dimanche 31 décembre 2017

top 21 films 2017 (18 + 3)

et voilà, rituellement, les films qui ont fait mon bonheur cette année... enfin, bonheur, façon de parler, je réalise que, dans l'ensemble, ça n'a rien de très guilleret cette sélection, et surtout, emblématiquement,celui qui ouvre la marche, que je range à part, le seul qui n'est pas "un film de l'année"
a) parce qu'il s'agit d'une trilogie
b) parce que ces films  (1972, 1975, 1979) que j'ai seulement découverts cette année, figurent parmi les plus sublimemennt désespérés (et désespérément sublimes) que je connaisse, il s'agit des trois films autobiographiques de Bill Douglas (My childhood, My ain folk et My way home), dont je ne me suis toujours pas remis, et que je tenais donc à faire figurer à la place d'honneur :

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Voici tous les autres,  rangés par ordre alphabétique :

 

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(parce que c'est un film emblématique, excessif, et qui sent le cramé)

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(parce que Joaquin, Joaquin, ooooh Joaquin...)

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(parce que trois amis iraniens qui font -joliment- du camping...)

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(parce que ma plus belle histoire d'amour c'est vous, Jeanne B.)

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(parce qu'elles sont juste toutes magnifiques -j'inclus la réalisatrice-)

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(parce qu'un enfant qui pleure en silence derrière la porte)

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Glasses (film de festivâââl), celui qui ouvrait la danse...

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(la première fois que j'aime autant un film des frérots Safdie)

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(parce qu'il y a forcément toujours, au final, un film de la Semaine Belge)

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(parce que j'adore l'humour finlandais, l'humanité et la concision d'Aki)

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(parce que les Portugais sont gais -um-)

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(parce que, parce que... juste parce que Hong Sang Soo, tiens)

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(parce que les Portugais sont gais -dos-)

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(parce qu'encore une fois, tiens, Hervé avait raison...)

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(pour toutes ces demoiselles, sans oublier le congélo...)

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(parce que les Portugais sont gais -três- !)

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(Quand le Japon fait les yeux dos à Tarkovski)

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(des scènes d'amour filmées comme des scènes de violence, et vice-versa)

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(boire du vin de pastèque immergé dans sa grotte n'est pas un antidote suffisant)

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(une bouffée d'air marin, de campagne, de rêves -et de tendresse aussi-)

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en faisant les comptes par pays il apparaît :

pays à un film :
 Russie, Finlande, Corée, Italie, Belgique
pays à deux films :
 Iran, Japon
pays à trois films :
France, Portugal
pays à quatre films :
USA, Grande-Bretagne

(... tiens, c'est une année sans Roumanie... mais avec cinq réalisatrices!)

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samedi 30 décembre 2017

diorama

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LE MUSÉE DES MERVEILLES
de Todd Haynes

Il était normalement programmé sur la semaine (en principe 6 fois) mais voilà que ce sont les vacances de Noyel à compter de ce soir! Arghhh! Il faut être sûr que les clients spectateurs puissent ne voir que des merdes pendants les vacs, et donc il fut programmé -imbécilement- deux fois hier et deux fois aujourd'hui (dont deux séances à 13h45!) et donc circulez cochons de payants y a plus rien à voir, et je voulais juste râler et dire combien tout ça m'exaspère... Alors je fais comme dans l'histoire du Roi Midas, je fais un petit trou dans la terre le ouaibe, je dis dedans ce que j'ai à dire et je rebouche le trou...

