la fermère craque pour le prof, qui craque pour son fils, qui lui craque pour sa copine, qui craque pour l'ex du prof venu pour tenter de ranimer la flamme d'un amour prématurément éteint... Chacun est aimé et aime, mais pas (par) la même personne. D'ou complication(s) diverses.
Ca ressemble à la vie, me direz-vous. Oui, oui, d'autant plus que le film est délibérément ancré dans une réalité réaliste, sans concession à la joliesse, et en rajouterait même dans le détail naturaliste qui tue : auréoles de transpiration, murges villageoises, rock tchèque, vomi épongé à la serpillère, mise à bas de vache et j'en passe... Poussant la justesse et le souci de vérité jusqu'au bout de chacun des interprètes (les acteurs sont tous excellents, avec une mention spéciale pour la fermière...)
Il est ici question de sentiments qui circulent (on "aime", on désire, on veut toucher, on veut coucher, on n'aime plus, on est blessé, on est sollicité, on résiste, on s'abandonne...) entre les différents protagonistes, tout ça culminant dans une scène très forte, "la" scène, le noeud de l'histoire (si je peux me permettre) où le prof, ayant ramené le djeun' bourré chez lui (ils sont tombés à l'eau tous les deux) l'a douché l'a séché l'a couché (enfin plutôt l'a regardé faire), et se relève soudain au milieu de la nuit (il dort par terre alors que l'autre est dans son lit), pour pense-t-il, seulement remonter sa couette car il s'est découvert, mais reste ensuite, penché sur le lit vers le dormeur, fasciné, dans un long-plan séquence au suspense quasi-hitchcockien (à un moment je vous jure, j'avais caché mes yeux derrière ma main tellement c'était stressant) : Touchera ? Touchera pas ?
Il va toucher, bien sûr, et ce sera la cata, et le début d'une réaction en chaîne qui va constituer toute la deuxième partie du film, partie qui n'est pas  hélas la plus juste du film (parce que bon, eh oh faut pas pousser, après tout, il n'a tout de même fait que lui toucher un peu la zigounette, au jeunôt...), et m'a moins convaincu (ou ému, ou touché, comme vous voudrez) pas parce qu'elle n'est pas crédible (justement si, après tout, c'est bien ça le drame) mais qu'elle devient justement plus convenue dans ses rebondissements (du film dit "d'amour malheureux", fut-il tchèque (off ?) et / ou gay ...)
Le prof / la fermière / le fils / la copine / l'ex, le réalisateur bat ses cartes, les redistribue, puis les rebat, et les redistribue encore, jusqu'à un happy-end pour le moins problématique et maladroitement happy...Le prof était prêt à repartir, finalement il reste :
(scène avec le directeur)
- Notre école à besoin de vous...
- Vous êtes sûrs que mon homosexualité ne vous dérange pas ?
- (riant un peu jaune, après un échange de regards embarrassés avec sa femme) Euh non non, de nos jours tout est admis!
(Ca c'était pour la partie administration. Pour la partie famille, rien de tel qu'un bon vêlage difficile, (avec besoin de six mains pour aiderà tirer le p'tit veau récalcitrant hors du giron maternel) pour resserrer des liens distendus voire brisés, et provoquer d'affectueuses et souriantes embrassades (la mère aimante, le fils prodigue et l'amant repenti ?)
Et youp la boum ?
Je suis sorti un peu flottant,ne sachant trop de quel côté pencher. Et puis, je me suis dit que le réalisateur a eu le courage de faire un film honnête (au bon sens du terme) et juste. On ne peut pas dire que le cinéma tchèque soit en plein boom et donc sa tentative est plus que louable. Et puis le sous-titre est tellement... juste : "On a tous besoin de quelqu'un". Chèvre et chou ? Oui, voilà...

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l'affiche française (menteuse)

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et l'affiche originale, bien plus délicieusement sybilline, que j'ai trouvée ici chez mon ami Psykokwak