mercredi 28 mars 2018

construction/destruction

038
TASTE OF CEMENT
de Ziad Kalthoum

Un chantier, à Beyrouth. Des ouvriers syriens. Un film qui par sa forme se revendique au-delà du simple cinéma. L'intensité, la force, de la proposition m'ont évoqué l'effet d'immersion produit par le Leviathan de Castaing-Taylor et Paravel (que j'adore) même si les deux films n'ont strictemnt rien à voir (ici un chantier et là un chalutier, ah si, quand même, tiens, tous deux avec des hommes, rien que des hommes -juste des hommes-).
Des hommes sans nom, presque sans voix, qu'on voit sortir d'un trou pour prendre le monte-change qui les emmène au-dessus des buildings où ils travaillent. Des hommes en action, au travail (avec des gilets fluo et des casques de chantier c'est dire si je bichais), dans le fracas des machines-outils (j'ai toujours adoré le bruit des chantiers) et voilà que soudain s'élève une voix, un "discours intérieur" (comme dirait Pépin au théâtre), le voix d'on ne sait pas lequel d'entre eux, qui évoque ses souvenirs, l'odeur de son père, et la guerre. La guerre omniprésente que tous ces hommes ont fui, pour devenir à Beyrouth d'invisibles et anonymes maçons, mais qui les poursuit qui les hante (dans leurs mots dans leurs rêves et leurs souvenirs et même leurs téléphones).
Le réalisateur s'est emparé de son sujet comme d'un immeuble en construction, à bras-le-corps, et a échafaudé un film vertigineux et puissant. La matière même du film (les cadrages, les images, et surtout le son, qui a bénéficié d'une vraie "création") nous embarque et ne nous lâche plus. on est fasciné par la fusion entre la réalité "constructive" de ces hommes (et son interprétation graphique, le réalisateur ne se prive d'aucun effet pour nous estourbir) et les images intérieures qui leur (re) viennent (parfois d'ailleurs en symétrie avec leur activité : construire/détruire), se superposent et se mélangent, les souvenirs et les regrets aussi. Et les rêves.)
Taste of cement, c'est la réalité (dans sa brutalité) et la beauté plastique générée par sa perception. C'est un opéra baroque de bruits industriels, agencés comme une partition, où émergent parfois, comme dérivant, les mots de l'intime de ces hommes dont on n'en saura hélas pas beaucoup plus.
C'est un film magnifique, qui n'a pas eu vraiment de chance (sorti le 3 janvier 2018 -qui avait envie d'aller s'intéresser au destin de ces hommes en se réveillant du réveillon, je vous le demande ? - , peu de critiques presse, dont un détestable * de Téléramuche, (qui, s'y j'avais été abonné, m'aurait fait me désabonner illico), et ne passant plus, au moment où j'écris, que dans quelques salles en france (bravu Utopia, bravo le Studio Galande) et dont j'attends désormais de pied ferme la sortie en dvd.
Merci, le Festival Diversité!

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Posté par chori à 06:40 - - Commentaires [0] - Permalien [#]