Respirons à fond, faisons za-zen et revenons-en au beau film de Todd Haynes qui ne mérite pas tant de colère. Je l'avais raté à Besac, malgré le vif enthousiasme de Jean-Luc, et donc je l'attendais, comme on dit, de pied ferme, Todd Haynes étant à mes yeux un cinéaste plaisant dont Julianne Moore fut plusieurs fois la muse...
Donc, on a, au départ, deux films pour le prix d'un, le premier, en noir et blanc, est l'histoire d'une petite fille sourde (jouée par Millicent Simmonds, une gamine archi-bluffante), qui fugue à New-York pour aller retrouver une actrice dont on apprend qu'elle est sa mère, qui l'a visiblement laissée en dépot à la campagne et ne s'en soucie guère, le second est en couleurs, se passe dans les années 70 et raconte l'histoire d'un jeune garçon (Oakes Fegley, qui mérite presque autant d'éloges que la fillette) devenu subitement sourd à cause de la foudre, et qui fait lui aussi une fugue à New-York, pour y retrouver un père qu'il n'a jamais connu, mais sur lequel il possède de vagues indices (une publicité pour une librairie). Le film est ainsi construit en strates alternées, les deux histoires filent en parallèle, la mise en scène (et la musique) permettant des chevauchements et transitions diverses (et heureuses).
Todd Haynes n'est pas un plaisantin, et il a soigné autant ses deux histoires, aux petits oignons, on y voit vivre le cinéma des années 20 et celui des années 70, la reconstitution frôle la perfection (et qui dit parfait n'est pas loin de dire maniaque), et tout ça, comment le dire autrement, est  absolument magnifique.
Le spectateur mu (juste après lambda) se dit qu'il y a bien une raison à cette alternance d'histoires, qu'il y a forcément un rapport, un point commun, il note les années, il calcule sur ses petits doigts (ou dans sa tête) et il finit par trouver (j'avais deviné avant que le réalisateur ne finisse par nous mettre les points sur les i, mais bon ce n'était pas très difficile) ce qui s'est joué (et c'est hihi Julianne Moore la clé de l'histoire...).
(mine de rien je rédige ce post après une semaine de vacances et d'agapes, et des choses se sont évaporées, forcément).
New-York d'avant-hier et d'hier, des histoires de famille, de surdité aussi (les gens qui pratiquent la LSF auraient pu en profiter, je les y ai invités, enfin, certains, -n'est-ce pas Pépinou ?- mais, visiblement, en vain tant pis pour eux) , des enfants, des musées, des maquettes, des loups (ouh ouh!), des retrouvailles et de la musique, de la musique, de la musique (qui est comme le quatrième mur du récit), tout pour faire des heureux dans les salles obscures en cette fin d'année (s'ils ont pu, bien sûr choper au vol une des quatre malheureuses séances... bon j'arrête je me fais du mal)

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vendredi 22 décembre 2017

pression positive continue (appareil à)

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VA, TOTO!
de Pierre Creton

Un film dont sort comme d'un rêve (dont on ne sort pas vraiment, en fait). Puisque j'avais la salle pour moi tout seul (une séance de 20h30, pourtant, mais je savais que Jacky aussi était plus ou moins seul dans la sienne pour Khibula). Un film dont le générique de fin vous confirme à quel point il est plein de douceur.
Un film qui apaise, un film qu'on a envie de caresser, de dorloter. D'apprivoiser et de garder pour soi, comme le Toto du titre (il s'agit d'un marcassin, recueilli par une vieille dame).
Un film rural, terrien, avec des paysans, des chasseurs, des fusils, des villageois et des adjoints au(x) maire(s). Avec des voix qui n'appartiennent pas aux personnages qui les disent, aux corps qui les incarnent (je ne m'en suis aperçu qu'au générique de fin). Des voix amies, Françoise Lebrun, Rufus, Jean-François Stévenin, Grégory Gadebois. Et des ami(e)s, qui ne font que passer, Catherine Mouchet, Sabine Haudepin, Xavier Beauvois. Un film à l'apparence terrienne mais à la trame, à l'essence, très mystérieuses.
J'ai pensé à Alain Guiraudie, à Vincent Dieutre,  à Pierre Trividic (d'ailleurs ici co-scénariste) et Mario Bernard, à ces films autres, lanternes magiques en forme de journal intime, ce goût de raconter des histoires, d'en dire certaines, d'en montrer d'autres, cette façon de dévier subtilement le réel (cette évocation des "fééries villageoises" - je guillemette à dessein - décrites de l'intérieur, en vrai,  et non pas fantasmées  depuis derrière son petit bureau par je ne sais quel voyeur de loin urbain), bref cet enchâssement de l'odeur du vrai dans les vapeurs du rêve, cette envie mi-dite mi-tue du corps des hommes, de leur proximité, du désir qui les lie.Et de  la façon dont chacun(e) gère son histoire, sa place, son récit propre (Pierre et Wattetot-sur-Mer, son village, Vincent et les singes, en Inde, Joseph et sa machine à respirer. Et, bien sûr, Madeleine et Toto) et interfère avec ceux des voisin(e)s. Chacun pour soi et le film pour tous.
Du cinéma comme une nécessité, et des histoires comme une réalité. Film d'observation, d'observatoire, même. Mais avec quelque chose d'indicible (d'indéfinissable) qui vient s'interposer entre le film et celui/celle qui le regarde, que Shakespeare nommerait l'étoffe dont les rêves sont faits.
Ce qu'on pourrait nommer poésie, en tout cas une forme de poésie qui me touche et me fait résonner (bien plus que raisonner) où la simple exposition / juxtaposition de fragments du réel provoquerait un bouillonnement, une floraison, inattendu(e)s.
Un film (je devrais écrire un films) brutasson, comme la vieille dame qualifie son Toto de marcassin (pour un genre de film qui n'existe pas, utilisons un adjectif qui n'existe pas non plus, d'ailleurs c'est significatif : allocinoche le range dans la catégorie "divers"...).
J'en suis resté baba, tout chose, assis dans mon fauteuil au milieu de la salle rallumée et vide.
Et grâce à une des critiques lues, je sais pourquoi le film s'appelle ainsi, question que je m'étais à plusieurs reprises posée (mais si j'avais été un peu plus attentif j'aurais pu le deviner tout seul).

