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CALL ME BY YOUR NAME
de Luca Guadagnino

... Et de deux d'affilée! C'est rare d'avoir ainsi l'occasion de voir, deux jours consécutifs, coup sur coup donc (!) deux "cathédrales" cinématographiques gay. Hier soir  l'islande, et cet après-midi l'italie. Hier deux ados en gros pulls et aujourd'hui un jeune et un plus vieux, en maillot de bain. Le film est adapté d'un roman d'André Aciman, Plus tard ou jamais, paru à L'Olivier en 2007 (titre original : Call me by your name), que j'avais à l'époque acheté, sans le connaître, à la librairie Les mots à la bouche (ma librairie chérie de la rue Ste Croix de la Bretonnerie), parce que le libraire le recommandait par un petit papier incitatoire sur lequel clignotait -pour moi- le mot Incandescent... (avec les points de suspension). J'avais dévoré ça bien sûr, et peut-être même l'ai-je chroniqué sur ce blog ? Je rechercherai...*)
Donc, contrairement au film d'hier, je savais cette fois, à quoi m'attendre (J'ai repris le bouquin et découvert que le film lui est extrêmement fidèle : noms des personnages, situations, lignes de dialogue reprises à la virgule près.). Et le film a été scénarisé par James ivory (qui le produit aussi), le cher vieux James Ivorychounet à qui je dois notamment un Maurice qui tourneboula ma psyché (comme on dit) de jeune homme, Maurice avec lequel ce film-ci aurait plus que quelque chose à voir...
J'avais juste un très bref (et très enthousiaste) compte-rendu incitatif de Jean-Luc et je suis donc allé à Besac, (sous un joyeux ciel très bleu) pour la séance de 13h20 avec Dominique.
Un adolescent, donc (le très doué et très mimi Timothée Chalamet), passe l'été dans la maison -luxueuse- de vacances de ses parents (les très très plaisant(e)s et justes Amira Casar et Michael Sthulbarg - ce dernier récemment apprécié dans La forme de l'eau, mais là encore mieux si c'est possible, notamment dans une sublime scène quasi-finale dont je ne me suis pas remis-), "quelque part dans le nord de l'Italie "  (et des années 80), il est en vacances, le jeune homme, un peu comme dans le jardin des Fizzi-Contini ("On est chez les pauvres..." m'a ironiquement murmuré Dominique au début du film), il a entrepris de draguer une jeune fille, avec laquelle il compte bien perdre son pucelage et découvrir les plaisirs de la chair (frémissement...).
C'est alors que débarque alors dans la maison Oliver, un universitaire américain, invité par les parents d'Elio (c'est le prénom du jeune homme) qui va mettre le feu aux poudres (et réciproquement) de l'adolescent attendri(ssant), dans une progressive entreprise de séduction réciproque qui va prendre son temps pour arriver à ses fins. (Ô pâmoison)
C'est... délicieux. Comme pour le Heartstone d'hier bien évidemment je me suis pâmé. Je suis -l'aviez-vous remarqué ?- sensible aux histoires d'amour entre mecs. Et là, tout y est, des prémisses à la conclusion. J'ai savouré ces entrechats de la séduction, ce pas-à-pas (peut-etre mieux approprié que goutte-à-goutte ? Quoique...) du désir, ce parcours du combattant somme tout très bien balisé (un vrai GR de la Carte du Tendre). La sensualité, l'indolence de l'été, les frôlements d'épiderme, les billets doux, les rendez-vous secrets, l'attente, la tension, non, rien n'y manque...
Les larmes me sont venues tard (la prodigieuse scène à la fin,  avec le père, sur le canapé**, qui m'a fait quasiment hoqueter d'émotion -comme Arnaud Rebotini à la cérémonie des César- et pleurer, oui), mais pendant tout le film je suis resté comme un papillon de nuit devant un halogène, fasciné par ce qu'on y raconte (et ce qu'on y montre -ou pas, d'ailleurs- (paradoxalement -mais peut-être est-ce dû à Mister Ivory- il est question de choses assez crues (de l'utilisation d'une pêche mûre à point et dénoyautée à cet effet) mais, comme dans un bon vieux film américain des années quarante, au moment crucial, celui "de l'acte", la caméra -hoooop!- panote tranquillement vers la droite et s'intéresse prudemment (prudement ?) à ce qui se passe par la fenêtre, à la nuit d'été, les grillons, tout ça... Ca ne m'a pas dérangé, ça m'a juste fait sourire.) et (la parenthèse fut longue) par la façon élégantissime dont tout cela est raconté.
Car le filmage est au diapason de cette confusion des sens, l'ébullition, l'incandescence (le libraire avait raison) dans sa façon de sauter d'un scène à une autre via juste un trait d'union sonore, de s'intéresser soudain  à un détail (une nature morte) au milieu d'une action, d'en partir et puis d'y revenir.
Oui, c'est magnifique.
Et magnifique aussi la façon dont le jeune Elio du film (Timothée Chalamet, encore une fois j'écris ton nom)  nous restitue cette effervescence des sens, ce trouble, ce paroxysme, cette indécision.Cette simplicité et cette confusion. Pour qui a été jeune et pédé (ce qui fut mais est encore mon cas) ça ne pourra que raviver des souvenirs -ou des fantasmes-.
Là je placerai une (toute) petite réserve, sur le personnage d'Oliver (et l'acteur qui l'incarne) : c'est dommage qu'il soit un peu trop beau, un peu trop ricain, un peu trop lisse (un peu trop fade, en  fait, à mon goût) mais peut-être conforme au personnage du livre ? Il faudra que je vérifie. Midinet, j'aurais souhaité -préféré- que cet ado s'amourachât d'un mec dont moi aussi j'aurais pu m'.
Mais ça n'est pas très important.
Le film, c'est certain figurera en bonne place dans mon Top 10 de la pâmoison. Peut-être lui manque-t-il juste de la petite pointe d'audace qui aurait pu venir pimenter ce filmage très/trop sage (même chez James Ivory, pourtant, il y a trenteans (!) il y avait, si ma mémoire est bonne, au moins une QV -celle du jeune Scudder, le palefernier, amant de Maurice (la célèbrissime scène, pour moi, du "Scudder do this, Scudder do that!"- eh bien là rien, rien de rien (mauvaise langue : "On voit bien que le film était en lice pour les Oscars***, il a fallu sans doute polir les aspérités, replier -hihi- ce qui dépassait...").
Mais je réalise que le réalisateur (voici un beau début de phrase) ne m'était pas inconnu au bataillon : c'était déjà lui qui avait signé le magnifique Amore (avec la non moins magnifique Tilda Swinton...), chroniqué ici.
Applaudissons, baignons-nous, buvons des citronnades, faisons du vélo, jouons du piano, soyons tourmentés, saignons du nez, espérons, attendons... Oh que tout cela que tout cela est bon!

