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LE VENERABLE W.
de Barbet Schoeder

Comme je l'appréhendais, un film terrifiant. Barbet Schroeder ajoute à Amin Dada et Jacques Vergès le Vénérable W du titre. Il n'a l'air de rien, à le voir comme ça, tout sucre et tout miel, calme posé et lénifiant, avec sa robe orange il colle tout à fait à l'image qu'on se fait desdits moines et de leur religion : zenitude et respect. Sauf que, pas du tout.
On est très vite fixé, dès sa toute première intervention. Cet homme-là profite de sa position de "Maître" (je mets les guillemets juste pour lui) pour proférer une haine féroce envers les musulmans. La mauvaise foi et la violence du discours en rappellent d'autres (chez nous, il n'y a pas si longtemps, certain borgne, sa fille, et consorts, et, en Allemagne, un peu plus tôt, mais de façon bien plus systématique et "rationnelle", certain autre moustachu à méche).
Je cite ces deux-là pour situer le niveau de haine, de violence, de mauvoise foi et de dégueulasserie auquel leur "discours" se situe, sauf que les deux derniers le faisaient en hurlant, en éructant, tandis que notre moine safrané le fait posément, sans hausser à la fois, en ajoutant parfois même un sourire pour parapher ses déclarations.
C'est terrifiant, c'est révoltant, c'est monstrueux, et le réalisateur nous raconte les choses, simplement : les images, le plus souvent documentaires, sont -soyeusement- doublées par une voix, qualifiée au générique de "petite voix du bouddhisme", et qui a la bonne idée d'être celle de Bulle Ogier. Qui se contente d'énoncer les préceptes de ladite religion, et le déroulement des événements. et le simple fait de l'associer aux images qui montrent ce qui se produit en réalité, en suivant soi-disant ces préceptes, un génocide de masse, celui des Rohingyas, rend les choses encore plus choquantes.
Un film poignant.

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