Et j'y suis retourné, le lendemain, à la dernière séance (à 18h cette fois, et nous y étions six), parce que ça me chiffonnait d'avoir un peu dormichouillé la veille, et je voulais ne rien en avoir manqué. Et j'ai bien fait. Je l'ai donc (re)vu intégralement, identifiant ce qui me manquait (principalement les scènes de Vincent en Inde avec les singes, qui forment un peu le contrepoids de celles de Pierre à Wattetot). J'aime cette instabilité du récit, ce sentiment continuel d'extrême simplicité (les images enregistrées) tout autant que de complexité mentale (la façon dont les choses sont agencées). Et je me suis une nouvelle fois (plus encore que la première, puisque d'une part je n'avais plus l'effet de suprise et d'autre part j'avais tous les éléments en main. Et je suis sorti, après avoir une nouvelle fois savouré ce générique doux, dans un état voisin de, comme quand j'étais plus jeune, celui dans le quel j'étais après une cigarette qui fait rire.
Un film qui aurait, finalement, tiens on y revient, quelque chose à voir avec le magnifique Seule la terre, vu il n'y a pas si longtemps (et qui sera dans notre prog et le bôô cinéma dès le 10 janvier qu'on se le dise...). Si, si. Comme un reflet déformé, lointain, (un écho) mais qui parle pourtant à peu près des mêmes choses. Quelqu'un de la (même) famille, sans aucun doute.
Bon, quoi, pour dire les choses simplement, j'adore les films qui parlent, entre autres, de paysans gays.

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jeudi 21 décembre 2017

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OH LUCY!
de Atsuko Hirayanagi

