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UNE FAMILLE SYRIENNE
de Philippe Van Leeuw

J'avais oublié que c'était un film belge... Il ne passait plus que dimanche soir, alors j'y suis allé. Un quasi-total huis-clos (à peine quelques minutes, furtivement, dehors), dans un appartement, en Syrie. L'appartement d'Oum Yazam, (jouée par Hiam Abbass, qu'ici on adore toujours autant...) une maîtresse femme qui y héberge non seulement sa famille (ses enfants, son père, un copain de sa fille aînée) mais aussi d'autres gens (une femme qui s'occupe du ménage, un couple de voisins du dessus, dont l'appartement a été en grande partie détruit). L'appartement est grand, et la caméra le fait souvent paraître labyrinthique. Le spectateur va y vivre une journée, en compagnie de ses occupants. Un jour dans un appartement d'un pays en guerre. La guerre est omniprésente, mais restera la plupart du temps hors-champ.
Le coeur de l'appartement est la cuisine, où tous ont consigne de se réfugier en cas d'alerte, en un huis-clos encore plus resserré que celui de cet appartement dont la porte est dûment barricadée. Protection un peu illusoire, mais protection quand même. Le film s'ouvre, le matin, sur le jeune couple dans sa chambre, et se refermera, le soir, sur un gros plan silencieux (magnifique) du grand-père qui fume, les yeux dans le vague. Et le hors-champ.
Entre ces deux moments se seront passées beaucoup de choses, des moments quotidiens, toujours dans un état de tension "habituelle" (la guerre), et d'autres parfois touchants (la vie, simplement) parfois inquiétants, parfois terrifiants, insupportables même. Le film laisse en état de choc.
Ce jour-là est passé, et d'autres suivront. Et l'angoisse est toujours là. Et c'est intolérable de se sentir ainsi pris en otage, perpétuellement, au coeur de cette saloperie de guerre, imbécile, absurde, insensée.
Le film est fort, dense, et ne laisse que peu de place à l'espoir... Un film très tenu, tendu, qui nous assigne à notre place d'observateur impuissant, désarmé (mais n'est-ce pas ainsi que devraient l'être, tous ces connards de belligérants ? L'homme est con par nature, il suffirait peut-être de le désarmer simplement pour le rendre inoffensif ? Même pas sûr...), comme le sont, sous nos yeux, les habitants de ce logement, et, par extension ceux de tout ce pays.
La situation est un peu similiaire à celle de Dégradé, le film des frères Nasser, qui dressait le même genre de constat (huis-clos) dans un salon de coiffure, mais en Palestine cette fois. Avec la même violence hors-champ, mais je trouve cette Famille syrienne encore plus fort, parce que moins théâtralisé, plus brut, plus "réel". Moins "visiblement" théorique...
Et j'aime beaucoup ce thème récurrent du regard, tout au long du film, qui va vers le dehors, à travers ces rideaux ocre jaune (j'avais écrit jeune)... L'espoir ?

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(et l'affiche est simplement magnifique je trouve)