vendredi 30 mars 2018

être enceinte et avoir un enfant ça n'a rien à voir

040
DIANE A LES EPAULES
de Fabien Gorgeard

Deux bonnes nouvelles : le film est délicieux et je n'y ai pas fermé l'oeil une seconde. Yesss! Ca faisait un moment qu'Emma m'en avait vanté les mérites, et j'étais donc plutôt content d'enfin pouvoir le voir.
Quel bonheur! Un personnage féminin fort (comme la juge Anne Gruwez de Ni juge ni soumise, la Mildred de 3 billboards ou même l'Alma de Phantom Thread) charpente le récit. Celui de Diane, ici, qui a accepté d'être mère porteuse pour un couple d'amis (dont Grégory Montel, le délicieux nounours vu et aimé dans Dix pour cent) et rencontre, en faisant des travaux dans la maison de ses grands-parents, l'électricien qui y travaille, Fabrizio (Fabrizio Rongione, en qui j'ai cru, pendant tout le film, avoir reconnu le héros du plaisant Je suis supporter du Standard, sauf que pas du tout, alloinoche m'apprend que le monsieur est apparu dans maints films belges récents, surtout ceux des Dardenne, mais j'ai la mémoire des visages, et le sien je suis sûr de l'avoir déjà vu quelque part... peut-être le Ca rend heureux de Joachim Lafosse ?).
Diane, c'est Clotilde Hesme, beaucoup aimée déjà par le passé (Les amants réguliers, Les chansons d'amour, Les Mystères de Lisbonne, mais aussi Angèle et Tony, et, bien sûr, les trois saisons de la série Les Revenants) et là à l'épicentre du film. Si j'avais un peu tendance à la ranger jusque là dans la catégorie "belles actrices tristes", (ex-aequo quasiment avec Céline Sallette), ici elle pétarade, elle sidère, elle ensoleille, elle illumine, bref, elle explose dans ce -premier- rôle visiblement taillé sur mesure pour ses jolies épaules (qu'elle déboîte, d'ailleurs -ouch!- à merveille), et ce n'est pas par hasard si je citais plus haut les trois personnages féminins avec qui elle aurait définitivement quelque chose à voir. Anne, Mildred, Alma, et Diane. Et pas très loin non plus (j'y repense après coup) de la jeune femme de Leonor Serraille (incarnée par Laetitia Dosch)
La même franchise, le même franc-parler, la même force. (Pugnacité). Qu'est-ce que ça fait du bien de voir des personnages féminins de cette trempe. Les hommes, ici, font juste office de faux-bourdons, qui volettent et... bourdonnent (justement) comme ils le peuvent autour de cette reine qui fait beaucoup de vent. Clotilde Hesme nous épate et nous fait jubiler dans ce récit somme toute assez simple et resserré (un journal de grossesse, en quelque sorte, filmé en chapitres mensuels) en nous exposant la multiplicité des nuances de sa palette de jeu. Mais elle est très bien entourée (la distribution est plutôt resserrée) les personnalités de chacun (e) se complètent à merveille (et c'est toujours très juste.)
Diane a les épaules est un film qui fait du bien, tout simplement. Et donne envie d'avoir très vite des nouvelles de son réalisateur.

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jeudi 29 mars 2018

clichés

039
VERS LA LUMIERE
de Naomi Kawase

Devrais-je dire encore une déception ? Mais ça s'adresse surtout à moi-même, qui m'y suis -à la séance de 18h pourtant- copieusement endormi. J'aime pourtant beaucoup comme le film commence, avec cette jeune femme qui rédige les textes d'audiodescription, pour spectateurs malvoyants au cinéma., avec les va-et-vient que cela autorise entre le film -celui qu'on est en train de voir- et le film dans le film (l'histoire d'un vieil homme) -celui sur lequel elle travaille-. La jeune femme fait, dans ce cadre, la connaissance d'un photographe ("assez connu") qui est en train de devenir aveugle, et en conçoit, on le comprend, une certaine amertume.
Ca commençait plutôt bien, oui.

(...)

Après j'ai, hélas, commencé à perdre un peu le fil(m) (comme si je devenais alors moi-même malvoyant, ou plutôt profondément -mais en pointillés- aveugle.) me surprenant chaque fois à rouvrir les yeux (sans avoir eu conscience de les avoir fermés auparavant, c'est  exaspérant, et hélas rien n'y fait) et ne me restent hélas que des fragments de l'histoire, des bouts de scène, des instants. Des fragments juxtaposés. J'aime pourtant beaucoup comme c'est filmé, de très près, et même de très très près, avec beaucoup de mouvement, de flou, de tangage... Mais voilà j'ai plein de trous noirs dans le récit, donc il m'est décemment difficile de critiquer. Faudrait que je puisse le revoir en entier pour vérifier si ce sentiment d'incomplétude (en ce qui me concerne) est justifié par le film où par les trous que mes micro-siestes y ont fait.
Donc je m'abstiens...