Un joli film japonais, ou plutôt mi-nippon mi-américain. Une employée de bureau à l'allure tristounette (et à la vie idem) se voit un peu chamboulée lorsque sa nièce lui propose d'aller à sa place  aux cours d'anglais/américain qu'elle a payés mais auxquels elle ne peut plus assister. Le professeur est un aimable jeune américain qui emploie des méthodes inhabituelles, à base de conversation, de perruques et de hugs (très ricains, pour se saluer). Tetsuko devient donc Lucy, et prend goût aux hugs (surtout ceux de John). Mais lorsque ledit John va soudain disparaître, prenant la poudre d'escampette avec la jeune nièce, direction les Etats-Unis, Tetsuko/Lucy ne va faire ni une ni deux et partir à leur recherche, en prenant quelques jours de congés, en compagnie de sa soeur (avec qui elle n'arrête pas de se chamailler...)
Et le film part à sa suite. Comment dit-on déjà ? Ah oui, "le choc des cultures" (et "la barrière de la langue")... Deux japonaises qui parlent assez mal l'américain, des américains qui ne parlent pas trop japonais... pas trop facile de s'entendre et de se comprendre. Deux japonaises avec leurs grosses valises encombrantes qui vont d'abord retrouver John, et l'embarquer à la recherche de la nièce... Les choses se compliqueront encore  dans un motel very american où tout ce monde va s'entrecroiser lors d'une longue nuit plutôt agitée, selon une mécanique de portes qui claquent que n'aurait pas renié un Feydeau modernisé (portes de chambres et portières de voitures), où la mécanique des sentiments (contrariés ou pas) peut conduire à certains excès qu'on est susceptible de regretter au petit matin... J'aime la très plaisante (et grinçante) façon dont la mécanique se déglingue progressivement. Dont les deux univers ne sont pas forcément miscibles (comme ketchup et wasabi, pour vous donner une idée).
Avant un épilogue "back to Japan" qui boucle la boucle sentimentalo/professionnelle pour Tetsuko (qui est tout de même, il faut le reconnaître, une personnage assez singulière).
Une comédie des sentiments un peu cruelle (normal, c'est japonais) dont la "petite musique" aigre-douce est revigorante et m'a ravi...
Merci à Nour (le distributeur) de nous avoir permis (entregent...) de le découvrir avant sa sortie(le film sortira fin janvier 2018), et de pouvoir en dire tout le bien qu'on en pense...

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... même si l'affiche est trompeuse et ne fait pas honneur au film
(non ce n'est pas un film sm nippon avec bondage et fouet...)

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et celle-ci pas tout à fait non plus, me semble-t-il,
mais serait un poil plus juste...

 

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dimanche 17 décembre 2017

judas! judas!

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KHIBULA
de Georges Ovashvili

Georges Ovashvili est un réalisateur géorgien dont on a déjà programmé (dans le bôô cinéma) les deux premiers longs-métrages (L'autre rive et La terre éphémère), qu'on aima ici beaucoup, et il était donc logique qu'on fasse de même avec ce troisième (le programmer et beaucoup l'aimer). C'est chose faite (même si on n'était que 3 à la première séance, pour cause d'horaires non seulement inadéquats -les séances de 13h45 dites "séances de retraités"- mais également fluctuants et imprévisibles... Oui c'est comme ça dans le bôô cinéma, et de plus en plus -et j'avoue que ça commence à me courir-...)
Cette fois (revenons à notre Georges O., qui n'y est absolument pour rien) il s'agit d'une histoire vraie, celle d'un Président, Zviad Gamsakhourdia, qui a été destitué suite à un putsch (l'histoire est complexe, et j'avoue que j'ai eu recours aux services de wikipédiuche pour en savoir un peu plus) et s'enfuit, entouré d'un groupe de fidèles partisans, poursuivi par une "junte" dans une traque dont on pressent bien qu'elle ne s'arrêtera jamais... Fuir, et encore fuir... A travers les magnifiques paysages géorgiens (Ovashvili est un extraordinaire filmeur de paysages, entre autres) il se réfugie, avec son groupuscule, une garde rapprochée de rudes gaillards géorgiens, (et en compagnie de son -attendrissant- Premier Ministre), dans des fermes, des maisons isolées, rencontre des gens, mais jamais pour très longtemps... A chaque fois il faut repartir. Le voyage, dans cette marche forcée, cette fuite en avant inéluctable, est tiraillé entre le lyrique et le glaiseux, entre la poésie et le terre-à-terre.
J'aime ce film parce qu'il fait partie du genre de biopic que je préfère : le biopic allusif (ou biopic par la bande). On peut très bien voir le film sans savoir qu'il s'agit d'un vrai fait-divers, mais comme une histoire abstraite, juste cinématographique, une méditation (j'avais écrit médiation, ça n'est pas mal non plus) sur le pouvoir et la solitude qu'il engendre (même s'il est toujours entouré, accompagné, il est néanmoins très seul, ce Président), un déplacement doublé d'un survol "folklorique" de la Géorgie, ses chants et ses danses (ça chante beaucoup dans le film, des femmes parfois, des hommes souvent, on n'est pas chez Jacques Demy, mais à chaque fois ou presque c'est très émouvant), une progression dramatique rectiligne en apparence, mais dont on s'aperçoit au fur et à mesure qu'elle est délicatement trouée de lambeaux oniriques. Ces beaux surgissements émaillent le récit de chausse-trapes le rendant délicieusement instable.
Et j'aime beaucoup cette idée de laisser, à la fin, notre héros face à son miroir, le rasoir à la main, sans trancher (!) entre les différentes possiblités que le dernier déroulant nous exposera par écrit  : suicide ? assassinat ? C'est -presque- à nous de voir. La seule certitude c'est qu'il est mort, le 31 décembre 1993, dans le village de Khibula...
Encore un autre film fascinant (cette fin d'année nous les aligne), où l'on apprend plein de choses, notamment que
1) en Géorgie on boit de l'alcool de grenade
2) en Géorgie, à 19 ans, on peut déjà avoir une grosse barbe bien drue
3) en position automatique, un flingue lance toutes ses balles, mais si on appuie sur ce bouton, là, il ne part plus qu'une seule balle à la fois
(le sens du détail)

