lundi 20 mars 2017

à 3 on saute

072
CORNICHE KENNEDY
de Dominique Cabrera

Enfin le voilà...
Sorti depuis la mi-janvier, et pourtant invisible. "Disparu des radars".
Le voilà programmé par nous cette semaine dans le bôô cinéma, mais heureusement que je ne travaille plus sinon je l'aurais eu amère : sur les sept ou huit  séances, seul un petit tiers est accessible à des horaires dits "normaux". On était deux dans la salle pour la séance de retraités de cet après-midi (oui, qui d'autre peut aller prendre le frais au cinoche un jeudi à 13h45, hein ?) Tant pis pour les pauvres travailleurs, hein, qu'ils se brossent...
Deuxième film adapté de Maylis de Kerangal (après Réparer les vivants par Katel Quillévéré et avant Naissance d'un pont par Julie Gavras, tiens, que des réalisatrices...) réalisé par Dominique Cabrera que j'aime plutôt beaucoup (Nadia et les hippopotames est un film que j'adore...).
Philou m'avait prêté le roman, que je n'avais pas terminé : autant l'écriture m'en paraissait magnifique et digne d'éloges, autant l'histoire racontée ne m'intéressait pas... Des ados qui sautent de très haut, une jeune bourge qu'ils fascinent, des flics et des histoires de came, à Marseille, ouais bof. D'après le peu dont je me souviens, l'histoire a l'air d'être assez fidèlement adaptée (sauf qu'il me semble qu'il s'agissait d'un flic, et qu'il était blanc, mais je peux me tromper...)
Marseille donc, grand beau temps, jeunes gens torse-nu en maillot qui s'amusent à sauter dans la mer depuis une hauteur d'une dizaine de mètres (comme l'héroîne, je suis sujet au vertige, et question d'à-pic ici on est gâté...) Adrénaline.  Elle, c'est Suzanne, vite surnommée "Madame Bovary", et elle va -assez vite- se rapprocher de deux garçons du groupe, Mehdi et Marco. Et c'est vachement bien, à trois sur le scooter...
Un film solaire, de plein été, la chaleur de la pierre et la fraîcheur de l'eau, les éclaboussures, l'effet de bande (la vie de groupe), les pétards fumés au soleil, les barbeuk' avec de la viande volée dans les supermarchés, l'indolence jusqu'à l'insolence (et vice-versa),  toute une vie adolescente précisée "marseillaise".
Le portrait d'un lieu, beau à tomber, précisément, resserré sur un groupe, puis encore plus sur un trio. nos trois tourtereaux, la bourgette, le rebeu, le nounours. Elan. Et, comme dans la chanson enfantine "entre les deux mon ceur balance...". On n'a d'yeux que pour eux. Sur quoi vient (comme dans le roman) se greffer (cela aurait comme un rapport avec le bouturage, ou la chirurgie, au choix) une histoire de came, de dealers, de flics et de fric, qui n'apporte pas grand-chose à l'ensemble, et le tire vers quelque chose de plus connu, de plus balisé, de plus "folklorique"... Entre Jules et Jim, jeunot, avec l'accent,  et Razzia sur la schnouf, sans flingue ou presque. Bon, les damoiseaux, ils ne pouvaient quand même pas passer tout le film à sauter dans l'eau (quoique...), mais l'hybridation entre les deux histoires déséquilibre un peu le récit (l'attiédit).
"Il y a le ciel, le soleil et la mer..." sirupait cette vieille rengaine* , (ici on serait plutôt ambiance Sea sex and sun), Dominique Cabrera (et Maylis de Kerangal) font comme si elles la chantonnaient et y rajoutent "... et la Corniche". Et l'amour aussi. Ce trio adolescent est aussi mimi entre ciel et mer que sur son scooter. Ils sont tellement... émouvants, d'autant plus qu'hormis Lola Creton qui joue Suzanne, tous les autres sont non professionnels, mais comme ils jouent leur propre rôle on ne s'en rend (presque) pas compte, juste on perçoit parfois cette fragilité dans le jeu qui les rend encore plus touchants.
Et puis la métaphore du vertige (ou de la chute) pour figurer le sentiment amoureux, (la façon dont on s'avance jusqu'au bord avant de se lancer, en fermant les yeux ou pas, en donnant la main ou pas...) est assez exacte. et je pourrais conclure avec une dernière chanson, Vertige de l'amour, bien sûr, pour rester dans le ton.
Si vous êtes en retraite, profitez-en pour aller les voir! (en plus, ça vous rappellera votre jeunesse...)
Ah tiens, au fait : et bon printemps!!!

490483

la version vertigineuse (en contreplongée)

corniche_kennedy

... et la version "recadrée", moins intéressante graphiquement

* (François Deguelt, hihi qui s'en souvient ?)

Posté par chori à 06:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]