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MISE A MORT DU CERF SACRÉ
de Yórgos Lánthimos

Ouh la la! (ou "Aïe aïe aïe", ou "Oh mondieumondieumondieu...") c'est un peu l'état dans lequel j'étais à la sortie du film de Yorgos Lanthimos, réalisateur dont j'ai raté les premiers (Canine et Alps) et à moitié aimé l'avant-dernier (Lobster). On y trouve le même couple-vedette que chez Sofia Coppola (c'est dire l'imagination et l'inventivité des castings hollywoodiens) : Colinchou Farrell (avec une magnifique belle grosse barbe mais hélas toujours ses nouveaux sourcils hollywoodiens apprêtés, quel dommage!) et Nicole Kidman (qu'à ma grande surprise j'ai trouvé excellente) qui jouent un couple de médécins à la vie parfaite (job, maison, famille) deux enfants mimi, Bob le benjamin (qui a des airs, oui oui de Jodie Foster young) et Kim, l'ainée, toute mimi avec ses longs cheveux romantiques. Au début tout va bien, donc, jusqu'à ce que fasse irruption dans la jolie famille  Martin, un adolescent dont Colinchou (chirurgien) a tué le père sans le faire exprès lors d'une intervention, et qui souhaite que justice soit faite, enfin, sa justice.
La mise en scène est très chiadée, -trop ont dit certains-, et, comme la musique du film, s'enfle progressivement (jusqu'à, diraient les mauvaises langues, virer à l'académisme le plus pompier et démonstratif qui soit). Comme souvent dans le bôô cinéma, elle était, la bande-son, beaucoup trop fort (je crie exprès), et comme le réalisateur a la fâcheuse manie d'en remettre une couche assez régulièrement, elle contribue, oui oui je sais c'est exprès- au malaise grandissant et à l'inconfort générés par le film, surtout les grincements de cordes bruitistes contemporains qui se surajoutent à l'action, la redoublent, la sursignifient, au lieu de simplement l'accompagner.
J'avoue que j'ai plutôt bien aimé tout le début du film, même si on sent que le réalisateur n'a pas du tout envie de rigoler et qu'il tient vraiment à nous le faire savoir. Cadrages écrasants, diction blanche des comédiens, impeccabilité des décors, tout est fait pour. Après, ça se gâte un peu, puis encore un peu plus, jusqu'à atteindre un joyeux -et révoltant- n'importe quoi, pour se clore sur une scène finale dont j'avoue ne pas comprendre le sens (mais la musique pourtant devrait m'y aider, je le sens).
J'ai donc relu les critiques, et été frappé par les noms de réalisateurs qui y revenaient : Pasolini (bon, Théorème, ok), Kubrick (pour les ambitions de mise en scène, les travellings dans les couloirs comme Danny sur son tricycle dans Shining, et l'utilisation de la musique, je pense, et peut-être aussi Nicole Kidman comme en clin d'oeil à Eyes wide shut, ok ok aussi), et notre bon vieil Haneke (il me semble avoir lu quelque part que Lanthimos était encore plus méchant avec ses personnages -et, donc, avec le spectateur- que Hanekechounet, d'ailleurs ce post a failli s'intituler Funny game, en référence à qui vous savez, justement).
Le film, qui pour moi commençait très bien je le redis, hélas se perd en route au fur et à mesure qu'il s'hypertrophie (j'ai pensé à la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le boeuf) et se met à tirer un peu dans tous les sens (en tournant sur lui-même en se cachant les yeux, vous verrez, vous comprendrez mieux...) sans que ce canardage tous azimuths ne lui permette d'atteindre précisément quelque cible que ce soit (la famille et l'éducation ont toujours été des dadas pour Lanthimos, et la société bourgeoise et le capitalisme aussi...) Et le fait que la narration s'embrouille et se prenne les pieds dans le tapis du fantastique, ou de l'horreur, ou de je ne sais pas trop quoi, en rajoute encore dans la confusion...
J'ai pensé "c'est insupportable..." de plus en plus, au fur et à mesure qu'on se rapproche de la fin du film, mais j'ai continué à regarder, et je suis quand même resté, sidéré, jusque tout au bout du générique, c'est donc que, malgré tout ça, quelque chose fonctionne (C'est peut-être juste de voir Colinchou avec son bonnet, hein, me souffle en ricanant le diablotin assis sur mon épaule droite), mais l'ensemble, tel quel, est trop,  trop glacial, trop sérieux,  trop emphatique, trop démesuré, trop... mégalomane et je suis sûr que si le réalisateur dégonfle un chouïa son égo (et ses ambitions) cinématographique(s), soit en y insufflant, par exemple, juste un chouïa d'humour, (où en se dotant d'un scénario à la hauteur) ça pourrait donner quelque chose de vraiment fort. et de réellement impressionnant.

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l'affiche... plutôt réussie (et juste)

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et, tiens, juste une image, comme ça, en passant...