mardi 19 septembre 2017

doigt d'honneur

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NOS ANNÉES FOLLES
d'André Téchiné

Il n'y avait pas de séance à 14h, nous y sommes donc allés à 16. André Téchiné, c'est un rendez-vous régulier depuis... pfouh! 40 ans c'est dire! Si ses derniers m'on diversement convaincu, du moins (L'homme qu'on aimait trop, La fille du RER) au plus (Quand on a 17 ans, Les témoins), celui-là serait plutôt dans une bonne moyenne. (le plus plutôt que le moins). Pour le couple vedette, d'abord, Pierre Deladonchamps, que je suis avec intérêt depuis L'inconnu du lac, et Céline Salette dont je ne manque pas une occasion d'aller admirer le beau visage triste (avec le secret espoir de la voir, un jour, dans un film où elle rirait aux éclats, et  ne serait pas malheureuse comme les pierres -mais c'est vrai aussi que la tristesse lui va bien- là, ça démarrait plutôt bien, et puis non, dommage, vers la fin... Chassez la tristesse et elle revient au galop.).
Le film s'inspire de l'"histoire vraie" d'un couple, pendant la guerre de 14, où le mari, ayant déserté pour cause d'aversion pour la boucherie (et on le comprend et on lui donne raison) est, dans un premier temps caché par sa femme dans la cave de la maison, avant d'être par elle incité à se travestir, pour que Paul se transforme en Jeanne, et qu'il puisse sortir enfin. D'abord il refuse, et fait son gros macho, puis il accepte l'idée, fait en sorte que, tenter le jeu, et finit par sortir de nuit, travesti, pour aller prendre l'air ? Non, plus directement, aller faire un tour au Bois. Où il va découvrir illico hop! les joies de la prostitution (il faut bien faire bouillir la marmite hein).
Téchiné a décidé de compliquer un peu la narration en alternant les strates temporelles, l'histoire étant racontée par le biais de la reconstitution théâtrale qu'en a fait un directeur de cabaret (Michel Fau, très bien malgré le toupet ridicule dont on l'a affublé), où le "maintenant" représente le "hier", avec tableaux successifs danses et en musique.
Cette ccomplication temporelle fragmente un peu le récit, on a du mal au début à retrouver ceui va avant ou après quoi, mais plus ça avance et mieux les repères sont posés.
D'autant que finit enfin par intervenir dans le récit le troisième nom du générique, Grégoire Leprince-Ringuet (découvert chez Téchiné en 2003 dans les Egarés, puis re- en 2007 chez Honoré dans les chansons d'amour) mais dont la carrière ensuite a été -pour moi- un peu en pointillés, d'autant que j'ai souvent, comme chez Hafsia Herzi par exemple, des petites réserves sur la qualité de son jeu, comme s'il jouait faux remarquablement juste, alors qu'ici il est parfait). Il joue un comte, richissime mais estropié, qui a fait connaissance de Jeanne/Paul  au bois (c'est un libertin), puis ensuite, par le même biais, celle de sa femme, dont il tombe éperdument amoureux.
Débute alors la troisème partie du film (oui oui je sais bien que c'est d'après une histoire vraie, mais...) ou Téchiné nous la joue un peu chanson réaliste, avec l'arrivée d'un bébé et tout ce qui s'ensuit... La stylisation dont il avait usé jusqu'alors, avec une grande intelligence, pour ses reconstitutions (le film est "en costumes" bien évidemment) donne alors le sentiment que le réalisateur traite tout ça un peu par dessous la jambe, avec désinvolture, presque, comme si cette partie-là, justement, l'intéressait moins (et pourquoi donc ai-je pensé alors à la fin de LacomBe Lucien ?).
Pierre Deladonchamps est impeccable dans son double rôle (après Balibar dans Barbara, voici encore un rôle qui pourrait être dit "à César"), tandis que le travestissement est souvent casse-gueule (surtout dans les films français) et l'ombre d'Albin/Serrault dans La cage aux folles n'est jamais très loin. Là, il est touchant, troublant, dnas cette dualité qu'il incarne et qu'il réussit à nous faire partager, aussi vraisemblable dans chacun des deux versants de son personnage.
Et, last but not least, c'est bien de se perfectionner en chansons françaises de notre enfance : Je ne connaissais que les premiers de Auprès de ma blonde, jusqu'à la caille la tourterelle et la jolie perdrix, et bien là le film nous la chante (et déchante) jusqu'à la toute fin, qui est, bien entendu une histoire d'amour, de tristesse et de séparation. "Je donnerais Versailles, Paris et St Denis..."

070614

Posté par chori à 06:37 - - Commentaires [0] - Permalien [#]