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GABRIEL ET LA MONTAGNE
de Fellipe Barbosa

L'Afrique, ça n'est pas trop mon truc. mais bon, vue par un réalisateur brésilien, auteur d'un film que j'avais beaucoup aimé (Casa grande), peut-être se tentait-ce... 2h11 tout de même, eh bien ce soir gogogo dans la salle 1 du bôô cinéma à 20h30, avec, surprise, un rang de jeunes derrière nous (un peu bavards d'ailleurs). Go go go! car le jeune homme en question est plutôt speed dans sa façon de voyager. Un étudiant brésilien qui visite l'Afrique (le pays est partagé en chapitres, un par pays) mais ne veut pas le faire en touriste (mgunzu), juste à la façon des locaux.
On sait dès le début (une séance que j'ai trouvée d'une beauté époustouflante, très verte, avec deux hommes qui ramassent de l'herbe de façon quasi-chorégraphique, avec une musique fascinante, sur une rythmique minimale, obsédante, progressant jusqu'à la découverte du corps, recroquevillé dans une anfractuosité rocheuse) qu'il est mort là-bas, dans la montagne, et que son corps a été retrouvé au bout de 19 jours de recherche. Donc je ne spoile rien ou presque. Mort assez mystérieuse, d'ailleurs, en tout cas inexpliquée, à mi-chemin pour moi entre Carlos Castaneda et Les documents interdits...
Le film repart ensuite soixante-dix jours avant, et on accompagne Gabriel dans son périple, du Kénya au Malawi. Les images sont somptueuses (j'ai trouvé les paysages vraiment merveilleux, sincèrement et sans ironiques accents circonflexes ficaesques) et la façon dont Gabriel voyage lui fait rencontrer les gens, les "vrais", les autochtones, il parle avec l'habitant, il loge chez l'habitant, il mange chez l'habitant. et se déplace aussi par les moyens du cru. Ca, c'est ce qu'il veut faire, croire (faire croire ?), mais il reste, pur ceux et celles qu'il croise, un petit blanc friqué qui peut se payerle luxe de voyager en faisant semblant (en rêvant) d'être pauvre et libre.
Gabriel (qui a vraiment existé, et qui était un ami du réalisateur) est un personnage à la fois agaçant et attachant. Par sa jeunesse, son énergie, sa dégaine, et l'entêtement qu'il met pour obtenir ce qu'il désire. Parvenir à ses fins. (et, au bout du compte, à la sienne aussi, même s'il ne le sait pas encore). par sa façon d'être, et par ses illusions. Ce qui pourrait bien s'apparenter au caprice d'un enfant gâté. S'il est mort là-bas, c'est aussi parce qu'il l'a bien cherché, (dans tous les sens du terme).
Plus le film avance et plus le processus s'accélère. Gabriel est un jeune homme pressé, il veut monter là-haut à toute berzingue (pour une histoire de visa qui expire le soir à minuit) et n'écoutera ni le routier qui l'a transbahuté, ni le guide qui l'a accompagné (et qu'il a renvoyé), ni la femme qu'il croise au dernier refuge avant l'ascension et qui tente de l'en dissuader.
Tant pis pour lui.
J'ai pensé, bien sûr, à Into the wild, même si les décors et les enjeux ne sont pas du tout les mêmes. Si les deux personnages ont la même mort, solitaire et aléatoire, Gabriel aura pris soin d'être, jusque là, toujours accompagné (je n'ai pas parlé de sa copine, en compagnie de qui il effectuera un bon tiers de son périple africain, et qui n'hésite jamais, justement à lui renvoyer le reflet de ce qu'il est :un petit bourge gentiment suffisant... oui, décidément le problème des rapports de classes est bien un thème récurrent du cinéma brésilien, même quand il est, comme ici, délocalisé en Afrique, et rejoindrait, tiens, en biaisant, le film de Claire Denis vu juste après... Isabelle / Gabriel, même combat!) Les scènes finales sont magnifiques, l'ascension, l'arrivée au sommet, les photos qu'il y a prises (à ce moment, le réalisateur fait interférer le réel, puisque ce sont les vraies photos du vrai Gabriel qu'on voit alors à l'écran) et cette soudaine prise de conscience qu 'il est perdu (il appelle à l'aide, et se couche comme un enfant, rentrant dans la mort comme dans le sommeil, en tout cas dans l'apaisement, et on l'y accompagne, et on veille sur lui -Nature berce le doucement, il a froid- ) . Une scène à la fois très simple et très lyrique.
En tout cas un sacré beau film.

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... même si je trouve que l'affiche est ratée, vraiment très moche, en tout cas qu'elle n'a pas grand chose à voir avec le film, et ne donne surtout pas envie d'aller le voir, et c'est dommage... le fond blanc incompréhensible, le personnage flou et coupé, la superposition maladroite du paysage... non, hélas, rien à sauver.