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mercredi 28 mars 2018

construction/destruction

038
TASTE OF CEMENT
de Ziad Kalthoum

Un chantier, à Beyrouth. Des ouvriers syriens. Un film qui par sa forme se revendique au-delà du simple cinéma. L'intensité, la force, de la proposition m'ont évoqué l'effet d'immersion produit par le Leviathan de Castaing-Taylor et Paravel (que j'adore) même si les deux films n'ont strictemnt rien à voir (ici un chantier et là un chalutier, ah si, quand même, tiens, tous deux avec des hommes, rien que des hommes -juste des hommes-).
Des hommes sans nom, presque sans voix, qu'on voit sortir d'un trou pour prendre le monte-change qui les emmène au-dessus des buildings où ils travaillent. Des hommes en action, au travail (avec des gilets fluo et des casques de chantier c'est dire si je bichais), dans le fracas des machines-outils (j'ai toujours adoré le bruit des chantiers) et voilà que soudain s'élève une voix, un "discours intérieur" (comme dirait Pépin au théâtre), le voix d'on ne sait pas lequel d'entre eux, qui évoque ses souvenirs, l'odeur de son père, et la guerre. La guerre omniprésente que tous ces hommes ont fui, pour devenir à Beyrouth d'invisibles et anonymes maçons, mais qui les poursuit qui les hante (dans leurs mots dans leurs rêves et leurs souvenirs et même leurs téléphones).
Le réalisateur s'est emparé de son sujet comme d'un immeuble en construction, à bras-le-corps, et a échafaudé un film vertigineux et puissant. La matière même du film (les cadrages, les images, et surtout le son, qui a bénéficié d'une vraie "création") nous embarque et ne nous lâche plus. on est fasciné par la fusion entre la réalité "constructive" de ces hommes (et son interprétation graphique, le réalisateur ne se prive d'aucun effet pour nous estourbir) et les images intérieures qui leur (re) viennent (parfois d'ailleurs en symétrie avec leur activité : construire/détruire), se superposent et se mélangent, les souvenirs et les regrets aussi. Et les rêves.)
Taste of cement, c'est la réalité (dans sa brutalité) et la beauté plastique générée par sa perception. C'est un opéra baroque de bruits industriels, agencés comme une partition, où émergent parfois, comme dérivant, les mots de l'intime de ces hommes dont on n'en saura hélas pas beaucoup plus.
C'est un film magnifique, qui n'a pas eu vraiment de chance (sorti le 3 janvier 2018 -qui avait envie d'aller s'intéresser au destin de ces hommes en se réveillant du réveillon, je vous le demande ? - , peu de critiques presse, dont un détestable * de Téléramuche, (qui, s'y j'avais été abonné, m'aurait fait me désabonner illico), et ne passant plus, au moment où j'écris, que dans quelques salles en france (bravu Utopia, bravo le Studio Galande) et dont j'attends désormais de pied ferme la sortie en dvd.
Merci, le Festival Diversité!

