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AU REVOIR LA-HAUT
d'Albert Dupontel

Ce mec-là je l'aime énormément. Acteur, réalisateur aussi, responsable de quelques bonheurs cinématographiques dans un cas comme dans l'autre (Bernie, 9 mois ferme, Les premiers les derniers, Fauteuils d'orchestre, Le bruit des glaçons...). Là, il était attendu au tournant. Je n'avais pas lu le bouquin de Pierre Lemaitre (dont j'avais pourtant adoré les polars, et surtout Travail soigné que je recommande encore une fois -merci à Pépin qui me le fit découvrir-), parce que 1) roman historique et parce que 2) Prix Goncourt, deux raisons suffisantes pour moi. Mais voilà que j'avais trouvé le roman il y a peu de temps à Emmaüs, et que, grâce à une formidable insomnie, à 3h du matin, j'en ai lu cette nuit  les 100 premières pages, juste de quoi avoir encore plus envie de m'y précipiter (ce que n'avait pas forcément provoqué la bande-annonce...).
Donc j'y étais ce mercredi, dès la première séance, et qui plus est en compagnie de Catherinechounette, ce qui ne pouvait que me rendre encore plus joyeux. Et on était, bizarrement, dans la plus petite salle du bôô cinéma, mais qu'importe!
Ca commence par un truc qui n'est pas dans le roman (en tout cas pas à la même place, je n'ai pas encore lu la fin) : le personnage de Dupontel, au Maroc, arrêté par les policiers locaux et sommé par leur chef de raconter son histoire (parenthése d'ouverture qui aura sa jumelle -de fermeture donc- de la même manière à la fin du film) Et nous voilà partis, début novembre 18, dans les tranchées, tout comme dans le livre.
Bon, ne nous taisons pas plus longtemps, j'ai vraiment beaucoup beaucoup aimé ça, de a jusqu'à z. La double dédicace du film ("à Alain de Greef" et "à Marcel Gotlib" pourrait orienter le spectateur mu (c'est celui qui vient juste après le spectateur lambda, un petit cran au-dessus, quoi) vers l'option "on va se poiler" alors que non non pas vraiment (j'ai même versé ma larmichette oui oui). Et en parlant de se poiler, il y a peu de lettres de différence avec spoiler (j'avais écrit spolier, ça fonctionne aussi), alors je n'en dirai pas trop. Ceux qui ont lu le bouquin joueront au jeu des différences, et ceux qui ne l'ont pas lu le découvriront avec un grand bonheur, que je ne voudrais pas gâcher.
C'est donc un film en costumes (1918/1920), qui parle de la guerre, de ce qui arrive pendant, et après. Avec un budget gigantesquement confortable. Et Albert Dupontel (qui filme désormais dans la cour des grands) confirme qu'il est un homme sensible, et de goût qui plus est. Il a eu la bonne idée de s'adjoindre les talents de Nahuel Perez Biscayart, fraîchement ressuscité de 120 bpm, en tant que compère du personnage qu'il joue. Et rien que ça ça fait du bien, du encore mieux au film. J'ai déjà dit à plusieurs reprises combien je l'aime et combien il me touche, ce maigrichon touchant, et là, il est toujours aussi bien, à ne s'exprimer la plupart du temps que par les yeux (qu'il a très bleus) sous des masques divers (qui ont -hélas- fait chichiter le critique de Libé ("le film s’encroûte inexorablement en une lourde sarabande de masques percés de regards effarés, emblème d’une folie contagieuse que le film entend d’un même mouvement propager et dénoncer en une sorte de vrille qu’il voudrait vertigineuse."). Tsss*
C'est aussi un film qui fonctionne, qui remplit son contrat (l'adaptation d'un roman "historique", Prix Goncourt, de plus de 600 pages). Courageusement. Et on lui pardonne les à-peu-près, les un-peu-trop, qu'on voudra bien lui trouver, vu l'énorme plaisir de spectateur qu'il procure. Du vrai bon plaisir de spectateur au cinoche (le lieu du simulacre, de la fascination, des faux-semblants, dela poudre aux yeux).
C'est aussi -encore- un film qui parle du rapport au père (Niels Arestrup, immense), et ceci ne pouvait que me toucher davantage (la confrontation finale entre les deux, quand elle se joue juste avec les yeux, me bouleverse complètement.
Moi, si j'avais des réserves, ce serait à propos du méchant du film, du méchant très méchant qui est tellement méchant qu'il n'a pas le temps ou la place d'être autre chose qu'une caricature de méchant, un genre de loup de Tex Avery, quoi, mais qui a peut-être l'avantage fonctionnel de resituer le film dans le contexte du film de genre, du comic, du feuilleton. Entre mélo hyper-réaliste léché et bande dessinée grinçante façon Tardi (oui, j'ai pensé par moments, je ne sais pas pourquoi, à Adèle Blanc-Sec).
Un grand bravo donc à Monsieur Dupontel et à toute son équipe (et au générique, ils sont quasiment autant que sur celui de Blade Runner 2049, c'est dire...)
Je réalise que j'ai voulu faire vite, publier ce post tout de suite, à peine sorti du four ("démoulé trop chaud" ?), et qu'il y a plein de choses dont je n'ai pas parlé (j'y reviendrai peut-être plus tard). Je voulais juste vous dire "allez-y!"

196053

(et je trouve l'affiche justement magnifique -et, évidemment, magnifiquement juste!)

* ce même critique a pourtant dit le plus grand bien des films de Macaigne, Cantet, et Ferreira-Barbosa...