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MEKTOUB MY LOVE : CANTO UNO
d'Abdellatif Kechiche

Ohlalalala... 2h55 annoncées mais j'ai eu l'impression que ça en durait au moins cinq! Je me méfiais un peu je dois dire (je trouve toujours les films de Kechiche un peu beaucoup trop longs) mais bon la bande-annonce avait l'air sympathique (c'est sans doute le Youuuu make me feeeeeel qui m'a appâté) et c'est le sms d'Isa ("un cinéday à 20h ça te dit ?") qui a comme on dit emporté le morceau.
Au début du film, le jeune Amine observe à la dérobée (à travers les persiennes) une scène de baise torride entre Ophélie et Tony. Ledit Amine, d'ailleurs, ne va faire que ça dans le film : mater (serait-il l'alter ego du réalisateur ?, son Antoine Doisnel sétois ?) Ophélie (qui, entre parenthèses surjoue cette scène de baise avec des mines d'actrice porno, mais bon)  couche "en cachette" avec Tony (elle doit épouser clément, qu'on ne verra jamais). Quand Amine finit par frapper à la porte, Tony se barre et Ophélie se rhabille, short en jean et cache-coeur pigeonnant,  et lui ouvre pour lui faire la conversation. Et nous expliquer la situation. Amine rentre à Sète pour les vacances, après une année studieuse à Paris, et retourve sa famille et ses copains/pines.
Plus tard, les mêmes, à la plage, vont faire la connaissance de Charlotte et Céline. Tony, Amine, Ophélie. Charlotte est séduite par Tony, et croit qu'Ophélie veut le lui piquer (alors qu'elle l'a déjà, mais que l'autre ne le sait pas) ce qui va être la source d'interminables discussions (euh... tu vois...elle m'a dit ça... et j'ai dit ça... et euh... tu vois...) entre les protagonistes, et Amine, qui sert surtout de confident/confesseur (et dont on se demandera jusqu'à la fin s'il a du désir, une sexualité, tellement il se place en observateur (dès la première scène du film) et détonne un peu par rapport aux autres qui ont tous l'air d'être en surchauffe et d'avoir le feu aux fesses...) En parlant de fesses, justement, on va beaucoup en voir, dans le film, et filmées avec une complaisance qui confine bien souvent à la vulgarité. Kechiche aime les gros culs, et nous le proclame avec insistance en les filmant en très gros plans lubriques (on a le sentiment que s'il pouvait mettre la caméra  encore plus près (dedans) il le ferait carrément, et c'est peut-être cette (pour moi) obscénité-là qui a fait bander à mort tous les critiques ? Cette légitimation de pouvoir baver à son aise sur ces spécimens callipyges m'agace et me dérange (bon, je reconnais, je préfère baver sur le cul des mecs oui oui c'est vrai ). Mais bon, c'est comme les dialogues  niveau roman-photo ou courrier du coeur ou série ado (et le niveau sonore de ces jacasseries), au bout d'un moment, ça lasse.
Mektoub my love est comme la nourriture de fast-food, un film extrudé : si on enlevait tout l'air qu'il contient,
1) il aurait une durée normale
2) il serait beaucoup plus digeste
Là j'avoue que, très souvent, j'ai pris mon mal en patience (je soupirais intérieurement pour ne pas gêner mes voisines) mais certaines scènes sont -véritablement- interminables : celle où tout le monde se prépare à partir en boîte notamment (et où tout le mond est déjà bourré, où j'ai failli sortir tant ça m'énervait), celle de la boîte de nuit (la plus putassière -et la plus loooongue- du film mais bon), et même celle de la mise à bas de la brebis (oui oui). Certains personnages, en plus, me posent problème (enfin plutôt la façon dont le réalisateur les traite), surtout Céline (la copine de Charlotte) dont on a du mal à comprendre  l'enthousiasme à s'asseoir sur les genoux d'un vieux cochon alcoolisé (le tonton Kamel) et se faire tripoter  à part d'être juste dépeinte en (comme dirait Blier) "reine des salopes" (c'est la seule utilité qu'elle a dans le film, la seule façon dont elle est décrite), pour faire la balance avec sa copine qui serait, par opposition l'amante courtoise qui ne rêve que d'amour pur (et qui donc est malheureuse). Les personnages dans leur grosse majorité sont brossés à gros traits (et on a un peu de mal à s'y reconnaître et les différencier, les mères, les tantes, les cousin/sines). Par contre on a le plaisir de retrouver, soudain, Hafsia Herzi dans un rôle de tantine joyeuse et libérée (et juste, ce qui n'a pas toujours été le cas...)
Mais il faut reconnaître -soyons objectif, ou tentons de l'être- que le film n'est pas dépourvu de qualités. J'aime beaucoup le montage,  la façon  dont Kéchiche passe d'une scène à l'autre, ses transitions abruptes, très séchement. Et, surtout, surtout, j'adore la dernière scène, peut-être parce qu'elle n'a pas tout à fait l'air d'appartenir au même film. Allez savoir pourquoi, m'est soudain revenue l'image de Melvil Poupaud dans Conte d'été, ou d'Amanda Langlet dans Pauline à la plage. Oui, tout à coup, in extremis, nous voilà de retour chez Tonton Rohmer (et ça fait un bien fou...)
Mais bon je vous confirme que je suis sorti du film surtout en ronchonnant, et plutôt d'abord avec ce qu'en avait pensé Zabetta (isa était moins catégorique que moi, mais, me semble-t-il, pas hyper-enthousiaste quand même), et, en rentrant  je suis donc illico allé voir sur allocinoche et là, ah la la, bien ce que je craignais : ça ding-dingue-dongue de ***** (cinq étoiles), et de pleines brouettes de dithyrambes délirantes et de superlatifs en colliers et de lauriers tressés en pleurant de joie par la quasi-unanimité des critiques qui n'en peuvent plus (et qui n'ont sans doute pas vu le même film que moi) et, tiens, pour conclure,  cette fois je serais plutôt d'accord avec Ecran large : "Les amateurs du cinéma de Kechiche apprécieront la formidable sensualité de cet opus organique, quand les autres regretteront les effets de redite d'un film trop long et stéréotypé."

 

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