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MOTHER!
de Darren Aronofsky

On a déjà eu Maman, Mommy, Mother, M/other, et la revoici donc avec un point d'exclamation (et une graphie chichiteuse!) J'ai quand même fait 40km pour aller voir l'avant-première, parce qu'elle était en VO (dans le bôô cinéma on n'aura droit hélas qu'à la VF),  qu'elle coûtait 7€ (avec le code 7ART) et qu'Aronofsky a déjà fait quelques films mémorables (Pi, Requiem for a dream) même si d'autres moins (The Foutain, The Wrestler) et d'autres encore que j'ai carrément zappés (Black swan, Noe).
(Le cinéma en question réussit quand même à nous projeter, en première partie, la bande-annonce du film qu'on va voir juste après! Bon, ça... met en condition, et on est prévenu, ça ne va pas rigoler!)
Le résumé allocinoche du synopsis était concis : "Un couple voit sa relation remise en question par l'arrivée d'invités imprévus, perturbant leur tranquillité.", et ce genre de sujet peut donner naissance à des films radicalement différents s'ils sont réalisés par, disons, Ingmar Bergman, Max Pécas, les soeurs Washowski, ou Lars Von Trier... Prise de tête, poilade, cyber-espace, dogma ? Histoire de traitement (et traitement de l'histoire, justement) Et la direction choisie par Darren Aronofsky n'est pas mal non plus...
Un couple, donc, elle blonde jeune et lisse (Jennifer Lawrence, que je trouve effectivement beaucoup trop lisse), et lui brun et massif (et plus vieux, et c'est Javier Bardem, qui a pris curieusement des faux airs de Fernandel). Un couple dans une grande maison, au milieu d'une nature apaisée et resplendissante, c'est le matin elle se réveille, elle se tourne face caméra, dit "Bébé" à son chéri, le cherche dans le lit, ne l'y trouve pas, puis dans la maison, et sort même sur le pas de la porte -pour voir la nature apaisée et luxuriante-, avant qu'il n'arrive par derrière, tout sourire après l'avoir surprise ("Je t'ai fait peur chérie ?"). Bref un petit matin ordinaire d'un couple ordinaire, dans sa grande (très grande) maison chicos avec beaucoup de pièces (et beaucoup d'étages aussi) ordinaire.
Normal, quoi... presque. Sauf que (il faut toujours un sauf que). On a vu, juste avant, des images qui ne vont pas tout à fait avec ça (je ne vous les dis pas toutes, mais, notamment, le visage d'une jeune fille à l'air furibarde et un peu cramée, filmée de très près, sur fond d'incendie, croit-on, qui paraîtrait quasi sortie d'une dystopie pour ados genre Hunger Games : L'Embrasement (où jouait, justement, hihihi,  la jeune Jennifer L. mais, fausse piste) , et on a du mal à comprendre sur le coup tout ce qu'on voit alors. Mais ça viendra plus tard.)
Dès le début, donc, on sent qu'il y a un truc qui cloche, sans qu'on puisse le situer avec précision, dans la maison, dans la relation du couple, dans le récit, ou dans la jeune fille elle-même qui semble... percevoir des trucs quand elle touche les murs (il y a aussi une cave assez angoissante, et une chaudière, comme dans Les griffes de la nuit ou Shining..., mais encore fausse piste) Aronofsky s'y entend pour mettre le spectateur mal à l'aise (je lui ai toujours trouvé un sens de l'esbroufe malaisante, remember Requiem for a dream...) et là il n'hésite pas à charger la mule sans modération et un peu dans tous les sens.
