jeudi 22 mars 2018

dans la baignoire

036
JUSQU'A LA GARDE
de Xavier Legrand

Terrifiant.
J'ai déjà dit toute l'admiration que je porte à Denis Ménochet (ah la scène de chambre avec Jean-Louis Couloch' dans Le skylab...), toute la faScination qu'il exerce par hmmm... sa présence virile. mais bon, là, j'avoue, je n'aimerais pas être marié avec lui. C'est Léa Drucker qui s'y colle, merveilleusement éteinte, en femme terrifiée. Le film débute devant la juge (une juge beaucoup moins rigolote que celle vue récemment dans Ni juge, ni soumise) et finit avec les flics. On part du quasi-documentaire, et on finit par y revenir. mais en passant par quel(s) chemin(s)! Cette première scène met en place le fonctionnement qui sera celui de chacune des scènes : il y a ce qu'on voit, ce qui se passe, ce qu"on pense voir se passer, et ce qui se passe réellemnt. Pour un premier film, Xavier Legrand témoigne d'une sacrée force (ou puissance) dans la maîtrise de son récit ou la gestion de ces personnages. Sur le ring de cette première scène, Ménochet pourrait être le bon gros gentil nounours que l'on a arbitrairement privé du droit de voir ses enfants, et Léa Drucker, monolithique, la vilaine méchante maman qui a tout fait pour l'en priver, chacun jouant sa partition -son rôle- dans le fracas de basse-cour (j'exagère à peine), le combat de gallinacées de leurs avocates respectives.
On comprend dès la scène suivante ce qui s'est joué, et qui a gagné, tandis que continue de grandir le malaise qu'on avait commencé à ressentir dès l'ouverture.
Le week-end, le klaxon de la camionnette du père qui vient prendre son fils, (il n'a visiblement pas le droit d'entrer dans la maison), le visage fermé du fiston, on sent bien que ça ne passe, justement, pas très bien, et que dans ce "jeu" personne ne fait rien, justement, pour que les choses aillent mieux.
Car rien ne va s'arranger, justement. Bien au contraire. Le réalisateur a placé ses jalons, ses cailloux blancs : audience chez la juge, repas en famille, fête d'anniversaire, trajets en voiture, un parcours "réaliste" (terre-à-terre, banal, balisé) toujours sous-tendu par une certaine dimension fantasmagorique (mythologique), jusqu'à cette dernière partie du film, dans l'appartement de la mère, qui est parfaitement terrifiante, comme je l'ai écrit tout au début (et qui est virtuosement filmée, même si elle reproduit une situation a priori pas très neuve, et qu'on pouvait d'ailleurs craindre depuis le début du film), où j'avais tellement la trouille que j'ai à un moment envisagé de sortir...
Oui c'est impeccablement (impitoyablement) réalisé. A tel point qu'on est noué sur son fauteuil de a jusqu'à z. Et que lorsque l'écran devient noir et que  défile (en silence) le générique de fin, on peut enfin reprendre sa respiration. J'ai rarement été aussi tendu pendant toute la durée d'un film. Denis Ménochet y est incontestablement pour beaucoup. Cette présence massive, monstrueuse presque, stature de grizzly, comportement d'ogre, qui font que, spectateur, on ne peut que se retrouver dans la position du Petit Poucet (le fils) ou de la femme de l'ogre, au choix.
Sans doute que je prend trop les choses à coeur.

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Posté par chori à 06:36 - - Commentaires [0] - Permalien [#]