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SAYONARA
de Koji Fukada

Emigrés
Retour au Japon pour ce second film de Koji Fukada. Si on ne change pas de pays on change d'époque (un futur proche) et de genre (s-f ? uchronie ?) On apprend aux infos que 13 centrales ont été sabotées et ont pris feu en même temps, et donc le pays doit être évacué. On est au Japon, et donc tout cela va se faire dans l'ordre et la discipline, en commençant, bien, sûr, par les privilégiés, et en continuant de descendre dans la liste...  il est juste question de numéros et de tirage au sort. Chacun partira en son temps, mais certains plus vite que d'autres...
Une femme qui dort
L'héroïne du film n'est pas japonaise : c'est une blondinette maigrichonne à la peau pâle, et l'autre non plus d'ailleurs, enfin, pas au sens strict puisqu'il s'agit d'un (e?) androïde. Elle est jouée, d'ailleurs, par un(e?) vra(e) androïde. On fera leur connaissance dans un magnifique plan fixe sur un canapé devant une fenêtre ouverte, avec des rideaux qui volettent (je pourrais regarder ce genre de plan pendant des heures, et j'ai eu le sentiment que le réalisateur le savait...)
Un film lent et contemplatif (et peut-être complaisant avec cette lenteur et cette contemplativité (des critiques ont évoqué l'ombre de Tarkowski) tant on a parfois le sentiment que le réalisateur pousse la durée de son plan au-delà du bout du bout.) sSur une histoire pas très guillerette ("et à la fin, elle meurt" -ou plutôt, "et à la fin, elles sont mortes". Comment peut mourir un(e) androïde ? Je vous laisse le découvrir) Koji Fukada réalise un film très doux, à la lumière et à la douceur estivales (un univers qui, étrangement, m'a évoqué par ses ambiances -et son extrême tristesse ?- l'adoré Never let me go de Mark Romanek).
Un pays qui se vide, inéluctablement, après avoir cramé, une femme qui meurt, tout aussi inéluctablement. Des compositions apaisées, (comme anesthésiées), des plans d'ensemble (une voiture sur une route qui coupe en deux un paysage) aux points de détail (des graminées ondulant sur fond de ciel bleu). Ne cachons pas notre enthousiasme : j'ai adoré tout ça. Et la façon dont, à intervalles réguliers, apaaraît une déchirure dans la trame de ce quotidien atone (j'ai parfois pensé à Duras, façon india Song, pour la teneur et la tonalité des échanges entre femmes, ah Delphine Serig, fermons la parenthèse...), une déchirure bienvenue qui vient tonifier l'ensemble (les jeunes dans la voiture, le concert improvisé avec le groupe de rock dans la nuit....)
Anamorphosée
J'aurais presque envie de parler de manifeste esthétique.  Encore bien plus que dans Harmonium, le réalisateur a soigneé la forme, et en poussant un peu l'expérimentation jusqu'à la zone rouge des potentiomètres, il peut parfois donner l'impression de prendre la pose (mais, encore une fois, j'adore ça). Ainsi, une longue scène, anamorphosée (= filmée de traviole) est venue ramener à mon coeur le souvenir -un peu pénible- de Mère et fils de Sokourov, qui lui l'était, (anamorphosé) de bout en bout, et avec ce souvenir la question de l'utilité du procédé. Certes, elle va mourir, certes elle en est toute chamboulée, mais là on aurait envie de parler de procédé, presque.
Les bambous en fleur
J'avoue que l'échange avec Hervé a -un tout petit peu- tempéré mon enthousiasme (quand on aime, on n'a pas envie de voir les défauts), et je pense qu'il a tout à fait raison à propos des "fins successives". On a un plan fixe, dans la fameuse pièce avec le fameux canapé devant la fameuse fenêtre, qui se clôt avec un fondu au noir tellement étiré et tellement prégnant qu'on se dit que le film est fini (et plutôt impeccbablement, d'ailleurs, je le répète). Et pourtant on enchaîne avec une nouvelle scène, solaire et douce, ce qui provoque un genre de choc thermique sensoriel.
Puis une autre encore (qui n'a pas convaincu Hervé alors que moi si). Je trouvais l'idée de la toute dernière scène, cet entêtement du personnage d'aller jusqu'au bout, tout à fait impressionnante, et somme toute, logique (justifiée, en partie, par les discussions qui l'avaient précédée).
Et je suis resté jusqu'au bout du bout du générique, pour réussir à reprendre pied sur la terre ferme du réel (et forme humaine par la même occasion).
Grandiose
Top 10 ?

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