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samedi 24 mars 2018

fucking chic

037
PHANTOM THREAD
de Paul Thomas Anderson

Ou l'histoire d'un malentendu. Et d'une bande-annonce maladroite. A l'image des robes créées par son grand couturier de personnage principal Reynolds Woodcock (Daniel Day-Lewis dans ses grandes oeuvres retrouvé avec un très grand plaisir, oh mon dieu cette voix...) le film a lui-aussi des trucs cachés cousus dans la doublure et les ourlets. Et c'est ça qui est vraiment chic.
Où la rencontre entre un grand couturier (Reynolds, donc) et Alma, une petite serveuse maladroite mais jolie n'est pas exactement -tiens donc!- la chronique amoureuse et/ou sociale escomptée (et annoncée)... C'est un peu ça, mais c'est aussi bien plus  tordu que ça. Et on n'en prend conscience que progressivement.  Paul Thomas Anderson n'est pas un de mes réalisateurs de chevet (je n'avais aimé ni Magnolia -argh Tom Cruise- ni Punch-drunk love -argh Ben stiller!- et même le multi-dithyrambé There will be blood ne m'avait pas plus enthousiasmé que ça... le post est ) je l'avoue. mais là, y a pas à tortiller, bonne pioche.
C'est dire donc si ce film-ci est plutôt une bonne surprise.
Grand couturier, génie au travail, jet-set et têtes couronnées, peites mains, maisons de couture, on connaît tout ça (on a quand même deux St Laurent successifs d'assez récente mémoire), pas un froufrou de dentelle ni une épingle de bâti n'y manque. Maison de couture, le mot est juste, l'empire de Reynolds W. Et de Cyril. Cyril, c'est la soeur de notre couturier, la co-maîtresse de maison, qui rit à peu près chaque fois qu'ellle se coince le nez dans un tiroir (ça n'est pas de moi mais de Gotilib) c'est à dire assez peu fréquemment. Celle qui partage sa vie, son espace vital, sa maison, ses créations, ses relations, sa vie mondaine. Et qui voit d'un assez mauvais oeil l'intrusion de cette péronnelle blonde dans leur univers immuable et millimétré. Cyril a toujours raison (c'est dit dans le film, et j'ai d'ailleurs failli intituler ce post ainsi, mais pour de toutes autres raisons...).
Il s'agit au départ d'une histoire d'amour, puis, quasiment de lutte des classes (au fur et à mesure qu'Alma tente de faire sa place dans ce fonctionnement mortifère et guindé (une très plaisante scène de petit-déjeuner, notamment, toute aussi mise en scène que mise en son...) Si le grââând couturier a son petit caractère, la demoiselle n'en manque pas non plus (et joue avec brio les différentes facettes de son personnage : employée, maîtresse, muse, épouse, etc.) Et elle aura fort à faire pour atteindre son objectif (à partir de là, je suis obligé de rester dans le flou pour ne pas gâcher le plaisir de ceux qui n'ont pas vu le film) et heureusement que mes amies ont fait de même, car je n'ai compris qu'a posteriori le sens des qualficatifs sybillins avec lesquels elles commentaient le film...
La fin est excellente, et vous confirme qu'effectivement ce que vous venez de voir n'est pas exactement ce que vous vous attendiez à. On pensait être en terrain archi-connu, hyper-balisé, on savait à quoi s'attendre, et non... C'est malin, c'est fort. Et on ne peut que s'incliner : ah l'amour...

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jeudi 22 mars 2018

dans la baignoire

036
JUSQU'A LA GARDE
de Xavier Legrand

Terrifiant.
J'ai déjà dit toute l'admiration que je porte à Denis Ménochet (ah la scène de chambre avec Jean-Louis Couloch' dans Le skylab...), toute la faScination qu'il exerce par hmmm... sa présence virile. mais bon, là, j'avoue, je n'aimerais pas être marié avec lui. C'est Léa Drucker qui s'y colle, merveilleusement éteinte, en femme terrifiée. Le film débute devant la juge (une juge beaucoup moins rigolote que celle vue récemment dans Ni juge, ni soumise) et finit avec les flics. On part du quasi-documentaire, et on finit par y revenir. mais en passant par quel(s) chemin(s)! Cette première scène met en place le fonctionnement qui sera celui de chacune des scènes : il y a ce qu'on voit, ce qui se passe, ce qu"on pense voir se passer, et ce qui se passe réellemnt. Pour un premier film, Xavier Legrand témoigne d'une sacrée force (ou puissance) dans la maîtrise de son récit ou la gestion de ces personnages. Sur le ring de cette première scène, Ménochet pourrait être le bon gros gentil nounours que l'on a arbitrairement privé du droit de voir ses enfants, et Léa Drucker, monolithique, la vilaine méchante maman qui a tout fait pour l'en priver, chacun jouant sa partition -son rôle- dans le fracas de basse-cour (j'exagère à peine), le combat de gallinacées de leurs avocates respectives.
On comprend dès la scène suivante ce qui s'est joué, et qui a gagné, tandis que continue de grandir le malaise qu'on avait commencé à ressentir dès l'ouverture.
Le week-end, le klaxon de la camionnette du père qui vient prendre son fils, (il n'a visiblement pas le droit d'entrer dans la maison), le visage fermé du fiston, on sent bien que ça ne passe, justement, pas très bien, et que dans ce "jeu" personne ne fait rien, justement, pour que les choses aillent mieux.
Car rien ne va s'arranger, justement. Bien au contraire. Le réalisateur a placé ses jalons, ses cailloux blancs : audience chez la juge, repas en famille, fête d'anniversaire, trajets en voiture, un parcours "réaliste" (terre-à-terre, banal, balisé) toujours sous-tendu par une certaine dimension fantasmagorique (mythologique), jusqu'à cette dernière partie du film, dans l'appartement de la mère, qui est parfaitement terrifiante, comme je l'ai écrit tout au début (et qui est virtuosement filmée, même si elle reproduit une situation a priori pas très neuve, et qu'on pouvait d'ailleurs craindre depuis le début du film), où j'avais tellement la trouille que j'ai à un moment envisagé de sortir...
Oui c'est impeccablement (impitoyablement) réalisé. A tel point qu'on est noué sur son fauteuil de a jusqu'à z. Et que lorsque l'écran devient noir et que  défile (en silence) le générique de fin, on peut enfin reprendre sa respiration. J'ai rarement été aussi tendu pendant toute la durée d'un film. Denis Ménochet y est incontestablement pour beaucoup. Cette présence massive, monstrueuse presque, stature de grizzly, comportement d'ogre, qui font que, spectateur, on ne peut que se retrouver dans la position du Petit Poucet (le fils) ou de la femme de l'ogre, au choix.
Sans doute que je prend trop les choses à coeur.

