080
PARIS PIEDS NUS
d'Abel et Gordon

Une question de proximité. Des fois, ça ne fonctionne pas. Comme gustativement (par exemple, boire du jus d'orange après avoir mangé du fromage de chèvre). Le fait de voir un film juste après un autre modifie l'appréciation qu'on en a. Ainsi, sortant fort  enthousiaste d'Orpheline, je n'ai, du coup, peut-être pas autant apprécié que j'aurais pu ce nouveau film d'Abel et Gordon,...
On est, chez eux, toujours dans le même univers ou presque, entre poétique, lunatique, drôlatique (et autres mots en -tique), presque muet (économe de mots en tout cas), graphique, millimétré (le ga exige souvent la plus extrême précision). Ces deux-là se sont bien trouvés, et nous le prouvent en se retrouvant, ainsi, de film en film. La grande bringue longiligne et le grand machin tout aussi long. Burlesque a minima, avec pas mal d'idées vraiment hilarantes (quel journal parlait donc d'une idée par plan ?).
Fiona, une bibliothécaire canadienne et Dom, un sdf parisien assez mal léché, vont se chamailler assez longtemps avant de s'avouer leur amour (comme toujours). Entre les deux, une mamie fantasque et fugueuse (où l'on a un très très grand plaisir à revoir Emmanuelle Riva, dans ce qui fut son dernier rôle) qui fait tout pour éviter l'a maison de retraite. Chassés-croisés autour d'un sac à dos rouge, d'un téléphone, et d'un appartement.Pierre Richard fait un petit passage (c'est Pierre Etaix qui devait initialement jouer le personnage, mais il a eu la mauvaise idée de mourir) pour une très jolie chorégraphie de pieds. 
On a la Tour Eiffel et la Statue de la Liberté pour le même prix  -et même in fine dans le même plan- (dans un endroit qui existe vraiment et que je ne connaissais pas). Des lieux récurrents (une bibliothèque, un appartement, des quais), des personnages idem (un voisin serviable, un officer de la police montée canadienne qui ne l'est pas moins, un chien têtu, un portier de restaurant) et quelques accessoires (un sac à dos, une tente, un téléphone, des bouteilles de champagne...) auront aussi leur mot à dire, et tout rentrera dans l'ordre abelgordonien, après un scène vertigineuse -et un magnifique plan perché à la Harol Lloyd (même si le mystère des chaussettes du voisin ne sera jamais éclairci)-.
Un film tendre et rêveur, pas si loin, finalement d'un Iosselliani. Qui m'a plu, mais pas enthousiasmé.

526410