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ETE 93
de Carla Simon

Une journée cinéma au Victor Hugo, dans la salle 3. En premier, un film qui appartient à la famille pas si nombreuse des films tournés en catalan. L'histoire de Frida, une fillette, et de l'été qu'elle va vivre, justement, en 1993, dans la famille de son oncle, après le décès de sa mère.
Un beau personnage de fillette, un visage grave, des yeux noirs, une plus jeune (demi-) soeur blondinette, l'été, des jeux, le monde des adultes vivant et disant des choses qu'on ne .comprend pas forcément, des petits rites magiques, le souvenir d'une mère morte, et un film qui se termine juste la veille de la rentrée. Ne manquerait plus qu'un ritournelle écoutée sur un mange-disque ("Todas las promesas de mi amor si iran contigo mi olivideras mi olvideraaaaaas"), non ? Je n'ai pas pu m'empêcher de retrouver un certain parfum d'un des mes films préférés, le très cher Cria cuervos, de Carlos Saura (dont le titre de ce post est d'ailleurs la traduction en catalan), qui, comme celui-ci, trouvait d'autant plus de force qu'il était situé à hauteur d'enfant. A la bonne hauteur, ni trop mièvre ni trop théorique.
La gamine (Laia Artigas) est très impressionnante (comme avait pu l'être Ana Torrent en son temps), beau visage grave la plupart du temps, de temps en temps éclairé par un sourire. Ce fameux été 93, on le revit avec elle, au même rythme qu'elle (le spectateur n'en sait jamais plus que la fillette, et reconstituera l'histoire au fur et à mesure en fonction des éléments dont il dispose.) Elle n'a que ses armes de gamine pour trouver sa place, et les choses sont parfois difficiles, pour elle mais aussi pour les autres.
L'oncle la tante et la nièce qui deviennent les nouveaux parents et la nouvelle soeur, la grand-mère qui laisse échapper des choses qu'elle ferait mieux de garder pour elle, nouveaux repères, nouveaux lieux, nouvelles émotions, non tout n'est pas toujours rose pour Frida. Mais la réalisatrice, si elle la place au centre de son récit, ne l'idéalise pas non plus. Il y a des moments où , maman morte ou pas, on se dit qu'il y a des gifles qui se perdent. Les plans-séquences découpent le film en longues plages où les personnages (les fillettes notamment) prennent le temps de s'épanouir et les tensions de s'exacerber.

"L'enfance
Qui peut nous dire quand ça finit
Qui peut nous dire quand ça commence
C'est rien avec de l'imprudence
C'est tout ce qui n'est pas écrit..."*

L'enfance, dans tous ses états : la joie quelquefois, la tristesse souvent, les attentes, les espoirs, les désillusions, sans oublier, parfois, la violence. Un beau film d'enfance, un beau film d'été, un beau film catalan (on saisit au générique de fin que tout ça est autobiographique), bref un beau film tout court.
Un premier film très maîtrisé, des interprètes (les fillettes) au diapason (mais mmm le "nouveau papa" barbu est ma-gni-fi-que!), récompensé à Berlin.

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* Je la préfère chantée par Gréco que par Brel