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mardi 20 mars 2018

elle a dit "attiser" ?

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3 BILLBOARDS, LES PANNEAUX DE LA VENGEANCE
de Martin Mc Donagh

Elle a eu l'Oscar, elle le méritait.
Frances Mc Dormand, je l'aime (et à tout jamais) depuis Fargo. Et Martin Mc Donagh, le réal, nous a déjà offert le jubilatoire Bons baisers de Bruges. Déjà deux bonnes raisons, donc. Mais on est obligé de passer ici à la vitesse supérieure, pour les superlatifs : 3 billboards est jubilatoirissime, on ne peut pas y couper. (même si je trouve que ce titre "français" est idiot, avec le nombre écrit en chiffres et le mi-anglais mi-français... Le titre original Three billboards outside Ebbing, Missouri est à la fois plus simple et plus juste...)
Il y a des films, comme ça, où on sait, dès la première image, que ça va être du pur bonheur. Oui dès que ça commence on est embarqué, ça ne vous lâchera plus. Martin Mc Donagh a l'intelligence des personnages, des situations, des dialogues, doublée de l'art de vous retourner comme une crêpe, en passant du rire aux larmes (et inversement) en quelques secondes dans un même plan.
Dans un trou-du-cul-du monde du Missouri, une mère de famille (Frances Mc Dormand, donc) dont la fille a été violée et assassinée s'émeut que, sept mois après, aucun progrès n'ait été effectué dans l'enquête menée par les flics locaux. Elle décide de le faire savoir (et de rafraîchir la mémoire) à tout le monde, en louant à l'année trois immenses panneaux publicitaires à la sortie de la ville (sur une route ou presque plus personne à part elle ne passe) sur lesquels elle apostrophe nommément le shérif (Woody Harelson, dont j'avais un peu oublié combien il était bon). Un brave gars, pourvu d'un adjoint particulièrement colérique et violent (Sam Rockwell, bluffant) et tête à claques. Chacun dans le poste de police va réagir à sa façon, mais ce simple événement -la pose des panneaux- va être l'élément déclencheur, le détonateur, d'une réaction en chaîne  quasiment atomique où chacun(e) dans ce petit bled ricain merdique, est le domino dont la chute va frapper le suivant, dont la chute va, etc. , une déflagration, une vraie onde de choc qui ne laissera personne indemne. Le récit étudie la propagation de trois lignes de failles principales, celle de l'épicentre (la mère), celle du shérif, et celle de son adjoint (le personnage qui aura peut-être le parcours le plus surprenant du film).
Et c'est du grand art. Comme dans Bons baisers de Bruges, le réalisateur a constamment recours à un humour très noir (entre ironie, sarcasme et provocation) qui fait office de lubrifiant sur des rouages ou rebondissements parfois spécialement violents. Le scénario, dans son agencement, est millimétré, c'est de la mécanique de précision, où, paradoxalement on pourrait à chaque fois deviner grosso modo ce qui va se passer mais où le réalisateur réussit néanmoins à chaque fois -tadam!- à nous surprendre, en tordant légèrement la ferraille au coeur du béton armé de son histoire, en n'étant pas exactement là où on pensait qu'il allait nous amener, en déviant l'impact.
Comme pour La forme de l'eau, je me suis régalé, totalement, d'un bout à l'autre, sans débander, pourrais-je dire en usant d'une virile métaphore, et les larmes qui sont montées plusieurs fois (chacune des trois lettres fait mouche) étaient aussi douces que les rires et sourires qui affleuraient tout aussi régulièrement.
Un univers à mi-chemin entre celui des frères Coen, et ce polar que j'avais énormément aimé l'année dernière, sorti de nulle part, Comancheria... Avec la  même acuité à la fois vacharde et attendrie que celle d'un Steven Soderbergh pour ses ploucs de Logan Lucky. Du gros bonheur cinématographique donc, à voir et à revoir.
Top 10

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l'affiche française

Three-Billboards-Affiche

et l'affiche originale

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mardi 13 mars 2018

micro177

*

Résultat de l'expertise :
"le jeune homme n'a pas été violé par le policier
(mais son sphincter est tout de même déchiré sur 10 cm)
: il a tapé légèrement à côté"
...
Ben voyons...