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samedi 16 décembre 2017

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JEUNE FEMME
de Léonor Serraille

Un film comme une mosaïque de bouts de miroirs cassés (à bords parfois coupants) où se refléterait à chaque fois la bluffante Laetitia Dosch. (Il y a quelques mois elle avait la fait la couverture des Cahiaîs pour illustrer un dossier sur Les excentriques du cinéma français, me semble-t-il). Quant à la réalisatrice, je l'avais découverte lorsqu'elle était montée sur la scène pour récipiender sa Caméra d'Or, à Cannes 2017, et où elle avait fait quasiment une déclaration d'amour à son interprète principale, Laetitia Dosch justement. C'est vrai qu'elle porte le film, mais que  le film qui la porte aussi d'une certaine façon...
Au premier plan du film Paula est en colère, de dos, devant une porte fermée (celle de son amant), tandis qu'au dernier plan elle nous regarde, face caméra, derrière une fenêtre (celle de la chambre de bonne qu'elle va quitter) qu'elle vient elle-même de fermer. Entre les deux, il s'en sera passé des choses, elle en aura rencontré des gens...
C'est un film de fragments, car c'est un film de rythme, d'énergie. un film à l'image de sa personnage, entre insolence et agressivité. Toujours sur le fil. Avec juste le minimum requis d'humilité et de baissage de museau lorsque vraiment les circonstances l'exigent, mais sinon toujours le bec en l'air et les poings en avant. Ce qui compte dans chaque situation, c'est l'effet qu'elle produit (et non pas les faits qui l'ont produite). J'adore le montage très cut, les ellipses et les sauts dans le récit, et la gymnastique à laquelle doit se soumettre alors le spectateur (se dire "ah, si elle est là, c'est qu'entre-temps -auparavant- il a dû se passer ça -et ça peut-être aussi-...").
Jeune Femme est un film instable, au sens propre, comme ces composés chimiques aléatoires qui à tout instant risquent de vous péter à la figure, et qu'il est donc recommandé de manipuler avec précaution. D'ordinaire. Mais pas ici. Car Léonor Serraille bidouille joyeusement ses éprouvettes, mélange des trucs avec des machins, agite vigoureusement, puis, sans forcément regarder l'effet produit, passe à autre autre chose, sans relâche  Et c'est repartie. Le seul petit reproche formel que je pourrais faire est que, du fait de l'omniprésence de Laetitia D., du coup ses partenaires ont parfois un peu de mal à exister, ne serait-ce que par la durée.
Alors dire que je me sens un peu partagé, dans la mesure où le film a vraiment tout pour me plaire, par sa liberté, sa structure, son énergie. Et je m'y suis pourtant un peu ennuyé. Un chouïa. Et le TR (temps ressenti) était supérieur à l'heure trente sept annoncée (ça c'est un signe). Je me souviens d'avoir pas mal joué avec les extrémités de cordon de ma capuche. Et l'horrible soupçon me vient que c'est peut-être juste parce que je suis un affreux gros pédé sectaire, et que si le titre en eût été Jeune homme, je n'aurais pas fait autant de simagrées que ça, hein, à chichiter pour ci et pour ça...
Et la musique aussi, quand même, tiens, un peu jazzeuse-machin et qui à chaque fois ou presque me faisait un peu grincer des dents (à part celle du générique de fin, impeccable) eh oui le film m'a fait penser à du free-jazz ( qui justement, aussi, m'agace très souvent les dents) mais bon on ne peut pas plaire à tout le monde hein.
Bref, incontestablement, un film de jeunesse(s).
A suivre, les filles!

