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NORMANDIE NUE
de Philippe Le Guay

On l'avait pourtant en sortie nationale, mais l'enthousiasme initial (après le pitch et la bande-annonce) s'est un peu émoussé, puis progressivement ratatiné (surtout quand j'ai su, soyons honnête, qu'on n'en voyait pas le bout de la queue d'une, comme on dit -je veux parler bien entendu de QV-)
Et ce samedi après-midi de temps de merde, après Coco, je me suis laissé tenté (ce sont finalement Malou, le matin, puis Gigis, à midi qui m'ont téléphoniquement décidé). Malou avait plutôt bien aimé, et Gigis beaucoup au début mais pas du tout à la fin. Je suis d'accord avec les deux.
Les habitants de Mêle-sur-Sarthe, en majorité des paysans et des éleveurs sont au bord de l'asphyxie économique (comme la majorité des paysans français, d'ailleurs) et leurs révoltes (et leurs tentatives de faire parler d'eux) n'baoutissent pas. Jusqu'à ce qu'un célèbre photographe américain, qui photographie les gens à poil in situ ne passe fortuitement par chez eux et ne s'entiche photographiquement d'un pré, dans le quel il souhaite prendre en photo tous les habitant(e)s, à poil bien entendu. Dans le village, on est moyennement chaud, mais le maire (François Cluzet -un chouïa en roue libre -de tracteur bien entendu) va faire le forcing pour décider tout le monde. Le champ en question pose déjà problème, puisqu'il est disputé immémorialement entre deux familles dont les descendants (Philippe Rebbot, un chouïa en surjeu, et Patrick d'Assumçao, un poil en sous-jeu) continuent avec obstination de s'entre-détester, et le film continue en se subdivisant en plusieurs histoires (le couple de bobos parisiens venus retrouver la vraie vie à la campagne, le jeune imprimeur- coureur cycliste déçu revenu pour liquider le magasin de photographie de son père, le boucher qui ne veut pas que sa femme (qui fut Miss Calvados) pose pour "la" photo) qui accompagnent ou contrecarrent l'intrigue principale.
Et c'est vrai que ça fonctionne plutôt bien. Jusqu'au dernier quart d'heure du film, qui vire, il faut bien le reconnaître (spécialité du Perche oblige ?) en joyeuse eau de boudin. comme si le réalisateur (ou les scénaristes -ou les producteurs ?-) avai(en)t soudain décidé que, morosité de début 2018 oblige, il fallait absolument que tout se termine bien, Et allez-donc les gros sabots, on prend toutes les lignes, et on coche les cases "youp la boum, hop! ça finit bien" les unes après les autres. C'est dommage. Ca n'apporte rien au film, et ça met juste le spectateur mu (moi, donc) un peu mal à l'aise.
Mais on sort de la salle avec une pensée émue pour tous les acteurs, et, tout autant, pour la beauté des paysages du Perche auxuqels le cinéaste, visiblement, a été sensible...
Et une salve d'honneur pour Grégory Gadebois, qui dans le rôle du boucher sanguin et bourrin, livre -une fois de plus- une interprétation de haut-vol, et toute en demi-teinte, ce qui est encore plus fort (et, tiens, j'ai repensé justement au boucher -et à sa femme- des Habitants, d'Alex Van Warmerdam, que je vous engage énergiquement à voir -ou à revoir-.

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