*

"Faites tout ce que vous pouvez pour être heureux..."
(Laurie Anderson, dans l'émission de Laure Adler)

*

 Ce que je préfère, dans Charlie-Hebdo, c'est le strip de Vuillemin qui a entrepris de traduire Proust en rébus

*

 {\displaystyle R_{C}=13,12+0,6215\;T_{C}+(0,3965\;T_{C}-11,37)\times {v_{km/h}}^{0,16}}
(pour le calcul de la température ressentie)

*

"je suis dégoûté il reneige"
(un sms envoyé à plusieurs personnes en ce vendredi matin)

*

"Se laver les mains immédiatement après l’application
(sauf si vous utilisez la pommade pour traiter vos mains)"
(sur la notice pour une pommade)

*

"depuis la nuit où il avait gardé ce très vieux chien dont on lui avait dit qu'il puait mais qu'il ne sentait pas"
(phrase surgie en beurrant une tartine, puis notée sur un coin de Libé et conservée pour ses qualités rythmiques)

*

 J'avais des moules, j'avais du fenouil, j'avais des oranges,
et j'ai donc cuisiné des moules au fenouil et à l'orange...

*
"le commis qui vivait au-dessus de l'étable comme en 1900
sa silhouette torse-nu à la fenêtre le soir
dans la lumière blanche de l'ampoule au plafond de sa chambre"
(Corps de ferme à l'abandon, Dominique A)

*

 (Les nouvelles de Laura Kasischke, entre cinglées et cinglantes)
 Les nouvelles de Laura Kasischke, aussi cinglées que cinglantes

*

météo prévue pour la semaine :
tous les jours averses ou rares averses

*

me suis recouché de 8h30 à 10h
et  réveillé en me disant que ce sommeil-là avait été
le meilleur depuis longtemps

*

 

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lundi 12 mars 2018

bière coréenne

034
SEULE SUR LA PLAGE LA NUIT
de Hong Sangsoo

Et hop! Encore un! Après La caméra de Claire (vu en avant-première à la "Journée du Prix des Exploitants") et avant Grass (projeté à la Berlinale et sortant je ne sais quand) voici le nouvel opus de Hongchounet, avec encore sa "nouvelle muse" (dixerunt les critiques) Kim Min-Hee (qui avait d'ailleurs gagné pour ce film un prix d'interpréation à cette même Berlinale, l'an passé).
(H)on est chez Hong, donc, en territoire connu. Soju, bière, discussions, dissections des sentiments, tables de bar, éclats de rires, éclats de voix. Et sa bien-aimée, toujours aussi mimi, ("ni tout à fait la même ni tout à fait une autre", merci Paul V.). Seule sur la plage la nuit fascine autant (je parle pour moi) et surprend pourtant, même si le procédé employé (deux films pour le prix d'un) ne l'est pas pour la première fois par notre Hong SangSoo préféré.
Deux films, numérotés 1 et 2, chacun avec son générique, et le même personnage principal féminin, prénommée ici Younghee. Le premier en Allemagne, où elle attend la visite (ou pas) d'un homme le soir), dans une ville que le réalisateur s'emploie consciencieusement à ne jamais nommée) et le second en Corée (dans une ville qui n'est pas Seoul), où l'on en apprend un peu plus sur la situation professionnelle amoureuse et sociale de notre demoiselle mélancolique. Car, mélancolique, le film l'est. A plusieurs reprises et même constamment, obstinément, à la façon du ressac sur la plage qu'on verra et reverra plusieurs fois. Le deuxième film commence par un minimaliste frontal plan fixe sur l'héroïne dans une salle de cinéma, et je n'ai pas pû m'empécher au cinéma rouge et vide de Goodbye Dragon Inn, de Tsai Min Liang, même si les deux films n'ont pas gran-chose à voir, à part peut-être la tristesse. (tristesse, mélancolie, on y revient...)
Autant La caméra de Claire était solaire et léger (voire désinvolte) autant Seule sur la plage la nuit est humide et frisquet. C'est vrai qu'Hong Sang-soo raconte depuis quelques temps un peu toujours la même histoire (la sienne) : un homme, une femme, un réalisateur, un "fait-divers qui défraie la chronique", mais cette fois c'est la version -un peu désenchantée- de la jeune fille qui nous est livrée, le réalisateur n'apparaissant qu'"en creux".
En plus, ça m'a permis de découvrir le Winterreise de Schubert, et je raffole toujours autant  de ce -désormais quasiment habituel-plan final sur une jeune fille qui s'éloigne, de dos, dans une rue, et qui nous abandonne...