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vendredi 15 décembre 2017

chemin des douaniers, ou des contrebandiers ?

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LA VILLA
de Robert Guédiguian

Dans d'autres vies ils ont pu être amants, ici ils sont frères et soeur. C'est ça la magie du cinéma, en général, et du cinéma de Robert Guédiguian, en particulier. Qu'on parle de famille ou de tribu, c'est bien le même groupe d'acteurs qu'on retrouve au fil de chacun de ses films ou presque : Ariane Ascaride, Gérard Meylan, Gérard Darroussin (depuis Ki lo sa ?, en 1985, dont on voit d'ailleurs un -très émouvant- extrait dans le film... trente ans, ça passe, comme ça, pfouhhhh!) auxquels il ne faudrait pas oublier d'adjoindre Jacques Boudet (présent, lui, dès Rouge midi, en 1983)
Eux cce sont les piliers, la garde rapprochée, les indispensables, le noyau dur, auxquels viennent s'adjoindre, des invités de passage,  dans le cas présent, Robinson Stevenin et Anaïs Demoustier.
Ils se retrouvent, les deux frères et la soeur, dans la villa de leur père, qui vient d'avoir une attaque qui l'a laissé très diminué, pour une histoire de papiers et de succession. Un prétexte, bien sûr (gros comme une maison, justement). Elle, actrice, est partie depuis vingt ans, Gérard M. est resté sur place et a repris le restaurant de son père, tandis que Gérard D. lui, revient, mais on ne sait pas trop d'où. Il a amené avec lui sa "trop jeune fiancée" (c'est ainsi qu'il la présente), à un moment où leur relation devient un peu problématique.
Guédiguian revient à Marseille, à l'Estaque, aux souvenirs, aux rêves de jeunesse, aux idéaux, aux illusions aussi, et c'est extrêmement doux, et très mélancolique aussi. Et ensoleillé. Il y a le ciel, le soleil et la mer... Et l'amour. Un film avec beaucoup d'amour, conjugal, parental, filial, familial, inter-générationel (eh oui les personnages ont vieilli, et c'est comme s'ils accueillaient une jeune garde pour lui/leur passer le relais), bref beaucoup d'amours.
Un film qui fait du bien, comme un repas en famille bienveillant en compagnie de gens qu'on aime bien et qu'on est content de retrouver, qui fait le point aussi. (Ce que chacun raconte depuis qu'on ne s'est vu). Sur l'engagement politique (définition du terme "bourgeois"), sur le temps qui passe (est-ce que c'était vraiment mieux, avant ?), sur la mort, (bien sûr), sur le rapport aux autres (les militaires, les migrants, les touristes...) et la capacité à les accueillir (des enfants à sauver, un amour à débuter, un père à réveiller).
On est au bord de l'eau, et c'est un peu normal que dans ce contexte, Guédiguian charge peut-être un peu (trop) la barque (ce que certains critiques ont pu lui reprocher) mais trop d'amour ça n'a jamais de mal à personne, et ça n'a jamais fait chavirer non plus aucun esquif filmique...
Nous aurons en tout cas fait en leur compagnie une belle traversée, un  voyage, immobile peut-être, dont on se rappellera...

