samedi 16 décembre 2017

chat blanc

214
JEUNE FEMME
de Léonor Serraille

Un film comme une mosaïque de bouts de miroirs cassés (à bords parfois coupants) où se refléterait à chaque fois la bluffante Laetitia Dosch. (Il y a quelques mois elle avait la fait la couverture des Cahiaîs pour illustrer un dossier sur Les excentriques du cinéma français, me semble-t-il). Quant à la réalisatrice, je l'avais découverte lorsqu'elle était montée sur la scène pour récipiender sa Caméra d'Or, à Cannes 2017, et où elle avait fait quasiment une déclaration d'amour à son interprète principale, Laetitia Dosch justement. C'est vrai qu'elle porte le film, mais que  le film qui la porte aussi d'une certaine façon...
Au premier plan du film Paula est en colère, de dos, devant une porte fermée (celle de son amant), tandis qu'au dernier plan elle nous regarde, face caméra, derrière une fenêtre (celle de la chambre de bonne qu'elle va quitter) qu'elle vient elle-même de fermer. Entre les deux, il s'en sera passé des choses, elle en aura rencontré des gens...
C'est un film de fragments, car c'est un film de rythme, d'énergie. un film à l'image de sa personnage, entre insolence et agressivité. Toujours sur le fil. Avec juste le minimum requis d'humilité et de baissage de museau lorsque vraiment les circonstances l'exigent, mais sinon toujours le bec en l'air et les poings en avant. Ce qui compte dans chaque situation, c'est l'effet qu'elle produit (et non pas les faits qui l'ont produite). J'adore le montage très cut, les ellipses et les sauts dans le récit, et la gymnastique à laquelle doit se soumettre alors le spectateur (se dire "ah, si elle est là, c'est qu'entre-temps -auparavant- il a dû se passer ça -et ça peut-être aussi-...").
Jeune Femme est un film instable, au sens propre, comme ces composés chimiques aléatoires qui à tout instant risquent de vous péter à la figure, et qu'il est donc recommandé de manipuler avec précaution. D'ordinaire. Mais pas ici. Car Léonor Serraille bidouille joyeusement ses éprouvettes, mélange des trucs avec des machins, agite vigoureusement, puis, sans forcément regarder l'effet produit, passe à autre autre chose, sans relâche  Et c'est repartie. Le seul petit reproche formel que je pourrais faire est que, du fait de l'omniprésence de Laetitia D., du coup ses partenaires ont parfois un peu de mal à exister, ne serait-ce que par la durée.
Alors dire que je me sens un peu partagé, dans la mesure où le film a vraiment tout pour me plaire, par sa liberté, sa structure, son énergie. Et je m'y suis pourtant un peu ennuyé. Un chouïa. Et le TR (temps ressenti) était supérieur à l'heure trente sept annoncée (ça c'est un signe). Je me souviens d'avoir pas mal joué avec les extrémités de cordon de ma capuche. Et l'horrible soupçon me vient que c'est peut-être juste parce que je suis un affreux gros pédé sectaire, et que si le titre en eût été Jeune homme, je n'aurais pas fait autant de simagrées que ça, hein, à chichiter pour ci et pour ça...
Et la musique aussi, quand même, tiens, un peu jazzeuse-machin et qui à chaque fois ou presque me faisait un peu grincer des dents (à part celle du générique de fin, impeccable) eh oui le film m'a fait penser à du free-jazz ( qui justement, aussi, m'agace très souvent les dents) mais bon on ne peut pas plaire à tout le monde hein.
Bref, incontestablement, un film de jeunesse(s).
A suivre, les filles!

3097310

Posté par chori à 08:41 - - Commentaires [0] - Permalien [#]