(un Woody le matin et un Allen le soir...)

WHATEVER WORKS
de Woody Allen

Quel bonheur de voir ce film-là à 10h du mat! parce que c'était la première séance, parce qu'il était en VO, parce que j'étais avec Marie, et tout simplement, parce que c'est un excellent film!
On retrouve le Woody Allen qu'on aime, le "première version", (ça y est, il est enfin rentré au bercail!) avec ses problèmes d'ego, de libido, d'intello juif new-yorkais, ses questions existentielles, ses doutes, ses interrogations métaphysiques, et ses répliques qui font mouche, qui font pschiiiiit, qui font whiiiizzzz!, qui éclaboussent, bref, qui fonctionnent, quoi, et à plein régime! On se régale, de la première à la dernière minute.
Le vieux maître doit désormais se trouver trop chenu pour apparaître dans son film, il a donc délégué un porte-parole pour la circonstance : un certain Boris Yellnikoff, (Ed Begley Jr) scientifique, génie (il a frisé le nobel) solitaire (un mariage et un suicide au compteur) et misanthrope (mais doté d'un sacré sens de l'humour et de la répartie, puisque ledit Ed Begley Jr est scénariste de Seinfeld... QUOI, vous ne connaissez pas Seinfeld ?) Le Boris en question nous prend à parti dès le début du film, puisqu'il apostrophe le spectateur directement, les yeux dans les yeux si je puis dire, (dans un réjouissant clin d'oeil à Manhattan et La rose pourpre du Caire) au grand dam des copains avec qui il est en train de discuter (qui, eux ne nous voient pas...)
Boris a une opinion de lui aussi haute qu'est grand le mépris qu'il éprouve à l'égard du reste de l'humanité, et une vision globale (c'est lui qui le dit) du sens de la vie aussi nihiliste que réaliste. Après son petit one man show urbain et introductif, on va suivre notre vieux ronchon jusque devant chez lui, où il va faire la rencontre d'une jeune sdf de fraîche date (et de frais minois aussi, et tiens tiens, se dit le spectateur, une blondinette à la Scarlett Johansen, qu'est-ce à dire...) , une blonde nunuchette venue de son Texas natal et profond pour tenter sa chance à New-York, une oie blanche pleine de candeur et d'illusions, une écervelée qui ne sait presque rien de la "vraie" vie, lacune(s) que Boris va s'employer à combler, dans son appartement un peu miteux (ah... satisfaction, ça change des lofts de la 5ème avenue!) où ils vont cohabiter, deux minutes, puis une nuit, puis une année entière, jusqu'à ce que résonne le début de la 5ème de Beethoven (tatatatam! tatatatam! le destin frappe à la porte...) pour introduire dans le film, d'assez théâtrale -mais ainsi revendiquée- façon des nouveaux-anciens personnages (c'est dommage de tout vous raconter...) , un par acte, pourrait-on dire.
De même qu'il revendique la théâtralité, (l'appart de Boris Y comme lieu scénique, les adresses au public, les apartés et les bons mots) Woddy Allen assume (et rentabilise) totalement la notion de conte (de faits plutôt que de fées ? La jeunette amoureuse du vieillot, la paysanne qui devient une artiste mainstream, le vieux plouc réac qui fait son coming out, la mère qui complote pour mettre sa fille dans les bras du prince Charmant, le solitaire qui rencontre in extremis -et de quelle façon- la femme de sa vie, etc.) avec son discours introductif et sa conclusion happy-endinguesque : une scène finale comme chez Shakespeare, tout le monde se retrouve, un couple de jeunes, un couples de vieux, un couple gay, même un ménage à trois, et tout le monde s'y congratule et s'embrasse de la plus joyeuse des façons...
Oui, voir ce film à 10h du mat, ça fait sacrément du bien ("ça vaut une séance chez le psy..." résuma assez justement Marie), une bouffée de plaisir paradoxalement aussi réaliste qu'idéaliste  (l'amour n'est qu'une affaire de hasard, il faut profiter de sa chance, le bonheur est épéhéère, etc.), et le revoir le même soir, entre Manu et Hervé (qui sont parfaitement synchrones, et riaient, en stéréo, exactement aux mêmes moments) ne fut que la confirmation que, au cinéma comme dans la vraie vie, l'important c'est que ça marche...


19133665_w434_h_q80