LES BEAUX GOSSES
de Riad Sattouf

Ouah le film! Je suis sorti de l'école à 20h et j'ai filé directos au bôô cinéma, sans même manger. J'avais trooop envie! En plus j'avais l'aval de l'avis d'Hervé et je pouvais donc même y entrer la tête haute... Riad Sattouf, j'aime vraiment beaucoup : j'ai déjà parlé ici de son Pascal Brutal dont je suis, comme tous les garçons sensibles, (même pas) secrètement amoureux, mais il a dessiné plein d'autres trucs sur cette race à part : l'ado (Manuel du puceau, les années-collège, etc...) qu'il a l'air de plutô bien connaître, puisque là, il remet le couvert, mais en images qui bougent, sur grand écran et avé le dolby. Pour nous narrer les aventures d'une sacrée paire, d'un duo comme on les aime : le grand un peu trop mou et le petit un peu trop speed, bref l'union improbable de la méduse et du moustique. Et bien entendu ça fonctionne grave, pour nos deux pieds-nickelés (quoique, dans le cas présent, il vaudrait mieux parler de chaussettes dans cet état!)
Parce que Hervé et Camel sont ados, et donc avec un look d'ado, un langage d'ado, une problématique d'ado et des obsessions d'ado... Mais Riad Sattouf a l'extrême intelligence de ne pas forcer le trait, de rester toujours dans le vraisemblable, même si pas toujours très politiquement correct. Bien entendu, comme leurs homologues américains, tous les deux ne pensent (pratiquement) qu'à une chose, qu'on pourrait résumer globalement par "le cul" (avec toutes ses déclinaisons et ses sous-classes : la branlette, le baiser, l'érection, la pipe, la chatte, le rendez-vous, les teufs, etc.) et pratiquent la stabulation en groupe avec leurs homologues (dits "les potes"), pour faciliter l'observation, en restant à distance respectueuse, du groupe du sexe dit opposé. Les filles, quoi... Bon c'est surtout un film "de garçons", mais on voit bien que les lolitas sont aussi dans la démangeaison affectivo-sexuelle (pour elles c'est plus bien sûr dans l'affectif, elles sont plutôt du genre à se recoiffer en soupirant, alors que les p'tits mecs c'est plutôt branlette dans les chaussettes en matant la voisine d'en face ou à défaut le catalogue de la Déroute à la page des dessous)
Oui, Riad Sattouf y va franco (le film s'ouvre sur un super roulage de pelle en très gros plan, genre bernard-l'hermite(s) échangeant leurs habitacles, avec le bruitage mouillé ad hoc et la quantité requise d'acné juste à point suppurant, sous le regard médusé et jaloux de nos deux compères) et pourtant ce n'est jamais complaisant ni condescendant. Genre documentaire, quoi. D'autant plus qu'il a pris soin de ne situer précisément le film ni géographiquement, ni temporellement, lui conférant ainsi une sorte d'universalité.
C'est incontestablement drôle, mais c'est plus que ça. Je n'ai pas encore parlé des adultes, avec qui cohabitent / contre qui défendent leur territoire nos lascars à boutons et à appareil dentaire : bien entendu, ils se subdivisent en deux espèces, les "profs" et les "parents", également insupportables pour nos têtes dites "blondes", avec encore une fois tout un panel finement observé et tout aussi tendrement vachard (et je voudrais encore une fois parler ici de l'excellente Noémie Lvovsky, surprenante dans un rôle de mére "dépressive" (c'est elle qui le dit) mais incontestablement à la ramasse) dont le réalisateur semble dire que, finalement, au niveau des envies et besoins, ils ne sont pas si éloignés que ça des fistons et fifilles, hein...
Le résultat n'est pas non plus très éloigné des bandes dessinées de notre réalisateur : en y regardant de très très près, on peut quand même parvenir à déceler le bâti, la structure, qui fait de chaque scène prise individuellement un genre de strip en une page (auquel on pourrait donner un titre), avec (généralement) une chute, mais que tout ça est très finement bout-à-bouté, cousu avec des points tellement minuscules qu'on ne s'en aperçoit même pas. Oui c'est du cousu main. Disons, pour pinailler,  que que le réalisateur a fait montre de plus d'acuité dans son observation que d'originalité dans sa mise en scène. Mais bon pour un résultat répétons-le à cent coudées au-dessus de ses coreligionnaires, qu'ils soient français ou américains.
Je n'ai pas de gamins, mais ils me semble que si j'en avais, j'aurais pu les reconnaître là-dedans (j'y reconnais bien ceux des autres!)... et le plus rigolo c'est lorsque les lumières se rallument dans la salle et que les spectateurs se lèvent ; j'ai eu soudain l'impression, très Quatrième Dimension, qu'ils venaient de descendre de l'écran et avaient pris forme humaine : c'étaient les mêmes! Vous reprendrez bien une banane, au distributeur ?

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