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ROCK'N ROLL
de Guillaume Canet

Celui-là il fallait que je le voie dès la première séance, sans rien en savoir, sinon il serait trop tard. J'y suis donc allé, et j'ai donc essuyé les plâtres de cette première projection, puisque le format n'était pas le bon (beaucoup trop grand) et qu'on ne pouvait pas lire les sous-titres (oui, il y a des sous-titres, et je vous laisse découvrir lesquels.)
Je connaissais grosso-modo le pitch, et je me demandais ce que ça allait bien pouvoir donner. J'avoue que mon enthousiasme initial vis à vis de Guillaume C. (Ne le dis à personne) s'était sérieusement émoussé après avoir vu, par exemple, Les petits mouchoirs, que j'ai trouvé extrêmement putassier.
Donc, Guillaume Canet se met en scène en train d'être mis en scène dans le film d'un autre. Les premiers noms au générique "jouent leur propre rôle" (quand j'y découvre celui de Kev Adams, aïe, je commence à pâlir et à faire la grimace). Et tout commence lors d'une interview de Guigui et de sa partenaire (la jeune et belle Camille Rowe et son rouge très rouge, découverte -pour moi- dans une pub de parfum pour Di*r je crois) où est évoqué le fossé des générations et le fait que Guillaume ne fait plus partie des jeunes premiers "désirables" du cinéma français. Il prend ça mal et va décider de tout faire pour retrouver une seconde jeunesse (et sa place dans le coeur (plus que le lit) des jouvencelles.)
Le coup du film-bilan, on connait, avec des gens célèbres (et des potes) dqui jouent eux-mêmes, on connaît déjà aussi. Je fais le point sur moi, je me focalise, je me regarde en train de me regarder. Le cinéma-vérité, en apparence, suit donc son cours, (et regardez comme je sais rire de moi) mais, à un moment, le "vrai" du film commence à dévier légèrement, puis de plus en plus, jusqu'à un moment-clé où on se dit "Tiens, là, il va où? Il ne peut plus faire machine arrière..." et où soudain le réalisateur n'hésite pas à pousser progressivement dans le rouge les curseurs de la narration, pour suivre l'option qu'il a choisie. La dernière partie est assez surprenante, et ne craint pas d'aller jusqu'au bout de l'absurde du kitsch et du grotesque, chapeau!)
C'est plutôt culotté, je trouve, et même assez malin. Je suis friand de paradoxes, et, par exemple, il est assez plaisant d'assister à une scène où Guillaume expose son idée de film à ses producteurs (le film, donc, qu'on est en train de voir) et se fait proprement (et très énergiquement) rembarrer et virer manu très militari.
D'où le léger effet de vertige, quand on veut bien y penser, entre ce qui est raconté, ce qu'on en dit, ce qui se passe réellement (Guillaume Canet n'aurait-il rien fait d'autre que d'écrire son Paludes à lui ? et donc le film en question serait bien plus amer que ce que son apparence de -son placement de produit en tant que- comédie ne voudrait bien le laisser supposer). Mais, bon, ce n'est pas de penser qui nous est demandé...
Il y a des moments jouissifs et d'autres qui le sont moins (l'effet "montagnes russes").
Et donc, plusieurs scènes que j'ai trouvées ju-bi-la-toires, dans le réalisme (la scène chez les Attal) ou dans l'irréalisme total (le faux clip de Céline Dion), des dialogues qui sont efficaces et drôles, des situations qui fonctionnent, mais qui ne constituent que la partie émergée de l'iceberg. Dans le reste, il y a plutôt du tout-venant, allant du pas très intéressant jusqu'au carrément embarrassant (la scène chez Johnny et Laetitia doit fonctionner au 85ème degré.)
Mais est-ce que ces variations autour du vrai-faux (et du faux-vrai) ne seraient pas un genre de thérapie où Guillaume C. pourrait parler de guillaume c. à la troisième personne, se filmer et se regarder en train de se filmer et de se regarder, et tendre le miroir de la distanciation pour avoir l'air de dire fictionnellement des choses qu'on a envie de dire "vraiment" . Regardez comme ce qui a l'air vrai ne l'est pas, et comme ce qui ne l'est pas pourrait avoir l'air de. L'accroche aurait pu être : "Vous me voyiez comme ci ? Eh bien vous me verrez comme ça..." Finalement c'est vachement zen, entre "tout n'est que mensonge" et "tout n'est que vide".
Un observateur attentif pourrait trouver quelques éléments : si tous les "personnages connus " portent leur vrai nom, ils ne sont pas exactement tout à fait les mêmes que ceux (ce) qu'ils sont dans la " vraie vie" (ou ce qu'on suppose de - Canet qui vomit, Cotillard avec l'accent quebecois, Yvan Attal en businessman, Johnny en papy...-) pour accentuer l'effet normand : "c'est-y vrai ou c'est-y point vrai ?"
Guillaume Canet manipule la vérité, la distord, il l'aménage, mais, au générique de fin, ouf, on est rassuré, "Monsieur Canet" et "Mademoiselle Cotiilard" ont toujours chacun leur assistant personnel (on a beau être filmé en jogg informe et les pieds nus, on a quand même toujours besoin de.)

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(et l'affiche est très moche)