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jeudi 8 mars 2018

pêche/abricot

033
CALL ME BY YOUR NAME
de Luca Guadagnino

... Et de deux d'affilée! C'est rare d'avoir ainsi l'occasion de voir, deux jours consécutifs, coup sur coup donc (!) deux "cathédrales" cinématographiques gay. Hier soir  l'islande, et cet après-midi l'italie. Hier deux ados en gros pulls et aujourd'hui un jeune et un plus vieux, en maillot de bain. Le film est adapté d'un roman d'André Aciman, Plus tard ou jamais, paru à L'Olivier en 2007 (titre original : Call me by your name), que j'avais à l'époque acheté, sans le connaître, à la librairie Les mots à la bouche (ma librairie chérie de la rue Ste Croix de la Bretonnerie), parce que le libraire le recommandait par un petit papier incitatoire sur lequel clignotait -pour moi- le mot Incandescent... (avec les points de suspension). J'avais dévoré ça bien sûr, et peut-être même l'ai-je chroniqué sur ce blog ? Je rechercherai...*)
Donc, contrairement au film d'hier, je savais cette fois, à quoi m'attendre (J'ai repris le bouquin et découvert que le film lui est extrêmement fidèle : noms des personnages, situations, lignes de dialogue reprises à la virgule près.). Et le film a été scénarisé par James ivory (qui le produit aussi), le cher vieux James Ivorychounet à qui je dois notamment un Maurice qui tourneboula ma psyché (comme on dit) de jeune homme, Maurice avec lequel ce film-ci aurait plus que quelque chose à voir...
J'avais juste un très bref (et très enthousiaste) compte-rendu incitatif de Jean-Luc et je suis donc allé à Besac, (sous un joyeux ciel très bleu) pour la séance de 13h20 avec Dominique.
Un adolescent, donc (le très doué et très mimi Timothée Chalamet), passe l'été dans la maison -luxueuse- de vacances de ses parents (les très très plaisant(e)s et justes Amira Casar et Michael Sthulbarg - ce dernier récemment apprécié dans La forme de l'eau, mais là encore mieux si c'est possible, notamment dans une sublime scène quasi-finale dont je ne me suis pas remis-), "quelque part dans le nord de l'Italie "  (et des années 80), il est en vacances, le jeune homme, un peu comme dans le jardin des Fizzi-Contini ("On est chez les pauvres..." m'a ironiquement murmuré Dominique au début du film), il a entrepris de draguer une jeune fille, avec laquelle il compte bien perdre son pucelage et découvrir les plaisirs de la chair (frémissement...).
C'est alors que débarque alors dans la maison Oliver, un universitaire américain, invité par les parents d'Elio (c'est le prénom du jeune homme) qui va mettre le feu aux poudres (et réciproquement) de l'adolescent attendri(ssant), dans une progressive entreprise de séduction réciproque qui va prendre son temps pour arriver à ses fins. (Ô pâmoison)
C'est... délicieux. Comme pour le Heartstone d'hier bien évidemment je me suis pâmé. Je suis -l'aviez-vous remarqué ?- sensible aux histoires d'amour entre mecs. Et là, tout y est, des prémisses à la conclusion. J'ai savouré ces entrechats de la séduction, ce pas-à-pas (peut-etre mieux approprié que goutte-à-goutte ? Quoique...) du désir, ce parcours du combattant somme tout très bien balisé (un vrai GR de la Carte du Tendre). La sensualité, l'indolence de l'été, les frôlements d'épiderme, les billets doux, les rendez-vous secrets, l'attente, la tension, non, rien n'y manque...
Les larmes me sont venues tard (la prodigieuse scène à la fin,  avec le père, sur le canapé**, qui m'a fait quasiment hoqueter d'émotion -comme Arnaud Rebotini à la cérémonie des César- et pleurer, oui), mais pendant tout le film je suis resté comme un papillon de nuit devant un halogène, fasciné par ce qu'on y raconte (et ce qu'on y montre -ou pas, d'ailleurs- (paradoxalement -mais peut-être est-ce dû à Mister Ivory- il est question de choses assez crues (de l'utilisation d'une pêche mûre à point et dénoyautée à cet effet) mais, comme dans un bon vieux film américain des années quarante, au moment crucial, celui "de l'acte", la caméra -hoooop!- panote tranquillement vers la droite et s'intéresse prudemment (prudement ?) à ce qui se passe par la fenêtre, à la nuit d'été, les grillons, tout ça... Ca ne m'a pas dérangé, ça m'a juste fait sourire.) et (la parenthèse fut longue) par la façon élégantissime dont tout cela est raconté.
Car le filmage est au diapason de cette confusion des sens, l'ébullition, l'incandescence (le libraire avait raison) dans sa façon de sauter d'un scène à une autre via juste un trait d'union sonore, de s'intéresser soudain  à un détail (une nature morte) au milieu d'une action, d'en partir et puis d'y revenir.
Oui, c'est magnifique.
Et magnifique aussi la façon dont le jeune Elio du film (Timothée Chalamet, encore une fois j'écris ton nom)  nous restitue cette effervescence des sens, ce trouble, ce paroxysme, cette indécision.Cette simplicité et cette confusion. Pour qui a été jeune et pédé (ce qui fut mais est encore mon cas) ça ne pourra que raviver des souvenirs -ou des fantasmes-.
Là je placerai une (toute) petite réserve, sur le personnage d'Oliver (et l'acteur qui l'incarne) : c'est dommage qu'il soit un peu trop beau, un peu trop ricain, un peu trop lisse (un peu trop fade, en  fait, à mon goût) mais peut-être conforme au personnage du livre ? Il faudra que je vérifie. Midinet, j'aurais souhaité -préféré- que cet ado s'amourachât d'un mec dont moi aussi j'aurais pu m'.
Mais ça n'est pas très important.
Le film, c'est certain figurera en bonne place dans mon Top 10 de la pâmoison. Peut-être lui manque-t-il juste de la petite pointe d'audace qui aurait pu venir pimenter ce filmage très/trop sage (même chez James Ivory, pourtant, il y a trenteans (!) il y avait, si ma mémoire est bonne, au moins une QV -celle du jeune Scudder, le palefernier, amant de Maurice (la célèbrissime scène, pour moi, du "Scudder do this, Scudder do that!"- eh bien là rien, rien de rien (mauvaise langue : "On voit bien que le film était en lice pour les Oscars***, il a fallu sans doute polir les aspérités, replier -hihi- ce qui dépassait...").
Mais je réalise que le réalisateur (voici un beau début de phrase) ne m'était pas inconnu au bataillon : c'était déjà lui qui avait signé le magnifique Amore (avec la non moins magnifique Tilda Swinton...), chroniqué ici.
Applaudissons, baignons-nous, buvons des citronnades, faisons du vélo, jouons du piano, soyons tourmentés, saignons du nez, espérons, attendons... Oh que tout cela que tout cela est bon!