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* Eh bien non, je viens de vérifier, je n'en ai absolument pas parlé...

** Cette scène, comme beaucoup d'autres, se trouve, quasiment à la virgule près, dans le bouquin (que je vous engage énergiquement à lire). En voici la fin :
"Ecoute, me devança-t-il. Tu as eu une belle amitiè. Peut-être plus qu'une amitiè. Et je t'envie. A ma place, la plupart des parents espéreraient que tout cela passe vite, ou que leur fils retombe rapidement sur ses pieds. Mais je ne suis pas un tel parent. S'il y a du chagrin, chéris-le, et s'il y a une flamme, ne l'éteins pas ne sois pas brutal avec elle... Le manque peut-être un chose terrible quand il nous tient éveillé la nuit, et voir les autres nous oublier plus vite qu'on ne voudrait être oublié n'est pas mieux... Nous arrachons tant de nous-même pour guérir plus vite qu'il ne le faut, qu'à trente ans nous sommes démunis et avons moins à offrir chaque fois que nous commençons avec quelqu'un de nouveau. Mais ne rien ressentir pour ne rien ressentir quel gâchis !"

plus tard ou jamais


***  Aux Oscars, d'ailleurs, le film n'a obtenu "que" l'oscar de la mailleure adaptation (je le redis, sans vouloir diminuer les mérites de James Ivory : tout est déjà tellement bien ficelé dans le livre qu'il ne restait plus grand chose à faire...)