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GRAND FROID
de Gérard Pautonnier

On a vu beaucoup beaucoup la bande-annonce dans le bôô cinéma, mais il y avait toujours des choses qui m'y plaisaient ou me faisaient encore sourire : Bacri, Dupont, Gourmet, Duquesne, des acteurs que j'aime bien, dans des rôles certes sans surprise mais grâce auxquels on se laisse porter et trimballer sans trop rechigner. Pourtant c'est en corbillard, et il fait un froid de gueux. Nos trois compères (les premiers de la liste) sont croque-morts, les deux premiers sous les ordres du troisième, patron d'une entreprise plus guère florissante. Située au milieu de nulle part, en face d'un restau chinois -tout aussi déserté, tenu par des belges.
Dès le départ, on baigne dans une ambiance pince-sans-rire, décalée, très réjouissante (et les dialogues, écrits -au petit poil- par l'auteur-même du roman que le film a adapté, Joël Egloff pour Edmond Ganglion & cie, en rajoutent encore à ce petit bonheur, certains répliques méritant de devenir cultes). Certes, pendant un certain temps temps, il ne se passe pas grand-chose, mais ce presque rien  suffit à notre plaisir, même si on sent derrière tout ça une certaine nonchalance, un certain relâchement, mais làcher ainsi ces quelques personnages au milieu de ces quelques décors (deux intérieurs : les pompes funèbres et le restau, mais le reste, en extérieurs tout aussi  splendidement hivernaux -ils ont été tournés en Pologne-) est absolument plaisant, dans un esprit de stylisation bd/ligne claire. Le spectateur prend possession des lieux, des personnages, des situations.
La deuxième partie du film est amorcée par "un redémarrage des activités" : il s'agit d'un défunt que ses proches (sa femme et son frère) souhaitent enterrer à un certain endroit (qui ne figure, hélas pas tout à fait sur les cartes dont disposent les conducteurs du corbillard. s'ensuit un trajet dans la neige et la glace de plus en plus congelé et surréaliste (qu'on avait deviné quand on a vu soixante-dix-huit fois la bande-annonce) où les choses ne se passeront pas vraiment comme c'était prévu, jusqu'à une troisième partie qui, elle, n'était pas absolument pas figurée, pour notre plus grand bonheur, dans cette fameuse bande-annonce, et où le film aborde un virage narratif supplémentaire.
Un film attachant, agréable, dont la nonchalance narrative joue peut-être un peu en sa défaveur. On ne s'y ennuie pas, on y sourit beaucoup, on apprécie l'humour à (grand) froid, bref on passe un bon moment. (J'allais écrire "juste un bon moment", mais, au milieu des comédiasses à la française thermoformées et interchangeables et lugubrement reproduites à la chaîne, c'est déjà énorme, non ?). (Et comme disait Quentin Tarentino, ou presque, "C'est trop cool un film avec des mecs en costard noir et chemise blanche...")

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