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* Eh bien non, je viens de vérifier, je n'en ai absolument pas parlé...

** Cette scène, comme beaucoup d'autres, se trouve, quasiment à la virgule près, dans le bouquin (que je vous engage énergiquement à lire). En voici la fin :
"Ecoute, me devança-t-il. Tu as eu une belle amitiè. Peut-être plus qu'une amitiè. Et je t'envie. A ma place, la plupart des parents espéreraient que tout cela passe vite, ou que leur fils retombe rapidement sur ses pieds. Mais je ne suis pas un tel parent. S'il y a du chagrin, chéris-le, et s'il y a une flamme, ne l'éteins pas ne sois pas brutal avec elle... Le manque peut-être un chose terrible quand il nous tient éveillé la nuit, et voir les autres nous oublier plus vite qu'on ne voudrait être oublié n'est pas mieux... Nous arrachons tant de nous-même pour guérir plus vite qu'il ne le faut, qu'à trente ans nous sommes démunis et avons moins à offrir chaque fois que nous commençons avec quelqu'un de nouveau. Mais ne rien ressentir pour ne rien ressentir quel gâchis !"

plus tard ou jamais


***  Aux Oscars, d'ailleurs, le film n'a obtenu "que" l'oscar de la mailleure adaptation (je le redis, sans vouloir diminuer les mérites de James Ivory : tout est déjà tellement bien ficelé dans le livre qu'il ne restait plus grand chose à faire...)

