dimanche 19 mars 2017

d'abord les mélancoliques

071
L'AUTRE CÔTÉ DE L'ESPOIR
d'Aki Kaurismäki

Le temps d'un petit Perrier-menthe (printemps proche oblige) pour faire passer Grave, et on retrouve Emma devant le Victor Hugo pour ce film très attendu (vu que Kaurismaki l'annonce -une nouvelle fois- comme son dernier, mais si si promis juré craché cette fois c'est vraiment le dernier).
Et qui m'enthousiasmera violemment d'un bout à l'autre. J'avais trouvé Le Havre très sympathique mais. (Je ne me souviens plus vraiment d'ailleurs du pourquoi de ce bémol -ou de ce dièse ?- mais qu'importe.) Je m'attendais donc à nager dans les mêmes sympathiques eaux (on est d'ailleurs à nouveau dans un port). Mais là ce fut ooooooh dès le début (l'admiration qui vous coupe parfois la respiration et vous embue tout aussi parfois les yeux). Et ce le fut jusqu'à la fin.
Un bateau, donc, et dans la soute un mec qui sort du charbon, et s'en va, tout noir, aux douches d'abord, puis au centre d'accueil, puis à la préfecture (ou l'équivalent finnois) pour demander l'asile politique en tant que syrien. Ce brave homme a, en plus, de vagues airs de Riad sattouf, ce qui le rend encore plus attachant.
Parallèlement on suit un bon gros finnois très kaurismäkien (taiseux et fumeur), qui part un soir  de son appart' très kaurismäkien (mobilier couleurs et accessoires) en posant sur table devant sa femme qui boit ses clés et son alliance, liquide son stock de chemises à moitié-prix et joue l'argent au poker pour ouvrir un restaurant.
Jusqu'à ce que ces deux-là finissent par se rencontrer, assez tard dans le film d'ailleurs (la scène est délicieusement kaurismäkienne aussi). Et que, de fil en aiguille (même si fil blanc et aiguille rouillée) on sache ce qui se cache, justement, de cet autre côté de l'espoir. Pour ce qui est du filmage, c'est du Kaurismäki pur jus, ce qu'on adore, cette façon de styliser, de minimiser, d'alleren apparence au plus simple. L'indispensable, le vital, que si tu l'enlèves il n'y a plus de film. Le détail. Un simple geste filmé en gros plan, sans effusions, souvent sans mots. Cette bonne vieille économie de cinéma de notre Aki chéri. A l'iconographie reconnaissable entre toutes (comme le disait Dominique à la sortie, très justement, en regardant une image, une seule, on sait déjà qu'on est chez Kaurismaki. Couleurs, accessoires, attitudes, décors, cadrages. Mais un aveugle, c'est sûr, pourrait s'y reconnaître tout autant (les dialogues, mais aussi les textes des chansons plutôt kitchissimes -ça aussi j'adore- qui rythment le propos à intervalles réguliers).
Minimalisme, sècheresse, soit, mais avec le pouvoir (la force) de réaliser soudain des scènes qui vous terrassent (le récit du "voyage" de Khaled, en plan fixe et face caméra en est une, et celle où il joue de la musique, dans la chambre, au foyer, en est une autre). Jamais Kaurismäki ne s'apitoye, rarement ses personnages s'émeuvent, en apparence, mais des scènes affleurent et le prouvent (la blonde du centre d'accueil, par exemple) et la façon dont ils se serrent, s'étreignent, ne trompe pas...
Bien sur, ils ont tous des tronches de cache-ta-joie (je pense qu'on ne verra pas un sourire de tout le film), ils fument comme des pompiers (on a l'impression de sentir la clope en sortant de la salle), ils ne sont pas expansifs, mais quelle humanité, quelle belle humanité! (et quel sens de la famille).
Il sera question des flux migratoires, des nationalismes exacerbés, des massacres à Alep et ailleurs, des frontières fermées, de l'asile politique, de la difficulté de l'obtenir (autant que les papiers d'identité). Et des contrôles de police. De la façon dont la Finlande peut s'ouvrir au monde (ou le contraire). et aussi de la façon dont, en Finalande, c'est comme partout, il ya des gens très bien et il y a des gros cons. (mais ici ouf! les gros cons n'ont pas le dernier mot, c'est pour ça qu'on peut parler de conte, ou de fable.)
Si c'est vraiment le dernier film, alors le dernier plan en est encore plus fort. Un mec, un arbre, un chien. Et un regard, presque un sourire.

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Posté par chori à 06:01 - - Commentaires [0] - Permalien [#]