Les choses ne vont pas s'arranger, comme annoncé dans allocinoche, avec l'arrivée des fameux invités imprévus : d'abord lui (Ed Harris, un peu ratatiné), puis elle (Michelle Pfeiffer, que j'avais le sentiment de ne pas avoir (re)vue depuis des lustres (ou "qui s'était faite rare sur les écrans depuis le début des années 2000") mais que j'avais du plaisir à retrouver, en plus pas excessivement botoxée ça c'est bien, dans un rôle plutôt venimeux) qui vont rejouer Les inconnus dans la maison, ou presque... (fausse piste, nananananère) car d'autres vont arriver (ça pourrait être du Feydeau : "Tiens, On a sonné ?" mais en nettement moins drôle)et d'autres encore. La tension va aller croissant pendant toute la première partie du film, on est constamment crispé sur son siège (le réalisateur fait tout pour ça) d'autant plus que le film est assez agressivement sonore (et les possibilités du dolby astucieusement exploitées), avec une exponentialisation (ça se dit ? en tout cas vous comprenez ce que je veux dire) du sentiment d'invasion -et d'incompréhension-ressenti par la jeune fille, dont le début de grossesse (aussi soudain que radical, on pense à Rosemary's baby, mais toujours fausse piste) peut-être qualifié de pas de tout repos,  Ah j'ai oublié un détail important : Javier (le mari) est un écrivain en panne d'inspiration (on repense à Shining mais encore encore fausse piste), oh un pauvre créateur qui n'arrive pas à créer, et non ça ne va pas aller en s'arrangeant (cf début du paragraphe)... Comme l'écrivait Gainsbourg, les affreux de la création ("le génie ça démarre tôt, mais y a des fois ça rend marteau...")
(et c'est rien de le dire)
Pour ce qui est de l'ambiance générale du film, dans la première partie, Aronofsky réussit assez bien ce que Lynch avait fait il y a quarante ans, avec moins de moyens mais encore plus de force, et en noir et blanc s'il vous plaît (oui, Eraserhead) : filmer un cauchemar avec sa violence, son illogisme, ses excès, ses invraisemblances, ses questions sans réponses, son absurdité, sa gratuité aussi. Un cauchemar, un vrai, un bien flippant, le genre dont on se réveille en sursaut et en sueur, avec le coeur qui bat à cent à l'heure. Une première vague malaisante va monter monter gonfler s'hystériser atteindre son acmé, suivie d'une pause (juste le temps de permettre au spectateur de souffler un peu) d'apprécier un calme trompeur,  avant qu'hélas une deuxième vague ne coupe le poil à la racine et l'empêche de se rétracter  ne vienne remettre la pression, sur l'héroïne autant que le spectateur, en  montant encore plus haut et plus violemment (l'effet tsunami scénaristique).
Et ça devient tellement excessif qu'on est en droit, à un moment, de trouver ça grotesque. Et incompréhensible. Un salmigondis (ça change de gloubiboulga) mystico prétentieux grandiloquent (del'artiste considéré comme un messie) où le réalisateur a tellement voulu en rajouter que ça finit par lui péter à la figure. Le scénar court dans tous les sens, éclabousse, n'importe quoite et finit par s'autocarboniser. Et la façon un peu trop prévisible dont le film se clôt (enfin, façon de parler, les spectateur malins, dont je suis, hihihi, auront vu ça venir un peu gros comme une maison, re-hihihi) le dessert (le film, vous suivez ?). Et les différentes pistes laissées en plan (les taches rouges, le truc sanglant dans les toilettes, Ed et Michelle, le médicament jaune, le trou dans le mur) laissent frustré (avec le sentiment d'avoir été grugé) , tout comme le fait que le réalisateur se laisse aller à la facilité d'utiliser le jump scare (le bouh fais moi peur! avec apparition soudaine et musique qui souligne).
Si Darren A. a choisi la forme du cauchemar (bad bad dream), in extremis il se dégonfle pour une fin reformatée Hollywood. Lui qui nous avait empoignés au début du film, comme un chien choperait un chiffon dans sa gueule,  nous secouant violemment -rageusement!- dans tous les sens, soudain se lasse se ravise et nous jette là, dans l'herbe, plein de bave et de regrets, avant de partir désinvoltement japper ailleurs.
Forcément, on est un peu déçu.

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