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mercredi 7 mars 2018

lompe

032
HEARTSTONE
de Gudmundur Arnar Gudmundsson

Ah l'Islande... les films qui nous viennent de là-bas ont toujours cette... spécifité islandaise : ce côté brut, rude, rugueux (adjectif galvaudé mais qui dans ce cas s'applique parfaitement), "âpre" (ça c'est Fabienne qui l'a proposé à la fin du film, et j'étais d'accord avec elle) bref si ça ressemble a priori à des choses connues, c'est toujours à l'arrivée un peu inattendu, un peu "plus", et ce Heartstone (titre "français" de Hjartasteinn, dont on peut contester la judiciosité) présente toutes les susdites qualités inhérentes à son genre (de film islandais, donc).
En plus l'affiche nous vendait -encore a priori- (le fond rose, les deux jeunes gens qui se tiennent, le regard-caméra) un produit légèrement différent : roudoudou adolescent, chamallow gay, bluette rafraîchissante et j'en passe. Mais elle (l'affiche) ne fait qu'enrober de sucre une robuste chronique islandaisissime, centrée sur le comme le dit le poète "vert -très vert à l'image mais pas si vert que ça métaphoriquement- paradis des amours enfantines", adolescentes plutôt, de nos deux héros : Thor (le petit) et Christian (le grand). Deux gamins qui s'occupent comme ils peuvent dans le trou paumé où ils habitent (attention, les paysages sont vraiment mêêêrveilleux, c'est l'effet-Islande, et les spectateurs affamés de certain festival asiatique seront ici rassasiés...) : jouer au foot, jouer aux cons, s'empoigner entre factions rivales, s'éclater dans une casse de voitures, se retrouver au "bar" local,et, et, (...) commencer à se sentir titillé par les présences féminines de leur âge.
Thor (le petit) est doté de deux soeurs aux tempéraments très différents (la rebelle et la poétesse, pour résumer) et d'une mère divorcée qui essaye de refaire sa vie, Christian (le grand) est sans  soeurs mais a une mère gentille et un papa bourrin alcoolo (ce qui peut épithéter pas mal d'hommes du cru). Et donc le réalisateur prend son temps pour poser et installer tout ça, et, dès le début, on sent qu'on n'aura pas vraiment affaire à la sucrerie gay suggérée par l'affiche, mais à une aventure autrement plus couillue. Premiers désirs, premiers émois, premières audaces. (Premiers espoirs, premières tentatives, premières désillusions) mais en Islande, et dans un trou du cul du monde. Le traitement est réaliste, et le critique qui évoquait Pialat a tapé juste.
Au début il semblerait que le petit, même s'il cherche une copine, est fasciné par le grand (qui est aussi un peu plus âgé), et l'ambiguité est toujours présente, dans leurs rapports de petits coqs toujours dressés sur leur ergots, par la force des choses, puis le rapport évoule, s'infléchit, puis les choses changent et le spectateur réalise que le plus hétéro des deux n'était pas forcément celui qu'on pensait... c'est le paradoxe de la relation de ces deux gamins qu'on verra en même temps portraiturés -au sens propre- en angelots romantiques mais forcés de jouer le jeu des petits durs en gros pulls qui s'échangent des "pédé!" auddi régulièrement que des petits bonjours.
Le traitement est à la mesure de ce qu'on voit (et qu'on sent) : poissons qu'on estourbit contre un poteau, les mêmes, avariés plus tard dans une caisse, fumier qu'on retourne à la fourche, slip trempé de pisse, moutons qu'on abat au fusil, puis les mêmes qu'on brûle, gnons divers, ecchymoses, le film, c'est sûr, n'est pas pour les chochottes... et le revendique par son filmage et son montage plutôt brutaux, frontaux, avec un parti-pris pour des effets sonores tout aussi brutaux, mais avec toujours au fond cette inexprimable -et impensable ?- tendresse (ou douceur ou désir, c'est selon) qui tourneboule (décontenance) nos deux godelureaux.
Certains ont trouvé la première partie trop longue, d'autres (c'est mon cas) plutôt la deuxième partie. Chacun son truc (et sa façon de ressentir) mais on était tous d'accord sur un fait : que le réalisateur aurait peut-être pu raccourcir d'un chouïa, sans dommage pour le déroulement de son histoire.
Bien évidemment je ne pouvais qu'être bouleversé par cette -finalement- tendre histoire, eh bien (comme pour Ni juge ni soumise) j'ai été un (tout petit) peu moins ravi que ce que j'espérais. Peut-être à cause de ce sentiment d'essoufflement et de répétition dans la partie centrale. Je chipote...
Car on sort de là tout aussi chamboulé que nos deux héros, le coeur battant, on s'y croirait, le gros pull trempé, échevelé par le vent du large et les yeux qui piquent à cause des embruns... Ah, l'amour! (et le fameux effet-Islande, il n'y a pas de doute).

0048674

 

 

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