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L'ATELIER
de Laurent Cantet

Le hasard a fait que c'était justement la bonne heure, et donc allons-y! Entendu le réalisateur en parler dans On aura tout vu samedi dernier (merci Marie!) et c'était plutôt appétissant : un groupe de jeunes "en rupture" participe à un atelier avec une romancière et le projet d'écrire un polar. Les jeunes sont de La Ciotat et Olivia, l'écrivaine (Marina Foïs, excellente encore une fois) de Paris, d'où, au moins au début, choc des cultures, et surtout des accents.
Il y a dans le groupe un jeune homme, prénommé Antoine, qui, dès la première scène, nous est présenté comme " à l'écart" (c'est le seul qui ne courra pas alors avec les autres pour prendre le bus à la fin de la journée). Et c'est le seul du groupe que le film suivra en détail (in et hors atelier) tandis qu'on ne saura rien de plus des autres (ce que je trouve, personnellement, un tout petit peu regrettable mais bon). Antoine est un jeune homme plutôt taiseux, solitaire, ombrageux, qu'on va donc découvrir progressivement, à travers surtout les images qu'il regarde.
Laurent Cantet est un réalisateur très doué, qui réussit à nous amener pas du tout où on pensait justement qu'il allait le faire. Difficile, justement d'en dire plus sans risquer d'en dire trop.
Le film fonctionne un peu comme un steeple-chase, (ou, pour rester français, et à pied, un 400m haies, bref une course de fond avec passage d'obstacles à intervalles réguliers. Il a suffisamment de souffle pour tenir aisément la distance (et on est heureux d'y retrouver au générique, en tant que co-scénariste, le très cher Robin Campillo, réalisateur du récent et brillantissime 120 bpm, mais, tiens, dans ce film-ci, rien de gay clic clic). Et les obstacles franchis sont les écueils (les chausse-trappes, parlons soutenu) de ce genre de récit, évités l'un après l'autre et haut la main  par le réalisateur (et les co-scénaristes).
On croit Entre les murs, mais non (hop!). Puis on croit Corniche Kennedy, mais non (hop! hop!) Puis on pourrait croire Le blé en herbe, ou Le voyeur, ou Chez nous, mais non, mais non, mais non. (hop! hop! hop!)
Le récit est hâché, comme strié de textures d'images multiples (un jeu vidéo, un vieux doc décoloré avec voix lénifiante ad hoc, une vidéo sur y*utube, une autre sur faceb**k), et toujours on suit les trajectoires des deux personnages principaux, Olivia et Antoine, comme deux graphiques qui s'écrivent en parallèle, s'éloignent, se croisent, s'entrecroisent, bifurquent, s'emballent, ralentissent, avec toujours cette faculté à zigzaguer, à nous étonner, toujours nous (at tirant plus loin dans le récit .
Redire la grande qualité des deux interprètes (Marina Foïs, déjà nommée, et le jeune Mathieu Lucci, extraordinaire). Pas sûr, comme Téléramuche qu'il s'agisse d'un "film sur la jeunesse"... Sur un jeune, oui, et la façon dont il cherche sa place, au milieu d'un certain désespoir social ambiant. Pas joyeux joyeux mais bon, nous le savons, on ne vit pas une époque formidable, et il faut bien grandir avec...

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