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BLADE RUNNER 2049
de Denis Villeneuve

Je l'attendais, cette grosse machine chromée rutilante hollywoodienne qu'on nous a annoncée longtemps à l'avance de façon assez tonitruante (et insistante). Comme tous les vieux cinéphiles, je garde dans mon coeur une certaine tendresse pour "le" vrai Blade runner, le premier, le seul, l'unique, mais bon, la durée (2h43), le casting (Gosling / Ford), l'opportunité d'une séance en VO ont fait que j'y étais, ce lundi à 17h30, et ce avec une certaine... impatience.
Démesuré, ça l'est : l'écran, la musique, les décors, le générique final ("il y a plus de noms sur ce générique que d'habitants dans notre ville..." a dit, à peu près, Hervé), les moyens techniques (et, corollairement aussi sans doute, les cachets des acteurs), et il faut reconnaître que Denis Villeneuve n'a pas lésiné, et a réalisé le beau gros giga film de SF qu'on espérait...
Dans le bôô cinéma, le film avait beaucoup de séances en vf, quelques-unes en vf et 3D, et très peu en vo (3 ou 4). Je ne concevais pas de voir le film en vf (oui je suis un vieux puriste, et je n'avais pas envie d'entendre Harrison Ford ou Ryan Gosling parlant français). C'est donc Ryan Gosling le héros, il a repris la silhouette et la fonction d'Harrison Ford dans le film-papa : il est chasseur de Réplicants, sauf qu'il est ici lui-même un Réplicant, c'est dit d'entrée, un de la dernière génération, celle qui obéit bien, qui fait son boulot sans (se) poser de question. En ouverture du film, il retrouve et tue (sans états d'âme, juste il fait son job) un vieux Réplicant, devenu fermier d'asticots ("producteur de protéines") et met à jour une caisse remplie d'ossements enfouie sous un arbre (mort), ceux d'une femme ayant accouché sous césarienne, mais Réplicante elle-aussi).
Wow! une Réplicante-maman ? Une histoire de re/naissance, tiens tiens. Ce sera le point de départ de l'enquête que va mener K (Gosling), renommé plus tard Joe, dans une histoire complexe et à travers un scénario touffu, avec investigations, découvertes, rebondissements, destruction de preuves, fausses pistes, dans un univers futuriste très cohérent (et très déprimant il faut bien le reconnaître) qui ne fait que reprendre et amplifier (ré-assaisonner) les décors de "BR le vrai".
K/Joe va surtout retrouver la trace de Deckard, qui est mêlé à l'affaire -d'où le titre- et qui a pris sa retraite  (Harrison Ford est vieux et il est magnifique, c'est une des meilleures raisons d'aller voir le film), et affronter un méchant industriel cynique (Jared Leto, très starwaresque).Il y a aussi des femmes, bien sûr, pas d'hollywooderie sans meufs : Joi, la copine virtuelle de K-Gosling, Joshi, sa supérieure hiérarchique, et Luv, la méchante-très-méchante, un genre de Terminatorette ("I am the best!") douée d'un joli minois (bras droit du méchant-très-méchant) mais prête à tout (vraiment tout) pour étouffer l'affaire.
Le film traite "consciencieusement" de la question posée au bac philo 2049 : "Qu'est-ce qui différencie l'Homme et le Réplicant ?" (Vous avez trois heures) et le fait avec toutes les armes et la pyrotechnie du cinéma à grand spectacle (On en a pour ses sous, ça c'est sûr!), mais tout ne me ravit pas, par exemple  les scènes de baston kung-fu(tur) étaient-elles vraiment indispensables (la bagarre dans l'eau est ennuyeuse), à part peut-être pour légitimer dans la salle la présence de jeunes bourrins attirés par ce genre de choses ? (et encore, ceux-là auront dû se sentir frustrés). Autre détail qui me chiffonne, le PPV (le placement de produit voyant) : était-il vraiment indispensable de nous montrer que K conduit une Peuge*t ?
Des bouffées (des échos) de la musique de Vangélis reviennent à intervalles réguliers pour faire souffler le vent de la nostalgie. Mais le film reste avant tout une machinerie, somptueuse, magnifique, hallucinante, certes, mais une machine, avec ce que ça suppose de rouages, de pistons (ça c'est moi, c'est la vieille école), de circuits intégrés et d'électronique, bref de procédés mécaniques, industriels. Je n'ai pas été du tout ému, même si je suis resté baba pendant ces deux heures quarante-trois là (bon, si, quand même la scène des retrouvailles avec Harrison Ford, mais pour des raisons qui sont peut-être "extérieures" au film.)
Du grand spectacle, incontestablement, qui peut laisser au spectateur attentif et tâtillon que je suis parfois le sentiment qu'il manque au film, sous la cuirasse de cuirassé (la redondance est voulue) interstellaire, le petit supplément de sincérité (d'humanité) qui aurait pu le transcender en grand film. L'âme, quoi (cours de philo de 2049, suite). Oui, à la sortie, subsiste ce sentiment que le film de Denis Villeneuve est à celui de Ridley Scott ce que les Réplicants sont aux humains : la même apparence, des performances supérieures, sans doute, une finition impeccable, mais quid des "vrais" sentiments, qui semblent ici avoir été greffés sur le scénario, comme, dans le film, on greffe des "faux souvenirs" dans le cerveau des Réplicants, pour les humaniser). Les personnages ne sont "que" des personnages, on a du mal à s'y (r)attacher... Je réalise que je viens de dire deux ou trois fois la même chose (mon obsolescence programmée est en marche, irrémédiablement) et donc skrtchh skrtchh (bruits un peu inquiétants de court-circuits et de faux-contacts) il vaut mieux s'arrêter là..

(D'autant plus que la fin semble un peu "bâclée", comme rapidement expédiée, et doublement en plus, car dans le bôô cinéma comme d'hab' les lumières se sont rallumées sur le dernier plan, avant même le début du générique, ça m'éneeeeerve!).


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(et l'affiche est moche, je trouve, et en rajoute encore dans la confusion starwaresque, non ?)