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NUMERO UNE
de Tonie Marshall

J'ai fini par y aller, la deuxième semaine (en principe nos films n'ont la chance d'y rester qu'une seule, sauf les sorties nationales), car mes maies Emma et Dominique m'en avaient dit toutes les deux beaucoup de bien, et je les ai donc écoutées.
L'histoire d'une femme Emmanuelle Blachey (Emmanuelle Devos) à qui on offre l'opportunité - oui, c'est bien dans ce cas précis une opportunité...- de devenir la première femme pédégette d'une entreprise du CAC 40. Hervé, bien plus au fait (et au faîte) de l'actualité historico-économico-politico de notre pays m'a tout traduit à la sortie, aussi bien les acronymes des entreprises que les patronymes des gens impliqués. Mais le film se voit très bien sans savoir tout ça.
D'ordinaire les histoires de haute politique et ou haute finance m'inintéressent. Emma m'avait rassuré en disant que le point de vue humain était privilégié. Le film tourne (gravite) autour d'Emmanuelle Devos (j'ai toujours beaucoup aimé cette dame), qui occupe déjà de hautes fonctions au début du film, dans un monde de buildings-miroirs où s'assemblent des gens en costume-cravate (de façon écrasante du genre masculin) pour parler de gros sous et préparer d'autres rendez-vous pour d'autres réunions pour d'autres plus gros sous encore. Mais dans cet univers de prédateurs encostardés, quelques femmes ont la volonté de planter leurs jolies dents pointues dans de viriles anatomies pour récolter leur part du bifteck.
Notre héroïne est contactée par un "club de femmes" (avec à leur tête la divine Francine Bergé -me sont instantanément revenus en tête de quasi-émois érotiques adolescents à l'écoute de sa voix quand elle jouait La belle jardinière, tous les soirs à la télé en noir et blanc sur la première chaîne- qui lui propose de l'aider dans son accession au poste de pédégère en remplacement d'un vieux mourant après la succession duquel jappent déjà de multiples prétendants. Et nous sommes donc dans l'arrière-cuisine des bagarres intestines en vue de cette nomination, et ça n'est pas joli joli. On voit passer du beau monde : Suzanne Clément, Richard Berry, Benjamin Biolay, Anne Azoulay, Bernard Verley, Jérôme Deschamps, qui vont se battre, fleurets mouchetés, champagne, soirées fastueuses, ors de la République, arcanes du pouvoir...
C'est la guerre, mais Tonie Marshall reste concentrée (focalisée) sur le personnage d'Emmanuelle Devos, qu'elle dote d'une famille cinématographiquement (et humainement) forte : un père vieillissant (Sami Frey, très Chat du Cheshire), une mère disparue en mer, un mari américain, deux enfants pas du tout idéalement beaux. Et on s'intéresse du coup davantage à elle qu'à ce qui peut bien lui arriver, finalement (qui fait penser à la chanson de Cloclo Ca s'en va et ça revient...).
Et j'aime beaucoup cette rêverie périphérique qui sous-tend son existence, de plage, de femme et d'eau. Ce contrepoint formel et fantasmatique qui fait même citer un plan sublime de La nuit du chasseur, oui oui...

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Un film, donc, plaisant dans ce qu'il peut avoir de surprenant (d'inattendu) encore plus que dans la qualité générale de son interprétation (une pensée spéciale pour Benjamin Biolay, parfait).

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