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A BEAUTIFUL DAY
de Lynne Ramsay

D'abord, précisons qu'il semble toujours aussi idiot de "traduire" un titre original en anglais (You were never really here) par un autre titre anglais (il faut attendre la dernière minute du film pour comprendre pourquoi).
Ensuite, "le Taxi driver du 21 ème siécle" est une accroche publicitaire nulle (pléonasme). Taxi driver, wtf ? En plus je n'ai jamais aimé ce film.
Et quid des prix ? Le film a été couronné deux fois à Cannes : meilleur acteur et meilleur scénario. Acteur, oui, c'est incontestable, Joaquin Phoenix est immense, je le redis je le répète, j'en bave et je m'en convulse. Pour le scénario, c'est un peu moins évident. Tant qu'à faire, celui de la mise en scène aurait été plus... judicieux.
Fin des ronchonnades (aah si, quand même : pourquoi, dans le bôô cinéma, le projectionniste -facétieux, comme à son habitude- nous avait-il mis le son si fort ? un coup à vous faire péter le sonotone, ça...).
Pour le reste ? c'est tout bon. (Un peu drôle de dire c'est tout bon devant l'histoire d'un mec, disons "tourmenté", qui détruit des pédophiles à coups de marteau, mais c'est pourtant le cas. Une vieille spectatrice -nous étions trois à la séance de 16h - m'a dit "Oui mais, c'est un film d'homme, ça cogne, etc." pour expliquer pourquoi elle avait détesté, quand je lui ai répondu "mais c'est réalisé par une femme...").
Lynne Ramsay, je connaissais de nom., mais je n'ai vu aucun de ses films. J'avoue que celui-là me donne envie de voir les autres, même si -j'y suis allé voir après avoir vu le film- les critiques ne sont pas tendres (enfin, certaines : une salve de 1 * en bas du tableau pour Téléramuche, Première, Libé, La septième saison et, tiens, je vais les citer in petto : "Un nanar qui se fantasme en objet clinquant et artistoïde, et tout autant l’inverse, enfin quelque chose qui traduit surtout un mépris ultra-bourgeois du cinéma", méprisantissimes, Les Cahiaîs.
C'est sûr que ce film est, pour moi, beaucoup plus une forme qu'un fond. Plus qu'une histoire, surtout la manière de la raconter. Mais bon, j'aime ça, qu'un film soit avant tout un objet cinématographique, et You were never really here l'est, brillamment, incontestablement. Joaquin Phoenix, bien sûr. Cet homme-là, je l'aime autant aux USA que Vincent Macaigne par ici, c'est dire. Et il est filmé avec tellemnent de fascination (et presque concupiscence ?) par la réalisatrice qu'il prend toute la place, même quand il ne fait rien. Un personnage torturé, qui sidère d'abord physiquement, par la force de sa présence (50% nounours et 50% terrifiant) puis, progressivement, par la complexité de son mental (des flashes, des visions, infinitésimaux et incompréhensibles au départ, puis de plus en plus prégnants, qui permettent au spectateur de reconstituer quelques situations qu'on qualifiera de "traumatisantes". J'ai vraiment été fasciné d'un bout à l'autre, avec un point culminant (j'avais écrit  acmé mais ça m'a semblé pas tout à fait ça) au beau milieu du film (et au beau milieu d'un lac), une scène qui cite quasiment Bill Viola (et tiens, presqu'un peu de La nuit du Chasseur, allez...) et m'a simplement subjugué.
Bien sûr, ça peut sembler parfois un peu embrouillé (la narration est à l'image du personnage central, perturbée), on ne comprend pas pas tout, mais bon on est en plein dedans, on galope derrière, la nuit nous appartient, la nuit new-yorkaise, celle qu'on avait déjà tant aimée filmée par les frères Safdie dans leur Good Time. Et Joaquin Phoenix y règne sans partage.

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