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jeudi 14 décembre 2017

alouette

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CARRÉ 35
d'Eric Caravaca

Eric Caravaca signe un film poignant mais tout en retenue sur un "secret" (un non-dit, en tout cas) de l'histoire de sa famille : la mort de sa soeur aînée Christine. Il interviewe sa mère, son père, son frère, sur cette mort tue, cachée, niée, pendant toutes ces années, et reconstitue patiemment l'histoire, avec honnêteté, simplicité, humilité. Il s'agit pour lui de remettre un visage, oh, juste une photographie dans le cadre vide sur la stèle posée sur la tombe de sa soeur, qui figure un livre ouvert, avec un poème qui parle d'alouette...
Il est beaucoup (surtout) question de famille, et, bien entendu, ça m'a d'autant plus touché. Les histoires de familles compliquées, les choses cachées, les mystères, les enfants morts, les souvenirs et les regrets aussi, je connais "un peu"...
C'est bouleversant ces fouilles archéologiques familiales, ce que le réalisateur parvient à exhumer, à mettre à jour, le formidable déni opposé par sa mère, très gentiment, très poliment, (très sincèrement, même) tandis que les autres témoignages aident, petit à petit, à reconsituer, en creux, le portrait fragmenté d'une enfance disparue...
Beaucoup de documents d'archives, qui rendent les choses encore plus intimes et passionnantes : photographies, films super 8, vidéos (dans un double mouvement, Eric Caravaca montre les films tournés par ses parents, mais aussi ceux qu'il a lui-même tournés, son fils Balthasar, son père mort à l'hôpital). Oh la violente et douce mélancolie qu'engendrent ces images un peu floues, un peu décolorées... (je dis sans doute ça parce qu'il ne me reste rien de ce genre ou presque...)
Le film a été co-écrit avec Arnaud Cathrine, et c'est Florent Marchet qui en a fait la musique, qui elle aussi accompagne les images avec tendresse, simplicité, et beauté. Une réussite.

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mercredi 13 décembre 2017

un lévrier, beaucoup de poissons rouges, et quelques agneaux

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LA RONDE
de Max Ophuls

Je n'avais jamais vu ce film, et j'ai d'ailleurs failli le manquer (une unique séance à 13h30) et pile-poil le temps d'arriver en ville, de payer le parking et de courir jusqu'à la salle. Pile-poil. De la belle ouvrage (avec toute la plus belle lingerie d'actrices de l'époque : Simone Signoret, Danielle Darrieux, Odette Joyeux, Simone Simon, auxquelles répondaient les galants Reggiani, Gélin, Barrault, Philippe)pour un étourdissant ballet orchestré par Anton Walbrook, que j'avoue ne pas connaître. C'est adapté de Schnitzler (que je n'ai pas lu), mais la structure même (A aime B qui aime C qui aime D etc. et tournez manège...) ne déparerait chez Tchékhov (chez qui les choses eurent sans doute été moins chamarrées et effervescentes). Bref c'est magique, étourdissant, éblouissant, et ça donne envie de courir à la Cinémathèque pour (er) voir tout Ophuls. (Je ne connaissais pratiquement que le sublime Lettre d'une inconnue, d'après Zweig). Magnifique pour commencer cet après-midi de cinéma.

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UN HOMME INTEGRE
de Mohammad Rasoulof

... Qui continuait quasiment aussi sec (dix minutes de pause) avec ce film iranien que j'ai préféré à La Villa, qui commençait à la même heure. Et qui a tenu ses promesses au-delà de mes espérances. (Je connaissais déjà Mohammad rasoulof, qui a  réalisé les très forts La vie sur l'eau, Les manuscrits ne brûlent pas -de terrifiante mémoire- et Au revoir).
Un homme qui a quitté Téhéran et est venu s'installer à la campagne avec sa femme et son fils dans une ferme s'est lancé dans la pisciculture. Les débuts sont difficiles (qui dit début dit banque, emprunt,intérêts...), d'autant plus qu'il s'avère très vite qu'une "Compagnie" est intéressée par l'achat de son terrain et va tout faire pour lui pourrir la vie et le pousser à vendre.
Seulement cet homme intègre du titre, à partir du moment où il refuse de payer les pots-de-vins et pourboires divers pour graisser les successives pattes de ceux à qui il a à faire, va se heurter frontalement à un système bien mis en place. Et donc au modus operandi quotidien iranien. (" ou tu es oppresseur, ou tu es opprimé..." Et va le payer de plus en plus fort.
Le film est très intense, on y est dans un état de tension constante, aussi immergé que le héros (qu'on voit d'ailleurs, régulièrement aller se réfugier jusqu'au cou dans l'eau d'une grotte -ces séances sont magnifiques, et comme les respirations indispensables dans cette histoire étouffante- pour y siroteren cachette du vin de pastèque fait maison).
Le film tient un peu du western rural (le bon nouvellement arrivé affronte les seigneurs mafieux locaux) et rejoindrait en celà le traitement du beau My sweet Pepperland, compte tenu du rôle qu'y joue, dans chaque cas, la compagne du héros. Ici, la femme de notre héros est directrice d'école (Golshifteh Farahani était maîtresse) et elle tente d'intervenir par tous les moyens dont elle dispose, ce qui met encore plus en pétard les méchants.
Après Téhéran tabou, le film en remet sans pîtié une couche sur tout ce qui est pourri au royaume d'Iran (et c'est rien de le dire). Le film a d'ailleurs coûté à son réalisateur la confiscation de son passeport et l'interdiction de tourner. Un film fascinant, où on craint à chaque fois le pire, qui finit généralement par arriver... Magnifique, encore, pour continuer.
Top 10

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SEULE LA TERRE
de Francis Lee

J'ai dû tenir deux heures pour assister au film suivant, dont je ne connaissais encore rien la veille. (Tiens, encore un film de chez Pyramide, chapeau pour le line-up!). J'ai même failli ne pas en avoir la patience, le froid, la nuit, les décos de noyel, tout ça, mais,  après une pizza au Royal, les choses allaient nettement mieux.
En route pour l'Angleterre où Johnny, un jeune paysan, mène une vie pas très rigolote dans la ferme où en plus des travaux et des soins aux animaux il doit s'occuper de son père handicapé, avec l'aide de sa grand-mère. Une introduction quasiment documentaire, âpre, rêche, comme si Ken Loach avait adapté Petit paysan. Pour se distraire, le jeunot se bourre régulièrement la gueule le soir au pub, et assouvit -assez rudement- sa libido dans des petits coups vite faits avec des mecs croisés. Oui, il est paysan et gay (peut-être faute de mieux, ça arrive, mais ce n'est pas ici explicité). On pourrait parler de saillies, oui. Y a d'la joie, quoi.
Les relations sont un peu tendues entre le père, le fils, et même la grand-mère (ces gens-là sont des économes de la parole). Quand est annoncée l'arrivée d'un saisonnier, qui est le seul à avoir répondu à la petite annonce passée par la famille pour recruter quelqu'un pour les aider, le jeune ne voit pas ça d'un bon oeil, et les premiers contacts sont  plutôt glaciaux avec le nouvel arrivant, qui répond au joli prénom de Gheorghe (c'est roumain). Et il est mimi, le saisonnier. Et même si, au départ, Johnny lui mène la vie dure, le traite de tous les noms, ça ne va, justement, pas durer, -on le sait parce qu'on a vu l'affiche et un peu lu la plaquette- et ils vont bientôt jouer ensemble à Fais moi mal, Johnny Johnny Johnny, envoie-moi au ciel... mais eh oh attention ça ne va pas se faire comme ça, hein, chaque chose en son temps (la première scène d'affrontement entre les deux est à tomber tellement elle est belle) et un pas après l'autre.
Et bien évidemment j'ai adoré ça.
Déjà, une histoire d'amour entre mecs, ça a tout pour m'appâter, mais quand en plus elle est traitée comme ça, ça en devient céleste. Rien ici d'idyllique de roucoulant ou d'apprêté.  Parce que c'est très ancré dans le réel, dans la boue et le fumier, oui, bien planté les deux pieds dedans. Et c'est touchant de voir naître et se construire cette relation entre les deux hommes. D'autant plus que si les deux gaillards sont très justes, le reste de la distribution est aussi juste comme il faut, avec ce qu'il faut de couleur locale et de roulement des r pour que vraiment on s'y croie, avec eux, dans le West Yorkshire. Du bel amour, simple, fort. Et la (belle) façon dont un personnage (Johnny) s'ouvre progressivement aux autres.
Un premier film qui a été multi-primé en festival(s) (et qui, je viens de regarder les chiffres vient de faire le meilleur démarrage (moyenne par séance) de la semaine, avec pourtant seulement 5 copies/Paris). Magnifique, pour terminer la journée!
Top 10 again (c'est rarissime que j'en voie deux d'affilée!)

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Posté par chori à 06:14 - - Commentaires [3] - Permalien [#]